Actualités of Thursday, 11 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Opération Épervier : Quand Paul Biya fait le réquisitoire de son propre règne

'Comment a-t-il pu se tromper autant dans le choix de tous ces proches collaborateurs' 'Comment a-t-il pu se tromper autant dans le choix de tous ces proches collaborateurs'

La gestion du pouvoir sous Paul Biya et l’« opération Épervier » sont présentés comme une mise en disgrâce spectaculaire d’anciens hauts responsables de l’État. L’emprisonnement de plusieurs proches collaborateurs du président, dont d’anciens ministres et un ancien Premier ministre, constitue autant un aveu d’échec du régime qu’une démonstration de ses contradictions internes. Ces arrestations ne permettent pas au régime de se dédouaner de son bilan et que la population, lassée des procès et des règlements de comptes, attend désormais des réponses concrètes à ses difficultés économiques et sociales.

Du pain, pas du sang !

À qui va-t-on expliquer que lui était le saint, face à une armée de créatures désormais jetées en pâture ? Paul Biya n'est jamais allé aussi loin, dans la célébration punitive de ses anciens collaborateurs. Dans l'histoire politique des États modernes, il n'y a que le stalinisme qui a fait pire dans la mise en disgrâce et la purge de ses anciens dignitaires.

En décidant de l'emprisonnement brutal de son ancien Premier ministre, Inoni Ephraïm, et de son ancien ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, le monarque de Mvomeka'a vient de sceller, dans le ciment du cynisme et du reniement de soi, la disqualification historique et définitive dont on hésitait encore à accabler le biyaïsme après 30 ans d'approximations, d'errances idéologiques, de tricheries électorales et de règne de l'indigence axiologique.

En choisissant l'arme de la machine politico-judiciaire pour broyer de très hautes personnalités de la République — dont pas moins de trois secrétaires généraux de la présidence de la République et désormais un ancien Premier ministre —, le président Paul Biya fait le réquisitoire de son propre règne.

Comment a-t-il pu se tromper autant dans le choix de tous ces proches collaborateurs, qui font aujourd'hui l'objet de poursuites judiciaires et d'incarcérations ? Comment de hauts commis de l'État, jadis auréolés de tous les pouvoirs et de tous les honneurs, ont-ils fait pour en arriver à une telle déchéance politico-morale ? Craints et respectés hier, ils sont désormais traités comme de misérables voleurs de poules, de vulgaires bandits qui nous rappellent les risibles équipées des Dalton dans notre littérature de jeunesse.

Le Renouveau national voudrait alors se dérober à la redoutable efficacité de l'Histoire, qui le jugera de manière impitoyable, pour tenter de se reconstruire une légitimité longtemps perdue sur les débris des arrestations spectaculaires de ses propres dignitaires d'hier, au milieu d'un concert de récriminations et de doute — car le peuple qui voulait du sang hier demande, désormais, plus simplement, du pain. On a pris la véritable mesure du redondant et mauvais gymkhana entre le palais de justice et la prison de Kondengui. Et cela n'amuse plus que les simples d'esprit.

En choisissant l'arme de la machine politico-judiciaire pour broyer de très hautes personnalités de la République — dont pas moins de trois secrétaires généraux de la présidence de la République et désormais un ancien Premier ministre —, le président Paul Biya fait le réquisitoire de son propre règne.

Comment a-t-il pu se tromper autant dans le choix de tous ces proches collaborateurs, qui font aujourd'hui l'objet de poursuites judiciaires et d'incarcérations ? Comment de hauts commis de l'État, jadis auréolés de tous les pouvoirs et de tous les honneurs, ont-ils fait pour en arriver à une telle déchéance politico-morale ?

Craints et respectés hier, ils sont désormais traités comme de misérables voleurs de poules, de vulgaires bandits qui nous rappellent les risibles équipées des Dalton dans notre littérature de jeunesse.

Tant de ministres, de directeurs généraux, de secrétaires généraux et autres responsables du Cameroun en prison ne peuvent dédouaner Paul Biya d'avoir, lui-même, constitué une classe politico-administrative si infertile en idées, si pauvre en patriotisme et, surtout, si peu respectueuse de la fortune publique.

Que l'« opération Épervier » soit aujourd'hui une opération de lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics, ou bien une vaste entreprise d'élimination politique de valeureux prétendants à la magistrature suprême, le dénominateur commun reste la déliquescence d'un régime pris dans ses propres contradictions — et qui se refuse à assumer la purulence de ses plaies, tentant de se réfugier derrière un violent cannibalisme où il est contraint de se nourrir du sang de ses propres enfants, dans ses derniers spasmes convulsifs.

Haman Mana