Actualités of Monday, 7 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Maître Akere Muna pose une question très sérieuse au régime de Yaoundé

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Elle porte sur la gouvernance. Depuis 21 ans, le Cameroun évite un mécanisme. C'est l'un des seuls qui permettraient de contrôler sa gestion. Un ensemble de détails donnés dans une publication par le confrère Boris Bertolt que nous relayons.

Le Cameroun refuse-t-il de soumettre sa gouvernance à un véritable examen ? La question est désormais posée par l'avocat et spécialiste des questions de gouvernance Akere Muna.

Dans sa note mensuelle Regards sur la gouvernance de septembre 2026, il met en lumière une situation singulière : Yaoundé a adhéré il y a plus de vingt ans au Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), mais n'a jamais réalisé l'évaluation à laquelle ce mécanisme devait conduire.

En juillet 2004, le Cameroun signe en effet le protocole d'accord du MAEP. Créé sous l'égide de l'Union africaine, cet instrument volontaire permet aux États africains d'examiner leur propre gouvernance avant de soumettre ce diagnostic à leurs pairs. Or, vingt-et-un ans après son adhésion, le Cameroun n'a effectué ni auto-évaluation nationale ni examen pays. Son dossier ne fait apparaître que son adhésion au mécanisme.

Le contraste est frappant avec plusieurs pays ayant rejoint le dispositif à la même époque. Le Ghana, le Rwanda, le Kenya, l'Afrique du Sud, le Nigeria et l'Algérie ont tous achevé au moins un cycle complet d'examen, certains en ayant réalisé deux ou trois. Le Cameroun, lui, n'a produit ni rapport d'examen pays ni programme d'action national. Selon la formule d'Akere Muna, il est « présent à la table et absent de l'exercice ».

L'enjeu est considérable. Le MAEP n'est pas un simple classement international imposé de l'extérieur. L'État doit lui-même organiser une vaste consultation associant gouvernement, société civile, secteur privé et universitaires, examiner ses faiblesses et prendre publiquement des engagements de réforme assortis d'un calendrier. Quatre domaines sont passés au crible : démocratie et gouvernance politique, gestion économique, gouvernance des entreprises et développement socioéconomique.

Et c'est précisément là que l'inaction camerounaise interpelle. Car les signaux concernant la gouvernance s'accumulent. La note rappelle notamment le classement du Cameroun au 115ème rang sur 133 pays dans le Chandler Good Government Index 2026. Elle revient également sur l'extraordinaire différence constatée dans le secteur aurifère : en 2023, les Douanes camerounaises ont déclaré seulement 22,3 kg d'or exporté, contre 15,2 tonnes enregistrées dans les statistiques commerciales internationales comme provenant du Cameroun et destinées aux Émirats arabes unis, soit un écart d'environ 680 fois.

Plus préoccupant encore, selon les chiffres de la Conac repris dans la note, les pertes liées à la corruption pour la seule année 2023 ont atteint 114,03 milliards de francs CFA, dont seulement 8,5 milliards auraient été recouvrés.

Pour Akere Muna, rien n'empêche pourtant juridiquement le Cameroun d'enclencher le processus. Aucune nouvelle loi n'est nécessaire. Il faudrait notamment saisir formellement le secrétariat continental du MAEP, mettre en place un Conseil national de pilotage réellement représentatif, organiser l'auto-évaluation et aboutir à un Programme d'action national avec des responsabilités et des échéances précises.

Après vingt-et-un ans d'inaction, il devient donc difficile de réduire cette situation à un simple retard administratif. Le Cameroun a volontairement adhéré à un mécanisme africain destiné à examiner sa gouvernance, mais n'a jamais activé l'exercice qui permettrait de la passer effectivement au crible.

Le paradoxe est saisissant : le pays a accepté le principe du contrôle en 2004, mais vingt-et-un ans plus tard, il ne s'y est toujours pas soumis.