Actualités of Saturday, 18 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Média : La CRTV se meurt ; sauve qui peut !

23 milliards de FCFA de subventions pour seulement 334 millions de FCFA de résultat net 23 milliards de FCFA de subventions pour seulement 334 millions de FCFA de résultat net

La CRTV est présentée comme une entreprise publique en difficulté financière, structurelle et managériale. Des Camerounais plaident pour une refonte juridique, économique et éditoriale afin de moderniser le média public, améliorer sa gestion et lui permettre de remplir efficacement sa mission de service public auprès des Camerounais.

CRTV, LA FAUSSE CRISE ET LA VRAIE QUESTION

Encore une histoire d'icône. Au Cameroun, lorsqu'une icône dirige, la critique devient un crime de lèse-majesté. On se tait par peur d'être ostracisé. Pourtant, les chiffres, eux, ne se taisent pas. Le compte n'y est pas avec Charles Ndongo à la tête de l'Office de radiodiffusion et de télévision du Cameroun (CRTV). La CRTV est en faillite technique. Le chiffre est tombé, brutal : -10,3 milliards de FCFA de capitaux propres. Selon le rapport du Pr Viviane Ondoua Biwole, l'Office ne peut plus se financer par lui-même. Il survit grâce aux ressources publiques. Et le paradoxe est comptable.

La redevance audiovisuelle, prélevée sur les salaires, a rapporté plus de 17 milliards de FCFA en 2019. Mais 81 % de cette somme servent à payer les salaires. Les subventions de l'État, comprises entre 28 et 30 milliards de FCFA par an, sont votées, mais arrivent souvent avec retard. La publicité, gérée par la CMCA, la régie intégrée, représente 4,6 milliards de FCFA dans le budget 2025. Elle compense partiellement les retards de l'État. Sauf que le marché publicitaire est étroit et que la régie reste bridée par les lourdeurs administratives. Résultat : 23 milliards de FCFA de subventions pour seulement 334 millions de FCFA de résultat net.

On n'est donc pas dans une crise de moyens. On est dans une crise de sens. Et elle touche les deux jambes de l'Office : la radio et la télévision. Pendant des années, le modèle a été simple : subventionner pour exister. Pas de politique publicitaire structurée, pas de contenus exportables, pas d'offre numérique capable de rivaliser. Juste la perfusion. Or cette perfusion finit par tuer. Elle supprime la pression de la performance, endort l'innovation, fait reculer l'audience et appelle toujours davantage d'argent public. Un cercle vicieux qui s'alimente de son propre appauvrissement.

À la télévision, France Télévisions bascule vers une stratégie « streaming first » sur YouTube et les réseaux sociaux. Canal+ fait de l'Afrique l'un de ses principaux moteurs de croissance avec 23 millions d'abonnés. Pendant ce temps, la CRTV Télé attend encore que les Camerounais allument leur poste.

À la radio, le naufrage est plus silencieux. Radio Nationale, Chaîne Urbaine, radios régionales : émetteurs en panne, manque de carburant, grilles figées depuis vingt ans. Pendant ce temps, les Camerounais écoutent Facebook Live, TikTok, les podcasts et les radios privées en streaming.

Sur le numérique, la CRTV a pourtant amorcé un mouvement. Une Division des Nouveaux Médias existe. CRTV Web revendique 1,5 million d'abonnés sur Facebook, YouTube et X. Mais sans véritable modèle économique, sans application dédiée, sans offre de replay. On est présent, mais sans monétisation. On diffuse encore pour une salle vide.

Le problème n'est pas seulement financier. Il est aussi humain. Le Pr Viviane Ondoua Biwole parle d'un « triple naufrage » : financier, juridique et de gouvernance. La loi de 2017 est pourtant claire : six ans pour un président du conseil d'administration, neuf ans pour un directeur général. Mais, dans les faits, près de 70 % des dirigeants concernés ont dépassé ces durées. La règle a cédé la place à la longévité. On recycle les mêmes visages, on protège les mêmes habitudes et l'on ne réforme pas ce que l'on habite depuis quinze ans.

Charles Ndongo dirige la CRTV depuis le 29 juin 2016. À sa nomination, l'une de ses missions majeures était d'achever le passage à la Télévision numérique terrestre (TNT). Neuf ans plus tard, ce chantier de 110 milliards de FCFA traîne depuis près d'une décennie. Il devait partir à la retraite à 55 ans, mais a déjà bénéficié de deux prorogations de deux ans accordées par le président de la République. Pendant ce temps, l'agonie de l'Office se poursuit. Alors, que faire ? L'avenir ne se jouera pas dans un nouveau générique. Il se jouera autour de trois ruptures.

D'abord, une rupture juridique : appliquer la loi. Nommer ne doit plus signifier prolonger. Il faut faire entrer du sang neuf.

Ensuite, une rupture économique : mettre fin à la perfusion sans contrepartie. Soumettre la CRTV à un véritable plan de redressement, avec des objectifs chiffrés et un reporting trimestriel. Chaque franc public doit produire des résultats.

Enfin, une rupture éditoriale : sortir d'une logique administrative qui diffuse pour devenir un véritable service public qui va chercher son public. Sur le mobile, sur YouTube, sur TikTok, sur WhatsApp, dans les régions comme dans la diaspora. À la télévision comme à la radio. Assainir la CRTV, ce n'est pas tuer le service public. C'est lui donner une chance de survivre.

La CRTV n'appartient pas à ceux qui la dirigent. Elle appartient aux 28 millions de Camerounais qui la financent. Ils ont droit à un média public fondé sur la vérité, la proximité et la compétence. Le Cameroun n'a pas besoin d'un Office qui survit. Il a besoin d'un Office qui vit. Reste une dernière question : au Cameroun, on nomme souvent d'excellents journalistes à la tête des médias. Mais être excellent à l'antenne suffit-il pour être un bon gestionnaire ? Le service public a-t-il besoin de voix, ou de capitaines ?

Duke Atangana Etotogo