Actualités of Thursday, 5 March 2026
Source: www.camerounweb.com
Ludovic Daga : le crime de lèse-majesté dans les Bamboutos, avance Mo’oh Talo. L’homme, une figure médiatique connue pour ses analyses politiques et sociales souvent publiées sous forme de tribunes d’opinion, est direct.
Dans deux jours, cela fera quatre mois. Quatre mois que Ludovic Daga a été arraché à sa ferme de Babadjou, avalé par la nuit et le système. Quatre mois que sa famille, ses amis et ses avocats posent une question dont l'écho se perd dans les couloirs sans fenêtres du Secrétariat d'État à la défense (SED) et les geôles surpeuplées de Kondengui : quel est son crime ?
La réponse, aussi sinistre que prévisible, est d'une simplicité kafkaïenne. Dans un pays qui se proclame État de droit, le crime de Ludovic Daga est de n'avoir pas courbé l'échine.
Secrétaire communal du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) à Babadjou, ce jeune homme « incorruptible », comme le décrivent ses proches, était devenu une pierre angulaire dans la chaussure des barons locaux du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Son véritable tort ? Avoir cru, avec une « hargne » et une « confiance des populations » notables, que la politique pouvait se faire ailleurs que dans la génuflexion.
L'insulte suprême, celle qui ne se pardonne pas dans une logique de prédation, fut la dernière élection présidentielle. En apportant son soutien au candidat Issa Tchiroma Bakary et en orchestrant une victoire locale qui a vu Paul Biya laminé dans les urnes à Babadjou, Ludovic Daga a signé son arrêt de mort civile.
Les dignitaires du régime, ces « hommes » que des décrets de nomination ont transformés en fauves, ont tenté l'achat de conscience. Devant l'échec, ils ont actionné le seul ressort qu'ils maîtrisent : la machine à broyer.
L'arrestation, le 1er novembre 2025, à la mise en scène des basses œuvres : vingt hommes armés, cagoule et menottes, sans mandat ni notification, pour capturer un fonctionnaire dans sa propre ferme, en pleine nuit, alors que sa famille porte encore le deuil de son père, enterré quelques mois plus tôt. Le calvaire commence, jalonné d'étapes qui sont autant de stigmates de l'arbitraire : la brigade de Mbouda, Bafoussam, et enfin le SED à Yaoundé, ce « goulag » du régime Biya où la loi n'entre pas.
Là, dans l'antichambre de l'enfer, il partagea une cellule avec Djeukam Tchameni et Anicet Ekane. Ce dernier, président du Manidem, n'en est jamais ressorti vivant, officiellement mort le 1er décembre 2025 de sa « condition de malade » selon le ministre Atanga Nji, qui s'est fendu d'une sortie pour préciser que le défunt n'était « ni héros ni martyr ». Une mise au point nécrologique d'une inhumanité glaçante, signée par celui qui veille sur les « territoires décentralisés ».
Transféré depuis le 20 novembre à la prison centrale de Kondengui, Ludovic Daga y subit désormais une lente dégradation physique. Selon des informations concordantes, sa santé, déjà éprouvée par dix-sept jours de détention au SED dans des conditions inhumaines, décline de manière alarmante. Le "prisonnier" souffre de troubles multiples qui prennent de l'ampleur au jour le jour. Plus inquiétant encore, il ressent depuis plusieurs semaines une douleur persistante aux yeux et voit de plus en plus mal, sans que des soins appropriés ne lui soient administrés.
Le scénario est connu, rodé : dans les geôles camerounaises, on laisse pourrir le corps pour faire taire l'esprit. Comme pour Djeukam Tchameni, que Me Alice Nkom décrit aujourd'hui comme étant en « danger de mort », l'administration pénitentiaire semble appliquer la même méthode : l'isolement médical comme poursuite de la peine par d'autres moyens. Pendant ce temps, sa famille, impuissante, réclame à corps et à cris des soins et sa libération, tandis que ses avocats, Me Hippolyte Meli et Emmanuel Simh, se heurtent au mur du silence.
Pendant ce temps, le dossier judiciaire de Ludovic Daga est un modèle du genre : vide. Selon ses avocats, on le suspecte d'actes qui seraient « l'œuvre de tiers ».