Une génération de figures publiques, présentées à la jeunesse comme des exemples d'ascension par le mérite ou le talent, doit en réalité l'essentiel de son train de vie à son insertion sur les réseaux de prostitution de luxe irriguant les milieux VIP des grandes villes et des pôles économiques du pays. On ne parle plus de « bijoux de familles » ou de courtisanes de salon, mais d'« influenceuses », de « coachs de réussite », d'« initiées traditionnelles ».
Le fond, lui, n'a pas bougé d'un pouce. Le signe le plus visible de ce système n'est pas la prostitution elle-même invisible par construction, mais l'incohérence économique qu'il laisse derrière lui : des commerces de façade (salon de coiffure, salons esthétiques, boutique de produits de luxe, restauration rapide) dont le chiffre d'affaires ne justifie en rien un train de vie mensuel de plusieurs millions de francs CFA, des voyages en classe affaires répétés plusieurs fois par mois, des séjours somptuaires dans les pays du Golfe.
Ce sont ces mêmes incohérences qui, en 2022, ont éclaté au grand jour dans le scandale connu sous le nom de « Dubaï Porta Potty ». En début mai 2022, des vidéos privées, prises à Dubaï, commencent à circuler massivement sur les réseaux sociaux. Elles montrent des femmes présentées comme des influenceuses africaines soumises à des pratiques dégradantes, filmées sans leur consentement apparent, dans un contexte de voyages présentés au public comme relevant du « business » ou du mécénat de marques.
Le pasteur ivoirien Camille Makosso avait affirmé publiquement détenir une liste, pays par pays, des femmes impliquées dans ce réseau : selon ses déclarations, non vérifiées par une autorité judiciaire, les pays les plus représentés seraient : les deux Congo (78 femmes), la Côte d'Ivoire (57), le Cameroun (49), le Sénégal (43).
Le pasteur avait également affirmé que le recrutement se ferait notamment via les comités d'organisation de concours de beauté et les agences évènementielles. Des blogueurs avaient publié par ailleurs une compilation de vidéos présentées comme impliquant plusieurs influenceuses camerounaises de premier plan, qu'ils désignaient comme « soupçonnées ».
Bien après, sur le plateau de l'émission « Club d'élites », animée par le journaliste Bruno Bidjang, une seule influenceuse accepte de venir défendre le métier : Laure Moa Minga. Face à elle, des voix autrement plus dures. Julia Samantha Edima, alors Miss Cameroun en titre, lâche une phrase qui fera date : « Toutes ces influenceuses sont des prostituées (à l'époque, les noms des influenceuses qui circulaient – et dont elle parlait sans preuves tout de même – étaient entre autres Coco Emilia, Nathalie Koah, Mayole Francine, Blanche Bahoken, Ruby, Diana Bouli, Passy Ngah, Emy Dany Bassong, Marcelle Kuetche, Aïssa Njayou…, ndlr) ».
L'écrivaine Calixthe Beyala, présente aux côtés du Pr Jean Bahebeck et de l'administrateur civil Valère Bessala, va plus loin encore en qualifiant les séjours onéreux à Dubaï et l'activité en ligne de certaines influenceuses de véritable « blanchiment d'argent ».
Conséquence directe : plusieurs des femmes citées dans le scandale voient leur réputation et leurs contrats publicitaires s'effondrer ; certaines rapportent avoir reçu des menaces de mort. Le système, lui, va continuer de tourner, changeant simplement de visage.









