Obsèques de Foly Dirane : « Le buzz a penché les droits de la veuve » – Béatrice Mendo remet les pendules à l'heure. Alors que les réseaux sociaux se sont enflammés autour des funérailles de l'animateur culte, l'auteure rappelle une vérité juridique souvent ignorée : la mort d'un conjoint entraîne l'extinction du mariage. « La dépouille mortuaire et sa destination définitive incombent aux familles respectives et non au seul conjoint survivant », écrit-elle. Un plaidoyer pour que les vrais droits des veuves (héritage, pension, protection contre les rites dégradants) ne soient pas noyés dans des polémiques « cosmétiques ».
LE BUZZ A PENCHÉ LES DROITS DE LA VEUVE
Maintenant que Foly Dirane repose en paix parmi les siens, nous pouvons nous dire nos vérités.
L'organisation des obsèques n'est pas un droit de la veuve!
La présence de la veuve aux obsèques est souhaitable mais pas obligatoire!
Ça fait mal, mais c'est ça.
Aucune sanction légale n'est d'ailleurs prévue pour quiconque empêcherait la veuve d'être "trésorière-payeuse" ou ce qu'elle veut, du comité d'organisation des obsèques de son défunt mari.
"Empêcher la veuve d'assister aux obsèques", ou "lui infliger un zôlô monumental en levant le corps du défunt en son absence" ne sont pas non plus des délits punissables par la loi.
Toutes les tchams humaines ne figurent pas dans le Code Pénal.
J'ai entendu des vertes et des pas mûres, tellement étranges de la part d'adultes scolarisés jusqu'à l'université. Kooo, "la veuve a tous les pouvoirs". "La dépouille du défunt revient à la veuve, si elle veut elle fait les soyas avec", "la veuve a toutes les cartes en main pour bloquer les bêtises", "il faut respecter l'acte de mariage hein!", "qu'ils tentent leur maman, ces bangoulapiens, on va le déterrer. On va le déterrer !"
Je sais que certains, de bonne foi, ont mélangé l'affaire qu'on dit là que chaque conjoint dispose du corps de l'autre, ils ont oublié qu'il s'agit de corps vivants susceptibles d'être impliqués dans un accouplement conjugal. Ils ont oublié que le conjoint qui se soustrait à l'obligation de rendre son corps disponible pour la consommation du mariage encourt une sanction.
Voilà qu'on est obligé de vous rappeler que:
La mort d'un conjoint= extinction du mariage.
La mort désactive les prérogatives conférées par l'acte de mariage, surtout les prérogatives liées au corps.
Oui, la mort sépare les gens, sépare la veuve de la dépouille de son mari. Sépare le mari de la dépouille de sa veuve. Y avoir accès n'est pas un droit, mais un privilège offert par la famille du défunt, ou non.
Les corps sont ainsi à la disposition de chacune des familles.
La famille de l'homme récupère son corps, la famille de la femme récupère son corps.
Ce n'est donc pas un droit inaliénable de la veuve d'emporter la dépouille de son mari où bon lui semble, après avoir présidé à l'organisation des obsèques en partageant son pouvoir comme Idi Amin Dada.
La dépouille mortuaire et sa destination définitive incombent aux familles respectives et non au seul conjoint survivant, aveugle et sourd qui décide seul.
Les femmes seront certainement étonnées de le savoir, que leur dépouille mortuaire appartient à leur famille et non à leur mari. La coutume vient à la rescousse de la loi, et brusquement bifurque quand il s'agit des femmes. Parce qu'on enterre systématiquement les épouses chez le mari.
Leur propre famille se met en retrait, parce qu'elle a mangé la dot, parce qu'il y a aussi un honneur évident à être enterrée chez son mari. C'est le mariage qui est célébré ici, plus que le mari.
Être enterrée chez son mari est la confirmation que la femme a été honorée par les liens sacrés du mariage. C'est les femmes célibataires qu'on enterre dans le village de leur père ou mère, et on a un peu pitié d'elles. Une vraie femme quitte son village pour habiter un autre, jusqu'à pour l'éternité. Même si on leur disait que la dépouille de leur sœur, mère, tante, grand-mère leur appartenait, les familles préféreraient qu'on enterre la défunte chez son mari, pour l'honneur et la dignité de la personne dotée
Beaucoup ont donc eu très mal, ceux qui se sont convaincus qu'on avait bafoué les droits de la veuve. C'est vrai que c'était difficile de résister à la diatribe tatianesque, tendance amertume dans le dérangement. Tout ça parce qu'ils voyaient des droits bafoués là où les petits arrangements entre familles avaient encore droit de cité.
Je pense bien sûr que la veuve a eu tort de lancer les hostilités à ce niveau, le ground zero du deuil, alors même que le chemin vers la préservation de ses droits essentiels est encore long et peut s'avérer tortueux.
Nous nous sommes déchirés ce week-end pour des choses penchées, alors que les questions liées aux droits des veuves demeurent fondamentales dans ce pays.
Ce n'est pas parce que je pense que Tatiana a dérangé que je ne soutiens pas les veuves.
C'est même une question que j'ai approfondie pendant que j'écrivais mon recueil de nouvelles "Ce qui arrive aux femmes", en cours d'édition. J'y ai ramassé les difficultés principales que rencontrent les veuves.
- L'héritage : quelle est sa part successorale ? Y a-t-elle accès librement ? Comment la protéger des spoliations? Les enfants sont les premiers héritiers, mais les droits de la veuve usufruitière sont-ils garantis et protégés ? Quand on la chasse avec ses enfants du domicile conjugal par exemple, on viole son droit à l'usufruit.
- Les rites de veuvages dégradants: comment protéger les veuves des coutumes abusives? Des brimades, des agressions physiques et sexuelles ?
- Le remariage: ce n'est pas un blasphème à l'égard du défunt sanctifié, ni un affront à la famille mal intéressée. Une veuve a le droit de se remarier, passé le délai de viduité.
- Les droits sociaux: le parcours pour bénéficier d'une pension de réversion (CNPS) et autres droits ne devrait pas être un cauchemars pour les veuves. De même qu'elles ont besoin d'un accompagnement spécifique pour les éventuelles procédures de liquidation des biens et autres.
Passé le buzz qui s'est retourné à ses dépens, Tatiana veuve Foly va se retrouver devant les problèmes ordinaires de toutes les veuves, et là, il n'y aura plus personne pour la soutenir. Beaucoup se seront essoufflés à lui octroyer des droits auxquels le législateur lui-même n'a pas pensé.
Vous nous avez cassé les pieds ici alors que les vraies choses sont devant.
Il nous faut nous battre pour que les vrais droits de la veuve soient respectés, et non des droits cosmétiques comme celui d'être la "coordonnatrice générale de toutes les activités liées aux obsèques, appuyée par les facilités de crédit issues des cotisations et contributions en tout genre".
Béatrice Mendo









