Actualités of Tuesday, 20 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Les passeports diplomatiques de Bidjang et Bia créent la zizanie au RDPC

Image illustrative Image illustrative

Les premières gratifications consécutives à la présidentielle du 12 octobre 2025 provoquent des remous au sein du parti au pouvoir. L'attribution de passeports diplomatiques aux journalistes Bruno Bidjang et Raul Christophe Bia, présentée comme une récompense pour leur soutien médiatique à Paul Biya, suscite une vive polémique à Yaoundé et dans les rangs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

Selon des informations concordantes, ces deux figures de la communication pro-régime bénéficient désormais de titres de voyage diplomatiques, une distinction habituellement réservée aux hauts dignitaires de l'État. Dans les arcanes du pouvoir, ces journalistes sont crédités d'avoir joué un rôle central dans la maîtrise du narratif en ligne avant, pendant et après le scrutin présidentiel, contribuant à contenir les critiques visant le système en place par leurs contre-offensives digitales.

Cette reconnaissance officielle ne passe pas inaperçu et installe un malaise profond au sein du parti au pouvoir. Dans le RDPC et particulièrement dans le Sud, bastion électoral du chef de l'État, ces faveurs créent une véritable polémique. La base militante et même certains médias proches du pouvoir expriment ouvertement leur frustration.

"Ces trois ont mouillé le maillot pour la victoire de Paul Biya plus que qui ?", s'interrogent certains cadres du parti, estimant que leur propre engagement sur le terrain n'a pas reçu la même considération. Cette question révèle une fracture grandissante entre les militants traditionnels du RDPC et les nouveaux acteurs de la communication digitale désormais valorisés par le régime.

Plusieurs voix au sein de l'appareil partisan suspectent et accusent Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence, et Louis Paul Motaze, ministre des Finances, d'être aux manettes de ce qu'ils considèrent comme une "mauvaise répartition des récompenses" post-électorales. Ces deux figures influentes de l'exécutif seraient à l'origine de la liste des bénéficiaires de distinctions honorifiques.

Cette situation illustre un exercice périlleux en sociologie politique : la gestion des récompenses qui peut fragiliser la cohésion d'un groupe. Comme le dit un proverbe local, "le chasseur qui mange seul le cœur du gibier finit par chasser sans chiens". Une mise en garde qui résonne particulièrement dans un contexte où la loyauté militante semble mise à rude épreuve par des choix jugés arbitraires.

Selon certaines sources, ces distinctions pourraient n'être qu'un début. Le prochain remaniement gouvernemental, promis par Paul Biya dans son discours de vœux, pourrait offrir "d'autres formes de récompenses ou de repositionnements" à ces hommes de médias. Certains observateurs n'excluent pas de voir Bruno Bidjang et Raul Christophe Bia intégrer directement l'appareil gouvernemental ou occuper des postes stratégiques dans la communication d'État.

Cette montée en puissance des figures de la communication digitale au détriment des cadres classiques du parti demeure un sujet de tension majeure au sein du RDPC. Elle traduit une transformation profonde des modes de reconnaissance politique, où l'influence sur les réseaux sociaux et la capacité à façonner l'opinion en ligne semblent désormais primer sur l'ancienneté militante ou le travail de terrain.

Pour l'heure, les autorités camerounaises n'ont fait aucun commentaire officiel sur les critères d'attribution de ces documents de voyage diplomatiques. Cette absence de communication alimente les spéculations et nourrit le sentiment d'arbitraire ressenti par certains militants du RDPC.

Une clarification pourrait intervenir lors des prochaines nominations attendues au sein de l'appareil gouvernemental. En attendant, cette polémique sur les passeports diplomatiques révèle les lignes de fracture au sein du camp présidentiel, alors même que Paul Biya a promis un renouvellement des élites politiques. La question reste de savoir si ce renouvellement passera effectivement par l'émergence de nouveaux profils issus du digital, ou si les cadres traditionnels du parti parviendront à faire entendre leur voix dans la redistribution des cartes au sommet de l'État.