L'équation est troublante, et c'est Jeune Afrique qui la pose avec une précision chirurgicale : comment expliquer que les États-Unis, pourtant prompts à exiger transparence et normes démocratiques avant la présidentielle camerounaise d'octobre 2025, aient finalement félicité Paul Biya pour une réélection entachée de violences et de contestations ? La réponse pourrait se trouver dans une résidence discrète d'Elig Essono, à Yaoundé, où quinze migrants africains expulsés par l'administration Trump sont retenus dans le plus grand secret depuis janvier 2026.
Jeune Afrique révèle qu'un rapport du Congrès américain, rendu public le 13 février, fait état de près de 40 millions de dollars versés par Washington à des pays africains — dont le Ghana et la Guinée Équatoriale — pour les convaincre d'accueillir ses migrants indésirables. Le Cameroun a-t-il lui aussi empoché sa part ? Le ministère des Finances camerounais dément : aucune provision de ce type ne figurerait dans la loi de finances 2026. Mais l'argent n'est pas la seule monnaie d'échange qui circule en diplomatie. La reconnaissance internationale d'une victoire électorale contestée, elle, n'a pas de prix — ou plutôt, elle en a un que personne n'ose afficher.
Ce que Jeune Afrique met en lumière, c'est la mécanique d'un deal qui ne dit pas son nom : Yaoundé accueille les expulsés de Trump, Trump valide la réélection de Biya. Simple, efficace, et parfaitement opaque. D'autant que, comme le souligne le magazine, cinq députés camerounais — dont deux membres du RDPC, le parti présidentiel — affirment n'avoir jamais été informés de la signature d'un tel accord. Le Parlement camerounais a été tenu dans l'ignorance totale d'un engagement qui engage pourtant la souveraineté du pays.
Pendant ce temps, les ONG et l'avocat des migrants, Joseph Awah Fru, ont saisi l'OIM et le HCR pour faire reconnaître le statut de réfugié de ces quinze Africains pris en étau entre deux puissances. Une bataille juridique qui risque de faire beaucoup de bruit — et de continuer à embarrasser un régime qui a visiblement préféré négocier dans l'ombre plutôt qu'assumer ses choix à la lumière.









