Actualités of Tuesday, 9 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Martinez Zogo : les détails cachés à la population sur la scène du crime

Martinez Zogo Martinez Zogo

« Affaire Martinez Zogo, la scène du crime », titre le journal L’Indépendant qui relate tout. Le média, dans sa parution numéro 1037, éclaire la lanterne des Camerounais. Le 1er juin 2026 au Tribunal militaire à Yaoundé, le Professeur Bell Bitjoka, expert en sécurité des systèmes d’information, a présenté les conclusions de son analyse forensique menée sur les téléphones et supports numériques saisis dans le cadre de l’enquête.

Lors de l’audience du lundi 1er juin 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé, l'expert commis par la justice a exposé les résultats des analyses de téléphonie et de géolocalisation des principaux suspects. Notamment le lieutenant-colonel Justin Danwe, Jean Pierre Amougou Belinga et Maxime Eko Eko, ex-patron de la DGRE. L'analyse exhaustive de l'ensemble des téléphones portables n'a révélé entre Justin Danwe et Amougou Belinga, entre Justin Danwe et Eko Eko, aucune donnée, aucune communication, ni aucun point de contact établissant un lien direct avec la planification ou l'exécution de l'assassinat de Martinez Zogo. En parallèle, le tribunal a acté la lecture des correspondances textuelles entre Justin Danwe et l'ancien directeur général des Impôts (Dgi), Mopa Modeste, des éléments dont le colonel-magistrat codifie l'exploitation pour la suite des débats.

Durant cette audience, pour la première fois, le tribunal a visionné la vidéo montrant les derniers instants de Martinez Zogo. Ces images, d'une violence extrême, exposent le journaliste agonisant, le corps entièrement trempé de sang, implorant le secours de ses ravisseurs. La diffusion de ce supplice a plongé la salle d'audience dans l’émoi, les larmes et la stupeur. Sur le plan technique, cette preuve capitale a été extraite grâce aux outils de restauration numérique. Absente des mémoires physiques des téléphones saisis, elle était dissimulée dans le compte cloud Google de l'accusé Godje Oumarou, membre du commando sous les ordres du lieutenant-colonel Justin Danwe.

En réaction à cette présentation, les avocats sont d’avis que le bout du tunnel n’est certes pas pour demain, mais qu’on s’y rapproche de plus en plus. Pour Me Assiga, avocat de la Dgre : « C’est peu que de dire que nous sommes arrivés à une étape cruciale de ce procès. On a entendu jusqu’à présent beaucoup de témoins qui paraissaient quelque peu timorés, qui avaient peur de dire ce qu’ils savaient, soit avaient eux-mêmes une accointance avec un certain nombre de personnes poursuivies. Nous avons cependant l’avantage d’avoir non seulement un expert technique qui nous est apparu, j’insiste làdessus, à bien des égards, indépendant ».

Pour Me Simplice Seri Zokou, avocat de Maxime Eko Eko « L’expert a travaillé assez rigoureusement, et il a pu démontrer qu’il y a des interactions entre certains des accusés qui se sont concertés avant, pendant et après. Cela nous incite d’attendre du tribunal, qu’il prenne à cœur la recherche de la vérité et que ceux qui ont fait ça soient sanctionnés ».

Sur les résultats des investigations menées par l’expert, les appréciations divergent d’un avocat à l’autre. Pour le conseil de Martinez Zogo, Me Job Calvin, les révélations qui ont été faites devraient faire perdre le sommeil à certains accusés : « Quand on voit que du 18 juin 2022 au 19 janvier 2023, il y a eu environ 36 appels entre monsieur Amougou Belinga et Monsieur Danwe, quand on voit que du 13 janvier au 26 janvier, apparait une récurrence d’appel entre les deux, quand on voit qu’effectivement, à partir du 21 juillet 2022 jusqu’au 19 janvier 2023, Monsieur Danwe envoie de l’argent à monsieur Godje qui est censé être le représentant opérationnel sur le terrain, on se rend compte que le 3 février, soit quelques jours seulement avant son interpellation, monsieur Amougou Belinga a supprimé tout sur les réseaux sociaux sur ses téléphones. Quand on voit cet ensemble d’éléments, on comprend tout de suite dans quel sens la vérité doit aller ».

