Actualités of Thursday, 22 October 2026

Source: www.camerounweb.com

MRC contre Times TV : Ce que cette affaire dit du journalisme camerounais

Le 20 octobre 2026, le MRC a vivement critiqué Times TV, accusant la chaîne de laisser diffuser des propos diffamatoires et des attaques personnelles contre ses responsables. En réponse, le média a présenté ses regrets et promis de renforcer la vérification des accusations ainsi que l’encadrement des débats. La controverse porte notamment sur la présentation de Willy Mengue, exclu du MRC mais présenté sur le plateau comme militant du « MRC originel », ainsi que sur des contestations de l’élection de Tiriane Balbine Nadège Noah et des accusations pénales visant Maurice Kamto, diffusées sans vérification contradictoire suffisante selon l’analyse du texte.

AFFAIRE MRC CONTRE TIMES TV : LA DÉONTOLOGIE DE L’ANTENNE À L’ÉPREUVE DU DIRECT

Le 20 octobre 2026, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) publie un communiqué particulièrement sévère contre Times Télévision. Le parti accuse la chaîne de laisser prospérer des propos diffamatoires sur ses plateaux et exige qu’elle mette fin à ces pratiques.

Le MRC va jusqu’à employer l’expression « Médias Mille Collines », une référence historique lourde de sens, que Times TV rejette catégoriquement.

Le même jour, la chaîne répond en exprimant ses regrets et en proposant une démarche d’apaisement.

À première vue, l’affaire pourrait se résumer à un échange de communiqués entre une formation politique et un média.

Mais l’examen des séquences contestées soulève deux questions essentielles : la vérification des informations présentées au public et la responsabilité des animateurs dans la conduite des débats.

UNE ÉTHIQUE POLITIQUE QUI N’A RIEN DE NEUTRE

Le 18 octobre, au lendemain de la convention du MRC, l’émission « Débattons » accueille Willy Mengue.

Problème : le Comité national de médiation et d’arbitrage du parti avait prononcé son exclusion définitive le 29 juin 2026. Pourtant, l’affiche annonçant l’émission le présente comme « homme politique MRC ».

Dans sa réponse officielle, Times TV explique que le présentateur aurait demandé à son invité de préciser son appartenance politique. Celui-ci se serait alors présenté comme membre du « MRC originel ».

Mais la séquence rapportée de l’émission révèle une nuance importante.

Dès l’ouverture, le présentateur Parfait Ayissi introduit lui-même Willy Mengue comme un invité « qui se présente dorénavant comme étant un militant du MRC originel ».

Plus tard, lorsqu’un téléspectateur conteste cette présentation, l’animateur répond : « Je l’ai dit, Willy Mengue est militant du MRC originel. »

À aucun moment, selon les passages examinés, il ne rappelle explicitement la décision d’exclusion prise par le parti.

Or, l’expression « MRC originel » ne constitue pas une simple précision administrative.

Elle renvoie à une contestation de la légitimité de la direction actuelle du parti. C’est précisément cette conception qui se trouvait au cœur du différend ayant conduit à l’exclusion de Willy Mengue.

Un présentateur peut naturellement recevoir un ancien militant ou un dissident politique. Encore faut-il informer clairement le public de son statut et distinguer son appartenance revendiquée de sa situation officielle.

UN QUORUM RECALCULÉ EN DEHORS DU TEXTE CITÉ

Au cours de l’émission, Willy Mengue développe une argumentation chiffrée pour contester la validité de l’élection de Tiriane Balbine Nadège Noah. Il s’appuie sur l’article 17 des statuts du MRC.

Selon les dispositions qu’il cite, la convention peut valablement délibérer lorsque les deux tiers des régions sont représentées. Les décisions seraient ensuite adoptées à la majorité des deux tiers des membres présents.

Mais l’invité applique une autre méthode de calcul.

Il reconstitue un effectif théorique de 3 335 délégués, en retient les deux tiers, soit 2 224, puis estime que les 1 246 voix obtenues par la présidente élue ne suffisent pas.

Le problème est manifeste dans le raisonnement présenté.

Le texte invoqué distingue la représentation des régions, qui conditionne la validité des délibérations, et les membres présents, qui servent de référence au calcul de la majorité.

Le calcul fondé sur un effectif national théorique ne découle donc pas directement des dispositions citées.

Cela ne suffit pas, à lui seul, à établir la régularité de l'élection. Il faudrait notamment connaître la composition effective de la convention, les règles complètes applicables et les résultats officiels du scrutin.

C’est précisément le travail de vérification que le plateau aurait dû entreprendre.

Le présentateur promet de « revoir ça », mais aucune vérification contradictoire n’intervient dans la séquence rapportée.
Il résume finalement : « Pour vous, le quorum n’a pas été atteint. »
Willy Mengue réplique : « Pas pour Willy Mengue. Pour les textes. »
L’affirmation personnelle prend alors l’apparence d’une conclusion juridique incontestable.
Un autre intervenant salue même « toute la pertinence de l’exposé ».
Le débat aurait pourtant gagné à une question simple : quel passage exact des statuts autorise le calcul proposé ?

UNE ACCUSATION PÉNALE SANS DÉMONSTRATION

Plus loin, Willy Mengue accuse Maurice Kamto, absent du plateau, d’« usurpation de fonctions », en invoquant le Code pénal.

Il affirme également que l’ancien président du MRC aurait été « débouté par la tutelle ».

Or, selon les éléments évoqués dans cette controverse, le refus opposé par le ministère de l’Administration territoriale le 19 août 2026 concernait la convention de décembre 2025 et ses résolutions, sans viser personnellement Maurice Kamto.

