Près de deux mois après l'assassinat du Maréchal-des-Logis-Chef AKAK Rodrigue ARREY, membre de la Direction de la Sécurité Présidentielle, le présumé meurtrier a été arrêté et a reconnu les faits lors de la reconstitution du crime ce vendredi 13 février. Il s'agit d'un évadé de prison spécialisé dans les agressions à main armée. Son complice est toujours en fuite.
Publié le 16 février 2026
C'est une étape décisive dans l'élucidation de cette affaire criminelle qui a bouleversé la gendarmerie camerounaise. Le vendredi 13 février 2026, la reconstitution des faits du meurtre du Maréchal-des-Logis-Chef (MDL/C) AKAK Rodrigue ARREY s'est déroulée sur le lieu du crime, au quartier Rails Olembe à Yaoundé.
Cette opération judiciaire cruciale a été coordonnée par le Lieutenant-Colonel NDONGO Jean Alain, Commandant du Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi, en présence du Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi. Une présence qui témoigne de l'importance accordée à cette affaire impliquant un membre des forces de sécurité présidentielle.
Face aux magistrats, aux enquêteurs et sur les lieux mêmes où son collègue a perdu la vie, le présumé assassin a effectué ce que la justice appelle des « aveux complets ». Un dénouement qui apporte enfin des réponses à la famille du défunt et à ses camarades de la Direction de la Sécurité Présidentielle (DSP), unité d'élite chargée de la protection du président de la République.
Les faits remontent au dimanche 22 décembre 2025, quelques jours avant Noël. Ce soir-là, vers 21 heures, le Maréchal-des-Logis-Chef AKAK Rodrigue ARREY, en service à la Direction de la Sécurité Présidentielle, rentrait d'un snack du quartier Rails Olembe en compagnie d'une amie.
C'est alors qu'ils ont été agressés par deux individus armés qui leur ont barré la route. Ce qui devait être une soirée ordinaire s'est transformé en tragédie. Face à ces malfaiteurs, le gendarme, malgré sa formation et son expérience au sein d'une unité d'élite, s'est retrouvé dans une situation désespérée.
Une bagarre s'engage entre le militaire et ses agresseurs. AKAK Rodrigue ARREY tente de se défendre, de protéger son amie, de repousser les assaillants. Mais les deux malfrats, déterminés et impitoyables, lui assènent plusieurs coups de poignards mortels. Le gendarme s'effondre, baignant dans son sang, tandis que les meurtriers prennent la fuite dans la nuit yaoundéenne.
Malgré les secours rapidement appelés, le MDL/C AKAK Rodrigue ARREY succombe à ses blessures. Un membre de la garde rapprochée du président Paul Biya vient de tomber, non pas au cours d'une mission officielle, mais lors d'une banale agression crapuleuse dans les rues de la capitale camerounaise.
Dès l'annonce du décès, une enquête est immédiatement ouverte à la Brigade de Gendarmerie de Nkolondom, compétente pour le secteur de Rails Olembe. L'affaire est d'emblée considérée comme prioritaire. Quand un membre de la Direction de la Sécurité Présidentielle est assassiné, toutes les ressources de l'appareil sécuritaire se mobilisent.
Les premières investigations révèlent rapidement un élément crucial : les présumés assassins utilisent les téléphones de la victime et de son amie pour rançonner leurs proches. Une pratique courante chez les bandits camerounais qui exploitent les répertoires téléphoniques de leurs victimes pour extorquer de l'argent aux contacts enregistrés.
Ces appels et messages suspects permettent aux enquêteurs de tracer une première piste. Mais c'est surtout grâce au concours de la Direction de la Sécurité Présidentielle elle-même que l'enquête va connaître une accélération décisive. La DSP, qui dispose de moyens techniques et humains considérables, met toutes ses capacités au service de l'élucidation du meurtre de l'un des siens.
Cette collaboration entre la DSP et le Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi porte ses fruits. Les éléments de preuve s'accumulent, les témoignages convergent, et bientôt, les enquêteurs identifient le principal suspect.
Le 16 janvier 2026, soit 25 jours après le meurtre, les gendarmes du Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi interpellent l'un des présumés assassins au quartier Etoudi, un secteur situé non loin du Palais de l'Unité, siège de la présidence de la République. Une localisation qui n'est pas anodine et qui témoigne de l'audace du criminel.
L'identité du suspect et son parcours révèlent un profil glaçant. Selon le Lieutenant-Colonel NDONGO Jean Alain, il s'agit d'« un malfrat spécialisé dans les agressions à mains armées » qui s'était évadé de la Prison Principale de Yoko le 2 décembre 2025, soit exactement 20 jours avant l'assassinat du gendarme.
La Prison de Yoko, située dans la région de l'Adamaoua (Nord du Cameroun), est l'un des établissements pénitentiaires les plus connus du pays. L'évasion de ce criminel endurci le 2 décembre 2025 et son arrivée à Yaoundé quelques jours plus tard illustrent les failles du système carcéral camerounais et la facilité avec laquelle des détenus dangereux peuvent s'échapper et semer la terreur dans d'autres régions.
