Actualités of Thursday, 2 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Nouveau vice-président : ce sera entre ces 4 personnes

Jeu de conservation du pouvoir Jeu de conservation du pouvoir

Les mots ne doivent pas être masqués, c'est un « nouveau coup d'État constitutionnel du régime Biya contre le peuple camerounais », signale Paul Chouta. Le lanceur d'alerte a appris tout comme tout le monde le projet de loi portant création du poste de vice-président et il est du genre à s'en offusquer. Dans une sortie véhémente sur les réseaux sociaux, republiée ici par notre rédaction, il jette de l'opprobre sur cette décision anticonstitutionnelle.

Depuis des mois, nous alertons l'opinion publique sur le coup que le régime de Biya prépare, à travers la création du poste de vice-présidence, contre les Camerounais pour une conservation à vie du pouvoir. Malgré ce cri d'orfraie, certains sont montés au créneau pour dire qu'il n'y avait aucun projet de cette nature en préparation. Nous y sommes donc. Voici le projet de loi explosif y afférent.

Alors que l'opinion publique est distraite par les faits divers et les urgences du quotidien, un document de cinq pages daté d'avril 2026 vient de fuiter des couloirs l'Assemblée nationale. Sous couvert « d'efficacité institutionnelle », ce projet de loi n° 2094/PJL/P modifiant la Constitution prépare, en réalité, le terrain pour une succession de gré à gré et un verrouillage définitif du pouvoir.

La mesure phare de ce texte est la création d'un poste de vice-président de la République. Mais ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas d'un ticket élu comme aux États-Unis. L'aspect le plus explosif réside dans la modification de l'article 6 (alinéa 6). En d'autres termes, le piège se referme à l'article 6, alinéa 6. Le texte stipule désormais : « En cas de vacance de la présidence de la République pour cause de décès ou de démission (...), le vice-président achève le mandat du président de la République ».

Contrairement à l'ancienne version de la Constitution où le président du Sénat assurait un intérim de 120 jours maximum pour organiser des élections, le vice-président nommé peut désormais rester au pouvoir pendant plusieurs années (jusqu'à la fin du mandat de 7 ans). C'est l'officialisation d'une succession dynastique sans passer par les urnes.

Le futur dirigeant du Cameroun pourrait être une personne n'ayant jamais récolté une seule voix lors d'un scrutin, imposée au sommet de l'État par décret. C'est la définition même du gré à gré.

L'article 10 (nouveau) est une gifle à la séparation des pouvoirs. Il précise que le président de la République nomme le vice-président. Il fixe ses attributions et, surtout, « il met fin à ses fonctions ».

Le non-dit : le vice-président n'a aucune légitimité propre ni aucune protection institutionnelle. Il est une créature du président. S'il ne donne pas satisfaction ou s'il montre des velléités d'indépendance, il peut être limogé par un simple décret, exactement comme un ministre. Cela garantit une loyauté absolue au chef et empêche toute émergence d'un contre-pouvoir au sein de l'exécutif.

Le projet de loi ne se contente pas d'organiser la succession. Il renforce l'impunité des dirigeants. L'article 53 introduit une modification subtile mais capitale. Si le vice-président et le gouvernement sont désormais justiciables devant la Haute cour de justice, les conditions de saisine sont devenues inaccessibles. Pour mettre en accusation le sommet de l'État, il faut un vote identique de l'Assemblée nationale et du Sénat à la majorité des quatre cinquièmes (80 %). Dans le paysage politique actuel, une telle majorité est mathématiquement impossible pour une opposition. Cela dit, on crée une juridiction de façade pour donner l'illusion de la redevabilité, tout en blindant juridiquement les acteurs du régime contre toute poursuite pour « complot contre la sûreté de l'État » ou « haute trahison ».

L'exposé des motifs (point III) prétend vouloir « laisser au Parlement le soin de se consacrer au travail législatif » en lui retirant le mécanisme de suppléance. La réalité : c'est un affaiblissement majeur du pouvoir législatif. En retirant au président du Sénat (élu par ses pairs et indirectement par le peuple) le rôle d'intérimaire, on déconnecte totalement la tête de l'État de la représentation nationale. Le pouvoir devient une affaire privée entre un président et son "bras droit" nommé.

Le document mentionne une application en "procédure d'urgence" (article 2). Pourquoi une telle hâte pour une réforme qui modifie l'ADN de la nation ? Le non-dit : le régime cherche à placer ses pions avant que les forces sociales et l'opposition ne puissent s'organiser. En utilisant le prétexte de « l'efficacité » et du « moindre coût » (économie d'un scrutin), le projet de loi mise sur la fatigue des populations pour faire passer une pilule constitutionnelle amère.

Ce projet de loi n'est pas une "modernisation", c'est une police d'assurance pour la conservation du pouvoir. Il transforme la République en un système où le dirigeant choisit son héritier et où le peuple n'est plus qu'un spectateur du passage de témoin.

Pour conclure, les Ekang politiques donneront le poste de vice-président à un fait-valoir dont le choix se portera certainement sur un anglophone. Parmi les noms les plus cités, ceux de Peter Mafany Musongue, Philémon Yang, Dion Ngute et Paul Elung Che reviennent avec insistance. Il faut préciser qu’un fait-valoir est un personnage secondaire qui a pour vocation de mettre en valeur le personnage principal. Ceci dit, son rôle sera de faire la courte échelle au successeur que les Ekang politiques auront choisi : Soit Frank Biya, soit Ferdinand Ngoh Ngoh, soit Louis Paul Motaze, soit Oswald Baboke, soit Mvondo Ayolo, en fonction du clan qui sera en pole position.