Une décision administrative relative à une convention politique ne suffit pas nécessairement à caractériser une infraction pénale imputable à un individu.
La distinction est fondamentale.

Qualifier publiquement un comportement d’infraction suppose de présenter des éléments précis et de respecter la présomption d’innocence.

Face à cette accusation, le présentateur se contente d’un « C’est compris ».

Aucune demande de preuve, aucune clarification juridique, aucune mise en perspective contradictoire.
Or, recevoir une accusation à l’antenne ne signifie pas qu’il faille la laisser circuler sans examen.

LA POLICE DE L’ANTENNE EN QUESTION

Le différend entre le MRC et Times TV ne commence pas avec l’émission du 18 octobre.

Dans son communiqué, le parti revient également sur des interventions diffusées en septembre dans l’émission « On marche sur la capitale ».

Selon le MRC, Serge Mathias Olama Oyebe y aurait tenu des propos portant atteinte à la dignité de Maurice Kamto.

Il aurait notamment qualifié Olivier Bibou Nissack de « déséquilibré » et accusé le professeur Alain Fogué Tedom d’être un « terroriste » et un « tribaliste ».

Le parti affirme qu’aucun présentateur n’aurait interrompu ces attaques. Il met également en cause le directeur de la chaîne, Francis Bonga Bertrand, auquel il reproche d’avoir relayé certains propos.

Ces accusations demandent à être appréciées à partir des enregistrements complets et des explications des personnes concernées.

Si elles étaient confirmées, la question ne concernerait plus seulement le comportement d’un invité ou d’un animateur. Elle engagerait aussi la responsabilité de la direction éditoriale.

L’émission du 18 octobre soulève une interrogation comparable.

Un panéliste y aurait qualifié le MRC de parti « tribal, régionaliste, essentiellement ethno-fasciste », sans réaction corrective du plateau.

La liberté d’expression autorise la critique, même sévère, des formations politiques.

Mais elle ne dispense pas les responsables d’émission de distinguer les opinions, les accusations et les faits établis.

C’est tout le sens de la police de l’antenne.

LA RÉPONSE DE TIMES TV : UN GESTE D’APAISEMENT QUI LAISSE DES QUESTIONS

Times TV a choisi de répondre au MRC sans prolonger publiquement l’escalade.

La chaîne présente ses « regrets aux responsables du MRC visés par des propos outrageants et des attaques personnelles ».

Elle annonce également son intention de demander davantage d’éléments pour étayer les accusations formulées sur ses plateaux et d’intervenir face aux attaques personnelles.
Cette démarche mérite d’être relevée.

Reconnaître la nécessité de mieux encadrer les débats constitue un engagement professionnel important.

Mais le communiqué ne répond pas à toutes les interrogations.
Il ne clarifie pas le rôle attribué au directeur de la chaîne dans les séquences dénoncées.

Il propose également un récit de la présentation de Willy Mengue qui paraît différer des propos rapportés de l’enregistrement du 18 octobre.

Enfin, Times TV se déclare disposée à accueillir tout représentant dûment mandaté par le MRC.

Cette ouverture constitue une possibilité de rétablir le contradictoire.
Sa portée dépendra toutefois de sa mise en œuvre dans les prochaines éditions de « Débattons ».

CE QUE CETTE AFFAIRE DIT DU JOURNALISME CAMEROUNAIS

En comparant Times TV aux « Médias Mille Collines », le MRC a employé une référence historique particulièrement grave.

Cette qualification mérite elle-même un examen rigoureux, compte tenu de ce qu’elle évoque dans l’histoire des médias et de l’incitation à la haine.

Elle a aussi permis à la chaîne de concentrer une partie de sa réponse sur le rejet de cette comparaison.

Mais la controverse ne devrait pas faire oublier les questions de fond.
Comment les invités sont-ils présentés au public ?
Qui vérifie les textes juridiques cités pendant les émissions ?
Quelle réaction un animateur doit-il adopter lorsqu’un intervenant formule une accusation pénale contre une personne absente ?

À partir de quel moment une attaque personnelle exige-t-elle une intervention immédiate ?

Ces questions concernent Times TV, mais aussi l’ensemble des médias audiovisuels camerounais.

Le pluralisme politique suppose que des opinions contradictoires puissent être exprimées.

Il suppose également que les téléspectateurs disposent des éléments nécessaires pour distinguer une démonstration vérifiable d’une affirmation partisane.

CONCLUSION : LA DÉONTOLOGIE NE SE DÉCRÈTE PAS, ELLE S’EXERCE

L’affaire opposant le MRC à Times TV pose une question qui dépasse les intérêts des deux protagonistes.

Une télévision peut-elle prétendre informer correctement lorsqu’elle laisse des affirmations contestables circuler sans vérification suffisante ?

La responsabilité d’un présentateur ne consiste pas seulement à distribuer la parole.

Elle implique aussi de demander des preuves, de rappeler les faits connus, de signaler les incertitudes et de protéger le débat contre les attaques personnelles injustifiées.

Il appartient au Conseil national de la communication, dans le cadre de ses compétences, et aux responsables éditoriaux de veiller au respect de ces exigences.

Le direct comporte des contraintes particulières. Il ne suspend pourtant aucune obligation professionnelle.

EN DIRECT, LA DÉONTOLOGIE NE SE PROCLAME PAS DANS UN COMMUNIQUÉ. ELLE SE MESURE À CHAQUE QUESTION QUE LE PRÉSENTATEUR POSE, OU QU4IL OUBLIE DE POSER.

John Lawson