Sérénité

Me Charles Tchoungang, conseil de Jean Pierre Amougou Belinga, relève que son client est de plus en plus conforté dans son innocence : « Depuis le 1er décembre 2023, le juge Sikati a rendu son ordonnance mettant hors de cause notre client et monsieur Eko Eko. Que nous disent tous les téléphones, smartphones, documents, tous les appareils électroniques expertisés concernant notre client notamment ? L’expert a conclu qu’il n’a trouvé aucun lien pertinent entre cette expertise et l’affaire en cours. Il en est de même pour mon second client, Bruno Bidjang. Les gens sont en prison depuis 3 ans pour rien. Ils ont abouti à la même conclusion que le juge Sikati. Donc voyez-vous, la vérité ne peut pas se cacher ».

C’est aussi la même sérénité chez les avocats de l’ex-patron du renseignement. Selon ces derniers, le rapport présenté par l’expert Bell, blanchit de plus en plus Léopold Maxime Eko Eko : « En complément à tous les autres témoins qui avaient dit qu’il n’y avait pas de relation entre lui et ceux qui ont commis les actes, l’expert a expliqué que les téléphones qu’il exploitait ne montrent absolument aucune interaction que ce soit avec monsieur Danwe ou avec d’autres accusés. Nous attendions ce moment ; là on va au-delà des simples témoignages même si les témoignages étaient concordants, puisqu’ils étaient importants ».

Me Claude Assira décèle cependant quelques lacunes : « le fait que tous les appareils ne lui ont pas été remis, amène à se poser la question de savoir pourquoi ceux qui doivent le faire ne l’ont pas fait au moment de l’enquête préliminaire et au moment de l’instruction préparatoire ? Ça nous donne l’impression à ce stade qu’on a identifié les bons accusés qu’on peut parfaitement livrer à la vindicte judiciaire ; il y en a d’autres qu’on va cajoler plutôt que dans le sens du poil. Vous avez entendu ici un certain nombre de noms de personnes que l’expert a pu détecter au travers de ses investigations, mais à aucun moment, on ne voit le nom de ces personnes, alors qu’au sens élémentaire, ces personnes mériteraient au moins d’être interrogées sur leur participation réelle ou supposée aux faits qui leur sont imputés ».

Conclusion

Les audiences du 1 et 2 juin 2026, marquent ainsi une étape décisive dans la manifestation de la vérité. Le souhait des avocats et même du public de plus en plus nombreux aux audiences est de voir celle-ci éclater enfin, de sorte que les auteurs de la mise à mort de Matinez Zogo répondent de leurs actes.

Le 2 juin 2026, deuxième jour d’audience, était consacré à la cross examination de l’expert Bell Georges Bitjoka. Si l’expert relève qu’il n’a pas trouvé d’élément pertinent entre Jean Pierre Amougou Belinga et le lieutenant-colonel Justin Danwe relativement à l’affaire Martinez Zogo à son avis, cette affirmation a fait dire à d’aucuns que l’homme d’affaire n’avait rien à voir avec l’assassinat de Martinez Zogo.

Les avocats des ayants droits de Martinez Zogo et ceux de la Dgre ont émis des doutes sur la crédibilité de cette expertise téléphonique. Les autres avocats des parties civiles et de la Dgre, réclament une expertise complémentaire, jugeant lacunaire le rapport du Pr George Bell Bitjoka. Ils insistent notamment sur son incapacité à retrouver les messages supprimés dans des téléphones examinés.

Les débats se poursuivront les 22 et 23 juin prochain. Rappelons que l'analyse forensique est une investigation méthodique des systèmes numériques visant à identifier, préserver et analyser des preuves pour comprendre des incidents ou soutenir des actions judiciaires. L'analyse forensique, également appelée digital forensics, consiste à examiner des données numériques pour détecter, interpréter et conserver des preuves liées à des incidents de sécurité ou à des activités criminelles. Son objectif principal est de reconstituer le déroulement d'une intrusion ou d'un incident, identifier les vulnérabilités exploitées et collecter des preuves fiables pouvant être utilisées dans un cadre judiciaire ou interne. Elle permet également de sécuriser les systèmes et de prévenir de futures attaques.