Après son évasion, le suspect s'est réfugié dans la capitale Yaoundé, où il a repris ses activités criminelles. Rails Olembe et ses environs sont devenus son terrain de chasse. Le 22 décembre, le destin place sur sa route le MDL/C AKAK Rodrigue ARREY. Le gendarme devient alors une victime de plus dans la longue liste des méfaits de cet évadé.
Lors de la reconstitution du crime le 13 février 2026, face au Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi et sur les lieux mêmes de son forfait, le présumé assassin a passé aux aveux complets.
Selon les informations fournies par les autorités judiciaires et la gendarmerie, le suspect a déclaré « mener cette activité depuis plusieurs années ». Ce n'était donc pas son premier crime. L'assassinat du gendarme AKAK Rodrigue ARREY n'était qu'un acte de plus dans une carrière criminelle bien établie.
Mais les révélations du suspect ne s'arrêtent pas là. Il a également confié « être l'auteur de l'insécurité qui règne dans cette zone depuis décembre dernier ». En d'autres termes, depuis son arrivée à Yaoundé après son évasion de Yoko début décembre, ce criminel aurait été responsable de multiples agressions dans les quartiers de Rails Olembe et ses environs.
Ces aveux soulèvent de nombreuses questions. Combien de victimes a-t-il fait depuis son évasion ? Combien de familles ont été terrorisées par ses agressions ? Combien d'agressions à main armée non élucidées dans le secteur peuvent lui être imputées ?
La reconstitution des faits, filmée et documentée par les services de la gendarmerie selon les procédures judiciaires en vigueur, constitue un élément de preuve crucial pour le dossier d'accusation. Le suspect a dû mimer ses gestes, expliquer le déroulement de l'agression, montrer où et comment il a frappé le gendarme.
Si l'arrestation du principal suspect constitue une avancée majeure dans l'enquête, un élément demeure préoccupant : son complice est toujours en fuite.
Selon les informations communiquées par la gendarmerie, « l'enquête ouverte se poursuit au Groupement de Gendarmerie Territoriale à la recherche de son complice ». Ce deuxième agresseur, présent lors de l'assassinat du MDL/C AKAK Rodrigue ARREY le 22 décembre, n'a pas encore été identifié ou localisé.
Cette traque active mobilise les ressources du Groupement de Gendarmerie Territoriale du Mfoundi. Les enquêteurs exploitent sans doute les informations fournies par le suspect arrêté pour remonter jusqu'à son comparse. Contacts téléphoniques, lieux de rencontre habituels, réseau de connaissances... tous les éléments sont analysés pour mettre la main sur ce fugitif.
La population du quartier Rails Olembe et des environs est appelée à la vigilance et à collaborer avec les forces de l'ordre pour signaler tout individu suspect. Tant que ce complice court toujours, la menace demeure pour les habitants de la zone.
La procédure judiciaire suit désormais son cours. Selon les informations communiquées par les autorités, « le mis en cause sera déféré dans les prochains jours par devant le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance du Mfoundi ».
Ce déferrement constitue une étape clé dans la procédure pénale camerounaise. Le Procureur devra alors décider soit de requérir l'ouverture d'une information judiciaire (désignation d'un juge d'instruction), soit de renvoyer directement l'affaire devant le tribunal compétent pour jugement.
Compte tenu de la gravité des faits – assassinat d'un membre des forces de sécurité, préméditation apparente, usage d'arme blanche, actes de torture (coups de couteaux multiples), évasion de prison, multirécidive avérée –, le suspect encourt les peines les plus lourdes prévues par le Code pénal camerounais.
L'assassinat avec préméditation est passible de la peine de mort au Cameroun, bien que celle-ci ne soit plus appliquée depuis plusieurs années (dernier cas en 1997). En pratique, les condamnés à mort voient leur peine commuée en réclusion criminelle à perpétuité.
Le dossier devrait être instruit avec célérité compte tenu de la qualité de la victime (membre de la DSP) et des aveux complets du suspect.
Le quartier Rails Olembe, situé dans l'arrondissement de Yaoundé 2e, est connu pour être une zone où l'insécurité sévit régulièrement. Quartier populaire aux ruelles étroites et mal éclairées, il offre un terrain favorable aux malfaiteurs qui y trouvent de nombreuses cachettes et des possibilités de fuite rapide.
Les habitants de Rails Olembe vivent depuis des mois dans la crainte des agressions nocturnes. Les témoignages recueillis font état d'une recrudescence des actes de banditisme depuis décembre 2025, période qui correspond précisément à l'arrivée du suspect évadé de Yoko.
L'assassinat d'un gendarme de la Direction de la Sécurité Présidentielle dans ce quartier a provoqué un électrochoc. Si même un membre d'une unité d'élite, formé au combat et habitué aux situations de danger, peut être tué lors d'une simple sortie le soir, qu'en est-il de la sécurité des citoyens ordinaires ?
