Invité de l'émission Libre Expression sur Info TV, Valère Bessala, président du parti Jouvance, a livré une analyse sans concession de la stratégie électorale du régime de Paul Biya. Selon lui, la guerre dans les régions anglophones n'est pas seulement une crise sécuritaire : elle a été pensée et laissée prospérer pour servir de levier électoral, privant l'opposition de ces bastions et permettant au RDPC de gonfler ses scores.
C'est une analyse qui dérange. Invité de l'émission Libre Expression sur Info TV, Valère Bessala, figure de l'opposition, a développé une thèse selon laquelle la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest aurait été sciemment laissée prospérer par le régime de Paul Biya pour des raisons électorales.
Selon Bessala, Paul Biya avait conscience que le mandat de 2018 serait « un mandat de trop ». Après avoir modifié la Constitution en 2008 pour faire sauter le verrou limitant le nombre de mandats, il savait que le peuple camerounais était déjà relevé contre cette modification. Dans ce contexte, la guerre dans les régions anglophones est devenue un instrument politique.
« Qu'est-ce qu'il a fait ? Il a laissé prospérer avec ses amis la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest », affirme-t-il.
« Des régions vivières électorales »
Pour Bessala, l'objectif était clair : transformer ces régions en « vivières électorales » pour le RDPC. « Parce qu'aujourd'hui, c'est ce qu'on a fait en 2018, qu'on a fait en 2025. C'est-à-dire qu'en laissant prospérer la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, il était certain que Abel Elimbi ne partirait jamais là-bas pour battre campagne avec son parti du moment. »
En clair, l'insécurité empêcherait les partis d'opposition de mener campagne dans ces régions, laissant le champ libre au RDPC pour obtenir des scores écrasants. « Il n'y aurait que ses gens du RDPC qui pourront écrire dans les bordereaux et les PVs que nous avons eu 100%, nous avons eu 200%, et ainsi de suite », poursuit-il.
« C'est ce qui s'est passé en 2018 »
Selon Bessala, cette stratégie a fonctionné en 2018 et en 2025. « Il a gagné parce qu'en fait, les autres régions étant déjà relativement contestataires, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest sont dans les viviers qui sont venus compléter les gaps. »
Autrement dit, les scores plébiscitaires enregistrés dans les régions anglophones auraient permis de compenser les pertes dans les fiefs de l'opposition, assurant ainsi la victoire du RDPC.
Une thèse qui interpelle
Cette analyse, aussi provocante soit-elle, rejoint les critiques régulièrement formulées par l'opposition et les organisations de défense des droits humains. Depuis le début de la crise anglophone en 2017, plusieurs élections ont été marquées par une très faible participation dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, et par des résultats souvent contestés.
Pour Bessala, il ne s'agit pas d'une simple négligence, mais d'une stratégie délibérée. Une thèse qu'il développe sans détour, dans un contexte où la guerre dans les régions anglophones a fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.









