Actualités of Thursday, 11 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Notre salaire de base est 40 000 FCFA : Jeune Afrique révèle le quotidien insoutenable des soldats camerounais

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Il y a des chiffres qui disent tout ce que les communiqués officiels cachent. Selon un témoignage anonyme daté de 2025 révélé en exclusivité par Jeune Afrique, un soldat camerounais déployé en zone de conflit perçoit un «salaire de base de 40 000 FCFA» — soit environ 60 euros par mois. Pour ce salaire, il risque sa vie quotidiennement contre Boko Haram dans le Nord, contre les séparatistes ambazoniens dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ou sur les routes minées de la région anglophone. Et selon le même témoignage, ses primes de guerre arrivent «amputées», son fusil d'assaut «n'arrive pas à vider une boîte chargeur de 30 munitions», et il manque «d'outils adaptés à la détection des mines». «Nous les militaires sommes fatigués», écrit-il à Paul Biya directement.


Jeune Afrique contextualise la frustration militaire dans ce qu'elle appelle avec justesse «un pays engagé sur plusieurs fronts sécuritaires». Depuis plus d'une décennie, le Cameroun combat Boko Haram dans le Nord et l'Extrême-Nord — une organisation qui, selon l'auteur de «La Fabrique à Kamikazes» David Wanedam interviewé précédemment par le journal, «ne peut pas disparaître tant que la femme accouche». Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la crise qui a dégénéré en insurrection a fait plus de 6 000 morts et 493 000 déplacés internes. Et sur la frontière avec la Centrafrique, la présence camerounaise dans la Minusca mobilise des effectifs supplémentaires.

Trois fronts. Des primes impayées. Des armes défaillantes. Et un commandement qui, selon les témoignages compilés par Jeune Afrique, prélève des «cotisations» sur les versements pour financer sa maison et réparer sa voiture. «Où sont passés les 20 000 et 26 000 FCFA de janvier et de février ?» demandait en 2021 un gendarme à Bakassi — une question que des centaines de soldats posent encore en 2026, dans des termes différents mais avec la même amertume fondamentale.

40 000 FCFA de base, 60 000 pour une permission : l'équation impossible
Jeune Afrique révèle une des pratiques les plus scandaleuses documentées dans ses enquêtes sur le malaise militaire : à Mundemba, pour obtenir une simple permission — le droit de quitter temporairement son poste —, un gendarme doit verser jusqu'à 60 000 FCFA à son supérieur hiérarchique. Soit 150% de son salaire de base mensuel pour avoir le droit de revoir sa famille. Et si un soldat refuse de payer, il risque une mutation disciplinaire vers des postes «plus isolés et plus dangereux».

Cette révélation de Jeune Afrique dit la nature profonde du problème : il ne s'agit pas seulement de primes impayées par un État à court de liquidités. Il s'agit d'un système de prédation interne où les supérieurs hiérarchiques se servent sur les maigres revenus de leurs subordonnés — avec l'impunité que confère une culture institutionnelle où, selon les propres termes d'un gendarme cité par le journal, «un militaire n'a pas le droit de revendiquer».


La lettre des soldats du BIR de Wum du 4 juin 2026 adresse directement la question à la chaîne de commandement tout entière — du ministère des Finances au ministère de la Défense jusqu'à «tout le gouvernement». Mais derrière ces institutions, il y a un homme que l'auteur du témoignage anonyme de 2025 interpellait directement : Paul Biya. Un Chef de l'État de 93 ans, en Suisse pour des soins selon des informations concordantes, dont la garde personnelle «laisse filtrer sa lassitude» selon Jeune Afrique, et dont les généraux sont placés sous surveillance pour soupçons de sympathie envers l'opposition.
«On défend la nation, mais qui défend nos familles ?» demandent les soldats de Wum. C'est peut-être la question la plus importante que le Cameroun entende en ce moment. Et elle attend une réponse que ni le remaniement gouvernemental imminent, ni la nomination du Vice-Président, ni les jeux de clans autour de la succession ne sauraient remplacer.