Actualités of Wednesday, 29 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Mazars, la BEAC et l'axe Libreville-Yaoundé : comment un cabinet d'audit devient un levier d'intégration économique en Afrique centrale

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Le succès de Forvis Mazars Gabon auprès de la BEAC, combiné à la présence de son patron au capital de Mazars Cameroun, illustre une stratégie de développement sous-régional inédite dans le secteur du conseil. Jeune Afrique révèle comment la recomposition du marché de l'audit offre aux cabinets régionaux une opportunité historique de s'imposer face aux réseaux internationaux.

Il y a des victoires qui valent plus que leur objet immédiat. Le 17 juillet 2026, Forvis Mazars Gabon a été retenu pour conduire le processus de recrutement des cadres du Fonds de garantie des dépôts en Afrique centrale — une entité stratégique de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), institution monétaire qui régit la zone CEMAC dans son ensemble. Un contrat important en soi. Mais dont la portée, comme le révèle Jeune Afrique dans son enquête exclusive sur la recomposition du marché camerounais de l'audit, dépasse largement la seule sphère gabonaise.

L'actionnariat croisé : le secret de la synergie

Pour comprendre pourquoi le succès gabonais de Forvis Mazars aura des effets sur le marché camerounais, il faut d'abord saisir l'architecture actionnariale que Jeune Afrique révèle. Fidèle Bienvenu Mmandoa, le patron de Forvis Mazars Gabon, détient 43,3 % du capital de Mazars Cameroun — aux côtés de Jules Alain Njall Bikok qui en pèse 45,2 %. Un actionnariat croisé qui fait des deux entités des structures juridiquement distinctes mais économiquement solidaires.

Comme le formule un analyste du secteur camerounais cité par Jeune Afrique : la filiale camerounaise « bénéficie généralement des résultats consolidés auxquels contribue la première ». En d'autres termes, chaque contrat remporté à Libreville renforce la réputation, la crédibilité et les ressources consolidées de l'ensemble du groupe dans la sous-région — y compris à Yaoundé, où Mazars Cameroun a su s'imposer avec 27,8 % de parts de marché dans le nouveau quatuor local.



L'importance du contrat BEAC pour Forvis Mazars va bien au-delà des honoraires qu'il génère. Être retenu par la banque centrale de la zone CEMAC — institution qui supervise la politique monétaire de six pays et dont les standards de gouvernance sont parmi les plus exigeants de la sous-région — constitue une validation institutionnelle de premier ordre.

Pour un cabinet qui ambitionne de s'imposer comme acteur de référence du conseil en Afrique centrale, remporter un tel mandat équivaut à obtenir un certificat de compétence visible de tous les acteurs économiques et institutionnels de la zone. Les entreprises publiques, les banques, les régulateurs et les administrations fiscales des six pays membres de la CEMAC savent désormais que Forvis Mazars a été jugé digne de confiance par leur institution monétaire commune.

Le modèle régional face aux réseaux mondiaux

Ce que révèle Jeune Afrique à travers l'analyse de cette configuration, c'est l'émergence d'un modèle alternatif à la franchise internationale classique — dans lequel un cabinet local obtient une licence d'un Big Four mondial et opère sous ses couleurs. Le départ d'EY et de PwC des marchés francophones en 2025 a montré les limites de ce modèle : quand le réseau international se retire, la franchise locale se retrouve soudainement sans enseigne, sans le soutien du réseau mondial et contrainte de reconstruire son positionnement depuis zéro — comme Vinka le vit douloureusement au Cameroun, avec une chute de parts de marché de 41 % à 16 % en quelques années.

À l'inverse, le modèle Mazars — présence locale authentique, actionnariat entre partenaires sous-régionaux, adossement à un réseau international certes moins iconique que les Big Four historiques mais présent et stable — offre une résilience que la dépendance à la licence internationale ne garantit pas. Quand Forvis Mazars Gabon remporte un contrat BEAC, Mazars Cameroun en bénéficie. Si demain Mazars Cameroun décroche un mandat significatif à Yaoundé, c'est l'ensemble de l'édifice sous-régional qui se renforce.

Robert Nken et Moore Stephens : le parcours comme atout

L'autre enseignement que Jeune Afrique tire de cette recomposition concerne la valeur des trajectoires individuelles dans ce secteur. Robert Nken, qui dirige Moore Stephens Cameroun depuis son arrivée en 2017, est un ancien de PwC et de KPMG — deux des Big Four dont il a intégré et maîtrisé les méthodes avant de les mettre au service d'une structure indépendante. Sa connaissance des codes, des processus et des exigences des grandes organisations internationales lui a permis de positionner Moore Stephens sur des mandats que les acteurs moins expérimentés n'auraient pas pu décrocher.

Cette valorisation des parcours dans les grands réseaux — comme tremplin vers une pratique indépendante et régionale — est peut-être l'une des leçons les plus durables de la recomposition post-EY/PwC. Le talent et l'expérience forgés dans les grandes enseignes mondiales ne disparaissent pas quand ces enseignes se retirent. Ils se redistribuent dans le tissu local et régional — renforçant, in fine, la capacité des marchés africains à se doter de champions propres, ancrés dans leurs réalités et capables de rivaliser avec les réseaux internationaux sur leurs propres terrains.

Le marché camerounais de l'audit est en train de vivre cette transformation sous nos yeux. Jeune Afrique en a capturé le moment charnière.