Cette affaire met en lumière les défaillances de la sécurité dans certains quartiers de Yaoundé malgré la présence de forces de l'ordre. Elle pose également la question de la prolifération des armes blanches dans la capitale camerounaise et de l'audace croissante des bandits.
Depuis l'arrestation du suspect le 16 janvier, les habitants de Rails Olembe rapportent une légère baisse des agressions nocturnes. Mais tant que le complice reste en liberté et que les conditions structurelles de l'insécurité (mauvais éclairage public, patrouilles insuffisantes, impunité partielle) demeurent, la menace persiste.
La Direction de la Sécurité Présidentielle (DSP) est l'une des unités les plus prestigieuses et les mieux formées des forces de sécurité camerounaises. Chargée de la protection rapprochée du président de la République Paul Biya et de sa famille, elle recrute ses membres parmi les meilleurs éléments de l'armée, de la gendarmerie et de la police.
Les agents de la DSP bénéficient d'une formation d'élite, incluant le maniement des armes, les techniques de combat rapproché, la conduite défensive, la détection des menaces, et bien d'autres compétences spécialisées. Ils sont considérés comme des professionnels de la sécurité au plus haut niveau.
Le Maréchal-des-Logis-Chef AKAK Rodrigue ARREY appartenait à cette unité d'élite. Son grade de MDL/C (équivalent à sergent-chef) témoignait d'une certaine ancienneté et d'une expérience significative au sein de la gendarmerie et de la DSP.
Sa mort dans des circonstances aussi banales – une agression crapuleuse lors d'une sortie privée – a profondément choqué ses camarades et l'ensemble de la gendarmerie nationale. Un hommage lui a été rendu lors de ses obsèques, auxquelles ont assisté de nombreux responsables de la DSP et de la gendarmerie.
Cette tragédie rappelle que même les militaires les mieux entraînés ne sont pas à l'abri de la violence urbaine lorsqu'ils ne sont pas en service, désarmés et pris par surprise. Elle soulève également des questions sur la sécurité des membres des forces de l'ordre en dehors de leurs heures de service.
L'affaire AKAK Rodrigue ARREY met crument en lumière un problème structurel du système pénitentiaire camerounais : les évasions de détenus.
Le suspect, évadé de la Prison Principale de Yoko le 2 décembre 2025, n'est malheureusement pas un cas isolé. Régulièrement, des informations font état d'évasions dans différentes prisons du pays. Les causes sont multiples : vétusté des infrastructures, corruption du personnel pénitentiaire, manque d'effectifs pour surveiller les détenus, absence de moyens techniques (caméras, alarmes, etc.).
La Prison de Yoko, d'où s'est échappé le suspect, est située dans une région reculée du Cameroun. Les conditions de détention y sont réputées difficiles, ce qui peut expliquer certaines tentatives d'évasion. Mais cela n'excuse en rien les carences sécuritaires qui permettent à des détenus dangereux de s'évader et de reprendre leurs activités criminelles ailleurs.
Dans le cas présent, l'évadé s'est réfugié à Yaoundé, à près de 300 kilomètres de Yoko. Il a pu voyager librement, s'installer dans la capitale, et reprendre ses agressions sans être inquiété pendant près de trois semaines avant l'assassinat du gendarme.
Cette situation pose une question fondamentale : existe-t-il un système national d'alerte permettant aux forces de l'ordre de tout le pays d'être immédiatement informées des évasions de détenus dangereux ? Les photos et identités des évadés sont-elles diffusées aux points de contrôle routiers, aux gares, aux postes de police et de gendarmerie ?
Le cas du suspect évadé de Yoko suggère que de telles procédures, si elles existent, ne sont pas suffisamment efficaces.
Un élément troublant de cette affaire est l'utilisation des téléphones volés pour rançonner les proches de la victime. Cette pratique, de plus en plus répandue au Cameroun et dans d'autres pays africains, constitue une évolution inquiétante de la criminalité urbaine.
Après avoir agressé et parfois tué leurs victimes, les bandits s'emparent de leurs téléphones portables. Plutôt que de simplement les revendre, ils consultent les répertoires, les messages, les historiques d'appels pour identifier les contacts importants : famille, amis, collègues, employeurs.
Ils passent ensuite des appels ou envoient des messages à ces contacts en se faisant passer pour la victime, demandant des transferts d'argent d'urgence via mobile money (Orange Money, MTN Mobile Money, etc.). Parfois, ils appellent directement en annonçant qu'ils détiennent la victime et exigent une rançon pour sa libération, même si celle-ci est déjà décédée.
Cette double victimisation – agression physique suivie d'une exploitation psychologique et financière de l'entourage – est particulièrement traumatisante pour les familles. Dans le cas du MDL/C AKAK Rodrigue ARREY, ses proches et ceux de son amie ont probablement été contactés par les assassins, ajoutant à leur douleur.
C'est précisément cette pratique qui a permis aux enquêteurs de remonter jusqu'aux suspects, les appels et messages émis depuis les téléphones volés ayant laissé des traces numériques exploitables.









