Derrière la mise en demeure judiciaire adressée à Josiane Harangada Golonga, Miss Cameroun 2025, par le Comité d'Organisation de Miss Cameroun (COMICA), se cache une réalité plus complexe que le simple récit d'une reine récalcitrante. Pendant que la communauté Massa, à laquelle appartient la jeune femme, monte au créneau pour dénoncer ce qu'elle perçoit comme un harcèlement médiatique orchestré contre l'une des leurs, les deux camps livrent des versions radicalement opposées d'une même relation contractuelle devenue toxique.
Premier grief de la Miss : le non-paiement de ses salaires pour les mois de décembre 2025 et janvier 2026. Une accusation que le COMICA balaie d'un revers de main, arguant que Josiane ne s'est jamais présentée aux lieux habituels de retrait. Un argument logistique qui laisse songeur : est-il raisonnable d'exiger d'une Miss Cameroun qu'elle se déplace physiquement percevoir son salaire, à la manière d'une ouvrière journalière, sans qu'aucun virement ou dispositif alternatif ne soit prévu ?
Cette question pose en réalité celle des conditions matérielles réservées aux lauréates du concours. Entre salaires aléatoires, véhicule de fonction dont l'état est disputé et domicile mis à disposition sous conditions, la couronne de Miss Cameroun ressemble parfois davantage à un contrat de servitude qu'à une reconnaissance d'excellence.
Josiane Golonga a, semble-t-il, décidé à un moment donné de reprendre la main sur sa propre vie. Elle a voulu s'adjoindre les services d'un manager personnel, initiative que le COMICA a catégoriquement rejetée, rappelant qu'il détient contractuellement l'exclusivité de la gestion de ses activités professionnelles. Elle a interdit l'utilisation de son image. Elle a bloqué certains membres du Comité sur les réseaux sociaux. Elle a refusé de se rendre à certains événements.
Pour le COMICA, chacun de ces actes constitue une violation contractuelle. Pour un observateur extérieur, ils ressemblent davantage aux actes d'une femme qui cherche à poser des limites dans un univers où l'on attend d'elle une disponibilité totale et inconditionnelle.
La communauté Massa, solidaire de Josiane, évoque un harcèlement médiatique que la jeune femme subirait depuis plusieurs jours. Le COMICA, dans sa mise en demeure, se contente d'indiquer qu'il « ne s'identifie nullement » à une telle pratique « dont la véracité reste à démontrer ». Une réponse qui ne dissipe pas les inquiétudes, et qui contraste avec la précision chirurgicale du reste du document juridique.
La question du harcèlement dans le milieu des concours de beauté est pourtant loin d'être anodine. Pression permanente sur l'image, obligations d'apparition, contrôle des prises de parole publiques : les conditions dans lesquelles évoluent ces jeunes femmes méritent un regard critique et indépendant.
La menace de remboursement de 13 millions de FCFA plane sur Josiane comme une épée de Damoclès. Une somme qui comprend les dons effectués dans l'Extrême-Nord au nom de la Miss et sa participation à une compétition internationale. La question se pose : ces dépenses, réalisées dans le cadre de la promotion du titre, peuvent-elles légitimement être rétroactivement transformées en dettes personnelles si la relation se dégrade ?
Le droit répondra à cette question. Mais sur le plan humain, la mise en demeure donne l'impression d'un rapport de force profondément inégal entre une institution bien armée juridiquement et une jeune femme isolée, sans les ressources nécessaires pour se défendre à armes égales.
L'affaire Josiane Golonga dépasse la personne de la Miss Cameroun 2025. Elle interroge frontalement le modèle des concours de beauté au Cameroun : quels droits réels sont garantis aux lauréates ? Quelle protection sociale leur est assurée ? À partir de quel moment les obligations contractuelles deviennent-elles incompatibles avec la dignité et la liberté fondamentale d'une personne ?
Ces questions méritent un débat public sérieux, au-delà des polémiques du moment et des batailles d'avocats.









