Dix ans après les premières protestations, un travail de mémoire rassemble des noms, des lieux et des statuts. Il peut aider les familles, mais il doit être audité avant d’être traité comme un bilan définitif.
Le Centre for Human Rights and Democracy in Africa et la Global Campaign for Peace and Justice in Cameroon ont présenté à Buea une base recensant 4 037 décès signalés entre 2016 et 2026. L’initiative a été dévoilée le 6 octobre, à l’occasion du dixième anniversaire du début de la crise anglophone.
Felix Agbor Balla précise que la liste inclut des civils, des membres des forces de défense et des combattants séparatistes. L’objectif annoncé n’est pas d’attribuer chaque mort à un camp, mais de préserver la trace de vies perdues. Certaines victimes sont nommées ; d’autres sont documentées par un lieu, une date ou un statut.
Les auteurs reconnaissent que le fichier est incomplet. Les données présentées font apparaître plus de 1 000 décès signalés en 2018, puis des niveaux variables : 730 en 2020, 702 en 2021, 109 en 2025 et 195 au 3 octobre 2026. Ces chiffres ne doivent pas être confondus avec un décompte judiciaire ou exhaustif.
L’utilité d’une telle base dépasse la statistique. Elle peut contribuer à la recherche de disparus, à une future commission vérité, aux réparations ou à un mémorial. Mais sa légitimité dépendra de la méthode : sources, doublons, critères d’inclusion et possibilité de correction par les familles.
Le travail rappelle surtout qu’une crise prolongée finit par produire de l’oubli administratif. Donner un nom aux morts ne résout pas le conflit, mais empêche que sa durée banalise ses victimes.









