Alors que le procès de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo suit son cours, la famille du défunt vient de tirer la sonnette d'alarme. Dans une lettre adressée directement au président de la République Paul Biya, les proches de la victime dénoncent des tentatives souterraines visant à obtenir la remise en liberté de Jean-Pierre Amougou Belinga, principal inculpé dans cette affaire emblématique.
La lettre, dont la teneur a été rendue publique, est à la fois un acte de gratitude et un cri d'alarme. La famille Zogo y salue la décision présidentielle d'avoir confié l'affaire à une Commission d'Enquête Mixte de haut niveau, qui a permis d'établir les responsabilités et d'aboutir à l'ouverture d'un procès. Mais elle alerte immédiatement sur ce qu'elle perçoit comme une menace directe sur l'intégrité de ce processus judiciaire.
« Nous avons appris avec une vive préoccupation que certaines personnalités tapies dans l'ombre, usant de leurs réseaux d'influence, s'emploieraient à obtenir la remise en liberté de Monsieur Jean-Pierre Amougou Belinga », écrit la famille, sans nommer les individus en question mais en soulignant la gravité de la situation.
La démarche est politique autant que judiciaire. En s'adressant directement à Paul Biya, la famille Zogo cherche à placer le chef de l'État devant ses responsabilités : si des réseaux d'influence tentent de court-circuiter la justice, c'est au sommet de l'État qu'il appartient de les neutraliser. Le message est clair : « Une telle manœuvre, si elle aboutissait, viendrait directement contrecarrer les efforts que vous n'avez cessé de déployer pour que la justice suive son cours dans la transparence et la sérénité. »
La famille « en appelle à la vigilance personnelle » du président, afin que « rien ni personne ne puisse compromettre le travail du juge d'instruction, ni saper la crédibilité du processus engagé ».
L'affaire Martinez Zogo, symbole d'une justice camerounaise sous surveillance
Rappelons que Martinez Zogo, journaliste et animateur de radio connu pour ses révélations sur la corruption, avait été retrouvé mort à Yaoundé en janvier 2023, après avoir été enlevé. L'affaire avait provoqué une onde de choc nationale et internationale, mettant en cause les milieux d'affaires et des réseaux proches du pouvoir. L'inculpation de Jean-Pierre Amougou Belinga, puissant homme d'affaires et patron de médias, avait constitué un tournant inédit dans l'histoire judiciaire camerounaise.
Cette lettre de la famille Zogo rappelle que le combat pour la vérité et la justice n'est pas encore terminé — et que dans les coulisses, la bataille se poursuit avec une intensité que le prétoire ne reflète pas toujours.









