Actualités of Monday, 11 May 2026

Source: www.camerounweb.com

Maurice Kamto et Samuel Eto'o, le cache s3xe des Camerounais

Un peuple distrait est toujours plus facile à gouverner qu’un peuple concentré Un peuple distrait est toujours plus facile à gouverner qu’un peuple concentré

La tendance des Camerounais à se focaliser sur des polémiques politiques et médiatiques, notamment autour de personnalités comme Maurice Kamto et Samuel Eto'o, au détriment des véritables problèmes du pays tels que le chômage, la pauvreté, l’état des écoles ou des hôpitaux devient de plus en plus inquiétante. Il en est de même pour le rôle de certains médias et intellectuels accusés d’entretenir la distraction et les débats superficiels plutôt que de favoriser une réflexion de fond sur les enjeux nationaux. Cette focalisation sur l’accessoire contribue à maintenir la population dans une forme de résignation collective, ce qui facilite la domination politique et freine le changement au Cameroun.

LE CAMEROUN, RÉPUBLIQUE DU BAVARDAGE PERMANENT

Les Camerounais ont tellement de problèmes. Tellement, qu’on pourrait croire qu’un instinct élémentaire de survie collective pousserait chacun à chercher, au moins un peu, à en sortir. Mais non. Chez nous, la souffrance n’enseigne pas toujours ; parfois, elle distrait. Et souvent, elle abrutit.

Au lieu de chercher à s’en sortir, beaucoup se laissent manipuler par la misère de leur misère. Oui, cette formule peut sembler brutale, mais comment dire autrement cette étrange capacité à transformer le malheur quotidien en spectacle permanent, en querelles inutiles, en guerres de personnes, pendant que les vrais problèmes continuent leur marche triomphale ?
-Le chômage. Supportable.
-L’école en ruine. On verra demain.
-Les hôpitaux défaillants. Dieu est grand.
-L’effondrement progressif du pouvoir d’achat. On s’adapte.

Mais attention : qu’un nom apparaisse dans l’actualité et le pays s’embrase ! À longueur de journée, on ergote sur Kamto pour le criminaliser ou le sanctifier, selon le camp. Puis on bascule sur Samuel Eto’o, devenu à lui seul un ministère national de la distraction. Si ce n’est l’un, c’est l’autre. Entre politique-spectacle et football-thérapie, le citoyen épuisé trouve enfin matière à oublier pourquoi son quotidien ressemble à un parcours du combattant.

Et nos intellectuels ? Enfin… ceux qui tiennent lieu d’intellectuels. Une partie d’entre eux semble avoir troqué la rigueur critique contre l’agitation de plateau télé, où l’on confond volume sonore et profondeur d’analyse. Certains journalistes — ou ce qui en tient parfois lieu — ont transformé le débat public en arène d’émotions, de procès d’intention et de raccourcis commodes. L’essentiel n’est plus d’éclairer ; il faut captiver, polariser, scandaliser.

Pendant ce temps, les citoyens, eux, semblent parfois s’en accommoder. Beaucoup s’en accommodent même avec une facilité déconcertante. Comme si l’on avait fini par accepter qu’un peuple puisse vivre au milieu de difficultés immenses tout en consacrant une énergie folle à des querelles qui n’améliorent ni le prix du pain, ni la qualité de l’école, ni l’accès aux soins, ni l’avenir des jeunes.

Le plus fascinant dans cette histoire, c’est notre incroyable capacité à débattre de tout… sauf de l’essentiel. Nous excellons dans l’accessoire. Nous disséquons les polémiques avec une précision chirurgicale, pendant que les enjeux structurels passent discrètement derrière le rideau.

Et après, nous nous étonnons que rien ne change.
Peut-être qu’au fond, le vrai drame du Cameroun n’est pas seulement ce qu’on lui fait. Peut-être réside-t-il aussi dans cette résignation bavarde, cette passion des diversions, cette facilité à se laisser embarquer loin des sujets qui décident réellement d’un destin collectif.

Un peuple distrait est toujours plus facile à gouverner qu’un peuple concentré. Et pendant que nous commentons le théâtre, d’autres écrivent le scénario.

Un autre Cameroun est possible

Charles Chacot CHIME