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Opinions of Friday, 30 September 2016

Journaliste: Mathieu Cool

On n'aime pas ceux qui disent la vérité


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Lorsque je suis arrivé à Douala il y a 4 ans, à l’époque, je trouvais déjà la ville délabrée et en manque d’entretien. Durant ces quelques années, je l’ai vu évoluer, pas forcément dans le bon sens, et le spectacle n’a rien d’envieux.

Il y a quelques temps, mon épouse me parlait d’une discussion qu’elle avait eue avec un pote, qui lui racontait comment il avait vécu un court passage à Douala 4 ans après en être parti. Témoignage fou ! Il ne reconnait plus la ville, la trouvant totalement changée. Notamment, c’est le niveau de misère qui le choquait le plus : il n’avait jamais vu autant de personnes en difficulté dans les rues de la ville.

Je dois avouer que moi-même, je me sentais comme la grenouille dans sa marmite qui ne sentait pas l’eau commencer à bouillir. Je ne me rendais pas compte de ce que la ville était devenue, mais en ouvrant les yeux, il m’est apparu évident que la personne en question avait raison !

Qu’est qui a changé ?

Les déchets

Douala est devenu une poubelle géante, ou la population est dans l’obligation désormais côtoyer ses déchets. Je ne sais pas si vous avez déjà joué à Sim City ? Dans ce jeu, ou vous êtes le maire d’une ville fictive, lorsque vous ne gérez pas les ordures générés pas vos concitoyens, vous voyez à l’écran des tas d’immondices s’accumuler dans toutes les rues de votre ville. C’est à ça que me fait penser Douala aujourd’hui.

A chaque coin de rue, une piètre petite colline de crasse, de saletés à l’odeur nauséabonde est toujours là pour vous accueillir, des caniveaux non couverts remplis des ordures de tous genres. Quoi qu’il en soit, c’est vraiment dégueulasse. Surtout quand ces tas d’ordures se trouvent juste en face d’un marché à même la rue, ou le marchand étale ses saucisses l’air de rien. Les mouches ont tout loisir de passer de l’un à l’autre. Charmant.

L’eau de pluie qui s’accumule dans les rues de la ville chaque soir est le meilleur vecteur de toutes les saloperies qui ont eu le plaisir de voir le jour et mijoter sous le soleil cuisant. Quoi de mieux pour amener tout ça directement dans les logements des habitants de la ville basse, qui ont chez eux un demi-mètre d’eau à chaque averse ?

La misère

Depuis des mois dans ma rue (Quartier Deido), des gens dorment à même le trottoir, et ça n’est rien en comparaison de tous ceux qui dorment sous les tunnels chaque nuit en Europe. Tout ça il y a quelques années, ça n’était pas là, ou du moins, ça n’était pas à ce point-là !
Le taux de chômage est si élevé que la population doit avoir recours à tous les moyens pour survivre.

Outre les vols et la montée de l’insécurité qui en découle, les gens en sont amenés à vendre tout et n’importe quoi dans la rue. Citons les épiceries clonés, les magasins éphémères … Il n’est pas rare qu’un business soit copié quand il fonctionne. Il n’est pas rare dans certaines rues, d’observer 4 épiceries ou 5 boucheries l’une à côté de l’autre. Des fois l’un ferme, un autre rouvre au même endroit et c’est reparti. J’ai vu un fonds de commerce changer 5 fois de propriétaire en 6 mois juste en face de chez moi.

Citons aussi les vêtements vendus à même le sol, les objets usagés de toute sorte à vendre sur le trottoir, les vendeurs de marchandises chinoises à la sauvette dans les rues qui tentent désespérément de tirer un petit bénéfice de ce qu’ils ont emprunté dans un magasin… Certains d’entre eux vendent des fois à perte, en espérant se refaire sur la prochaine vente. Dur dur !

Ne parlons même pas des motos qui se faufilent partout dans la ville sans respect du code de la route... Zuut, le désordre est ambiant
Il existe à Bonassama, près du Wouri, un endroit réputé dangereux, ou je suis passé deux fois en voiture. J’y voyais des gens assis au milieu d’immondices. Quand au bout d’un moment, j’ai compris ce qu’ils faisaient là : les ordures qu’ils avaient autour d’eux étaient en fait des marchandises à vendre.

Dans un pays où l’on commence à vendre même ses ordures, on se dit que rien ne pourra être pire n’est-ce pas ? Cela fait 4 ans que je me dis ça, et à chaque fois, le palier est franchi. Espérons qu’un jour, certaines personnes prendront leurs responsabilités et feront leur devoir pour remettre Douala et le Cameroun sur un chemin plus facile à suivre.

J'espère que pour mon prochain voyage au Cameroun, l'ambassade du Cameroun à Bruxelles pourra me délivrer sans difficulté le visa. Dans ce pays, on n'aime pas ceux qui disent la vérité.

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