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Opinions of Saturday, 16 December 2017

Journaliste: Dr. Laurain Assipolo

Nganang, Mbembe et les autres ou un temps de chien sous les tropiques


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Tout est parti, semble-t-il, d’une publication de Nganang sur Facebook. L’activiste – c’est l’appellatif qu’on lui colle quant à son activité numérique, surtout quand elle tance Yaoundé ou Paul Barthélemy – a été interpelé à l’aéroport international de Douala, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour Harare.

De nuit, on l’a conduit manu militari à Yaoundé où il a été « embastillé ». Dès que l’information a filtré, Facebook s’en est fait l’écho et les médias traditionnels ont suivi, battus de vitesse, une fois encore, par les réseaux sociaux numériques. L’opinion s’est, comme de coutume, scindée. D’un côté, les partisans du « fou » pour parler comme Mbembe. De l’autre, ses pourfendeurs. Enfin, les équilibristes.

La lecture des commentaires m’a fait penser au titre du célèbre film de Sergio Leone : « Il buono, il brutto, il cattivo ».

Les partisans du « fou » estiment en effet qu’il incarne la figure du bon, cet enseignant « innocent », cet auteur prolifique qui venait, d’ailleurs, de boucler au Cameroun une enquête sur le maquis, sujet de son prochain ouvrage, le petit Patrice, qui ne saurait faire du mal à une mouche, le bienfaiteur qui, à travers « Generation change », s’est investi dans les élobis de Yaoundé, curant rigoles et marigots, construisant des passerelles, le révolté, qui appelle à la chute du régime de Yaoundé pour que le peuple soit libéré du joug oppressant sous lequel il croule depuis très longtemps.

Pour les pourfendeurs du « fou », sa violence verbale ne saurait laisser indifférent, surtout quand elle vise le père de la nation et la première dame, s’attaque à ce qu’Adam et Ève eurent le réflexe de protéger en premier quand ils jugèrent indiscret le regard de Dieu. Ici, on perçoit le « fou » comme une brute, un être bestial, primitif, sauvage, d’une intelligence très fruste. Voilà pourquoi il faut l’enfermer pour le punir ou du moins tenter de régresser ses penchants défectueux.

Mais Achille, émergeant de son feu céleste, a estimé qu’il fallait laisser le « fou » en liberté, lui qui ne constitue pas une réelle menace, n’étant que l’un des acteurs d’un mélodrame qui se trame sous les tropiques. Achille, comme certains partisans de la troisième voie, fait du « fou » un archétype, une espèce d’antihéros qui, comme les autres, franchit impunément toutes les lignes rouges.

L’on ergotait encore sur les motifs réels ou supposés de l’arrestation du « fou » que le ministre de la Communication a officiellement confirmé son interpellation alors qu’il tentait d’embarquer à bord d’un avion à l’aéroport international de Douala (tentait-il de fuir ? Si oui, pour quelles raisons ?).

Le journaliste du gouvernement a précisé que cette interpellation était survenue après une promesse de mort sur la personne du chef de l’État camerounais, proférée par l’intéressé à travers un message posté sur sa page Facebook, le 3 décembre 2017 à 19 heures 27 minutes (là, le ministre se veut d’une précision d’horloger). Au moment de son interpellation, a précisé le ministre, le « fou » était en possession de deux passeports : un passeport ordinaire camerounais et un passeport des États-Unis d’Amérique.

J’avais, pour ma part, laissé observer que, si c’est pour la raison évoquée par le ministre que le « fou » a été interpelé, les plaignants peineraient à justifier l’intention, le « fou » ayant utilisé une ellipse dans cet extrait qui semble l’incriminer : « Mais faites-moi confiance, et je ne blague pas – je l’ai devant moi, lui Biya, et ai un fusil, je vais lui donner une balle exactement dans le front. » Le « fou » a omis le « si » qui, explicitement, permet l’expression de la condition.

L’évolution de l’« affaire Nganang » montre que le ministre est peut-être allé vite en besogne, comme lors de sa communication sur l’incendie de l’Assemblée nationale. Le ministre a parlé avant même que les juges aient signifié au présumé les chefs d’accusation retenus contre lui, lesquels, selon son avocat, ont été requalifiés.

Les juges ont renvoyé le « fou » à la correctionnelle. Les réseaux sociaux, eux, l'avaient déjà vu à Nkodengui, y décrivant son quotidien, provoquant l'indignation de ses partisans et la satisfaction des pourfendeurs.

Caïn sous les tropiques ou le « fou » Nganang est finalement un personnage important qui nous met face à nos contradictions, à nos hésitations, à nos engagements partisans, un peu comme le fou de l'Aventure ambiguë.>>

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