Des divergences existeraient au sommet de l’État camerounais concernant la succession de Paul Biya. Alors que le président envisagerait de nommer son fils, Frank Biya, à un poste de vice-président, la Première dame, Chantal Biya, soutiendrait plutôt Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence et proche collaborateur du pouvoir. Cette préférence serait liée à des rivalités familiales et à la volonté de préserver certains équilibres et intérêts après une éventuelle transition politique.
Selon plusieurs sources proches du pouvoir, le président Paul Biya envisagerait de nommer son fils aîné, Frank Biya, au poste de vice président. Une hypothèse qui ne ferait pas consensus au sein du premier cercle présidentiel.
D’après ces mêmes sources, la première dame Chantal Biya privilégierait un autre profil : celui de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), figure centrale de l’appareil d’État depuis quinze ans. Ngoh ngoh est la pièce maîtresse de la galaxie Nanga fabriquée par la première dame pour asseoir son influence.
Sa longévité exceptionnelle à ce poste, malgré plusieurs controverses, témoigne de son ancrage au cœur du système. Jusqu’ici, rien n’a réussi à l’ébranler, même pas le scandale des milliards partis en fumée pour l’organisation d’une CAN pendant le Covid. Ngoh ngoh doit cette carrière singulière à Chantal Biya et lui il a permis à elle et ses enfants de s’enrichir.
Les relations entre Chantal Biya et Frank Biya seraient marquées par une méfiance ancienne, nourrie notamment par des tensions liées à la mémoire de Jeanne Irène Biya, mère du fils aîné du chef de l’État.
Certains observateurs estiment que la première dame redouterait qu’en cas d’accession de Frank Biya au pouvoir, ces antécédents familiaux puissent se traduire par des arbitrages défavorables à son égard ou à celui de ses proches.
La question de la succession présidentielle au Cameroun s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs transitions familiales ont été marquées par des ruptures brutales.
Au Togo, après la mort de Gnassingbé Eyadéma, son fils Faure devenu président a vite fait d’écarter son demi- frère kpatcha, pourtant nommé ministre de la défense en le mettant en prison.
Au Gabon, Pascaline Bongo, figure influente du régime d’Omar Bongo, s’était retrouvée marginalisée après l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo en 2009.
En Guinée Équatoriale, la montée en puissance de Teodorin Obiang, imposé comme vice président malgré ses démêlés judiciaires, avait également suscité des tensions familiales.
Dans ce contexte, Chantal Biya verrait en Ferdinand Ngoh Ngoh un garant de la continuité de son influence et de la protection de ses intérêts après l’éventuel décès du président Paul Biya.
La première dame doit se dire que si Frank s’asseyait sur le fauteuil présidentiel, à la première grogne populaire Frank pourrait chercher le cobaye et il y’a de très bons gibiers bien dodus dans la lignée de Chantal Biya.
Cette divergence stratégique pourrait expliquer la non nomination d’un vice président et le blocage observé dans la formation d’un nouveau gouvernement.
L’histoire politique en Afrique enseigne à suffisance que les équilibres peuvent basculer rapidement. Quand le pouvoir change d’épaule, les confidents et hommes à tout faire d’hier peuvent devenir des bêtes méconnaissables. Le précédent de la transition entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya reste, à cet égard, une illustration éloquente.
Angie Forbin









