Actualités of Monday, 5 October 2026
Source: www.camerounweb.com
Les excuses publiques de Michel Ngatchou constituent le possible signe d’un essoufflement du « radicalisme virtuel » dans l’opposition camerounaise. Après avoir retiré certaines de ses vidéos controversées et présenté ses excuses à Paul Biya, Paul Atanga Nji et à plusieurs responsables du pouvoir, Ngatchou reconnaît avoir été influencé par une logique de confrontation politique fondée sur le discours et la surenchère.
Michel Ngatchou a demandé pardon. À Paul Biya. À Paul Atanga Nji. Aux ministres, aux directeurs généraux, aux cadres du RDPC et à leurs familles. Il a retiré de son mur ses vidéos les plus polémiques.
Ce mea culpa dépasse le destin d'un cybermilitant. Il pose une question plus large : celle de l'épuisement d'une stratégie fondée sur la surenchère numérique, la personnalisation du combat et l'attente d'un basculement présenté comme imminent.
Un aveu formulé par lui-même
Le plus frappant tient à ses propres mots. Ngatchou ne regrette pas seulement des insultes. Il décrit le mécanisme qui l'a porté. Il se dit « impliqué dans un messianisme politique qui m'a complètement bâillonné ». Il ajoute : « J'étais englué dans un mécanisme de changement par le discours, par la narration ».
Le changement par le discours. Tout le radicalisme virtuel tient dans cette formule. Elle vient de l'un de ses praticiens les plus assidus.
Il va plus loin : « En accompagnant ceux qui étaient dans le discours violent, nous y avions quelque part contribué. » La parole incendiaire a eu un prix. D'autres l'ont payé.
Il ne renie pas tout. Il maintient que Tchiroma a gagné, refuse de reconnaître Biya et promet de continuer à dénoncer. Le fond reste. Le ton et les cibles changent.
Effacer ses propres vidéos n'a rien d'anodin. Un militant qui modère son discours, cela arrive. Un militant qui retire lui-même les traces de son combat ne corrige plus un propos. Il tourne une page.
Le silence sur Kamto
Le mea culpa frappe aussi par ce qu'il tait. Pas un mot pour Maurice Kamto, pourtant la cible la plus constante de ses lives.
Ceux qui ont quitté l'orbite du MRC pour Tchiroma reprochaient à Kamto d'être trop prudent, trop légaliste, trop conciliant. Le 11 mars dernier, Ngatchou expliquait lui-même que le changement dans la paix et par les urnes n'avait pas fonctionné et qu'il fallait passer à autre chose.
S'excuser auprès de Biya peut passer pour de l'humilité. Reconnaître une erreur de jugement sur Kamto obligerait à revoir toute la lecture stratégique qui a justifié ce choix. Le silence ressemble donc à une esquive plus qu'à une réconciliation.
Le paradoxe est complet. L'homme qui reprochait à Kamto sa modération présente ses excuses au chef de l'État.
Le pari du « guerrier » s'essouffle
Le courant Tchiroma promettait une chose simple. Là où l'opposition classique aurait échoué, une stratégie offensive renverserait le rapport de force. Réseaux sociaux, rhétorique de rupture, dénonciation des modérés, attente d'un changement rapide.
Plusieurs mois plus tard, le dispositif se vide.
Le 11 septembre, Christian Djoko, coordonnateur de la défense du vote en diaspora nommé par Tchiroma, a démissionné par lettre ouverte. Il juge « très grande » la probabilité que Tchiroma n'accède jamais au pouvoir. Il lui demande un « plan B ». Il l'invite à faire cesser les insultes de ses partisans contre Kamto.
Sandy de Boston, nommée coordinatrice à la communication le 16 avril, a disparu des réseaux sociaux. Me Alice Nkom, porte-parole, ne s'exprime plus publiquement depuis plus d'un mois.
Le piège du boycott
Pendant des mois, les voix les plus en vue du camp Tchiroma ont présenté la participation aux prochaines élections comme une trahison. Une telle position mène à l'isolement. Un mouvement qui renonce aux institutions doit proposer une alternative visible. Sinon, il abandonne le terrain.
Le MRC a boycotté les scrutins de 2020. C'était un choix de survie après une tentative d'infiltration, pas une doctrine. Il prépare aujourd'hui son retour dans les urnes et tiendra sa convention le 17 octobre à Odza.
Les partis, de la majorité comme de l'opposition, multiplient les réunions de base. La politique continue. Et celui qui cesse d'occuper le terrain s'expose à pire que l'adversité : l'indifférence.
La fin d'un cycle
Le cas Ngatchou révèle les limites d'un modèle qui a confondu visibilité numérique et capacité d'action. Une communauté virtuelle, aussi bruyante soit-elle, ne remplace ni une organisation, ni un maillage territorial, ni une présence durable auprès des citoyens.
Son mea culpa n'est peut-être pas la capitulation d'un homme. Il pourrait marquer le crépuscule d'une illusion : celle qui voulait que le bruit des réseaux sociaux remplace la construction patiente d'un rapport de force réel.
John Lawson