Actualités of Thursday, 22 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Les arrestations vont commencer: le tout puissant Paul Atanga Nji sort la sulfateuse, les Yaoundéens prévenus

Face à l'asphyxie de la capitale camerounaise sous les montagnes d'ordures, le Ministre de l'Administration Territoriale Paul Atanga Nji a lancé ce mercredi 21 janvier l'opération "Yaoundé Ville Propre". Entre distribution de 700 brouettes et menaces d'arrestation pour tout citoyen surpris en train de jeter des déchets sur la voie publique, le gouvernement opte pour la manière forte. Mais cette stratégie musclée occulte une réalité gênante : une dette colossale de 13 milliards de francs CFA envers les sociétés de collecte Hysacam et Thychlof qui paralyse le système.


La capitale camerounaise étouffe sous les déchets, et le gouvernement a décidé de frapper fort. Lors d'une réunion de coordination tenue au ministère de l'Administration Territoriale, Paul Atanga Nji, surnommé "le Moulinex" pour ses méthodes expéditives, a annoncé une série de mesures radicales pour éradiquer l'insalubrité qui gangrène Yaoundé.

Le ministre a dressé un tableau préoccupant de la situation. Sur un simple trajet de deux kilomètres entre la cathédrale Notre-Dame des Victoires et Bastos, pas moins de 30 décharges à ciel ouvert ont été recensées. L'itinéraire Montée Anne-Rouge – Marché des vivres – Direction des Impôts – Carrefour Nlongkak – Supermarché Casino Bastos transformé en un parcours d'obstacles olfactifs témoigne de l'ampleur de la crise.


"Désormais, on t'attrape en train de jeter les ordures au sol, la police t'interpelle et on te garde à vue", a martelé le MINAT, transformant ainsi une faillite logistique en problème d'ordre public. Une approche répressive qui soulève des interrogations quant à son efficacité réelle.

L'annonce d'une dotation présidentielle est certes là : chaque commune d'arrondissement a reçu des engins, des camions-bennes et du matériel léger. Dans 72 heures, 700 brouettes, 700 pelles, 700 balais et 700 râteaux seront distribués aux sept communes de la capitale, soit 100 unités par commune. La cérémonie officielle de remise est prévue vendredi à 11 heures.

Mais pour de nombreux observateurs, ces moyens paraissent dérisoires face à l'ampleur du problème. Comme le relève un expert cité par Lebledparle.com, cette stratégie du "matériel léger" face à une crise structurelle ressemble à "une tentative de vider l'océan avec une petite cuillère". Le proverbe local résume bien la situation : "on ne soigne pas la lèpre avec de la pommade".

Le véritable nœud du problème reste soigneusement évité lors de cette concertation : la dette colossale de l'État envers les sociétés de collecte. Hysacam et Thychlof, présentes à la réunion, réclament environ 13 milliards de francs CFA d'arriérés. Sans règlement de cette ardoise, difficile d'imaginer une amélioration durable du service de collecte des ordures.

Plutôt que d'aborder frontalement cette question financière, l'État préfère multiplier les instructions aux différents acteurs. Aux préfets et sous-préfets, il est demandé d'effectuer des descentes hebdomadaires sur le terrain. Aux maires, d'identifier et d'aménager des sites appropriés de dépôt et d'installer des panneaux "Interdit de jeter les ordures ici". Aux sociétés de collecte, d'assurer leur service entre minuit et 6 heures du matin pour éviter l'encombrement des chaussées.

Jadis réputée pour sa propreté et son attractivité, Yaoundé est aujourd'hui confrontée à une dégradation inquiétante de son cadre de vie. La prolifération des dépôts sauvages d'ordures ménagères ternit l'image de la capitale et affecte la qualité de vie des populations.

La question demeure : la répression suffira-t-elle là où la logistique fait défaut ? Entre les menaces d'arrestation et les distributions de balais, le gouvernement semble privilégier le traitement des symptômes plutôt que la guérison de la maladie. Sans apurement de la dette et sans renforcement substantiel des capacités de collecte, l'opération "Yaoundé Ville Propre" risque de n'être qu'un énième effet d'annonce dans une ville asphyxiée par ses propres déchets.

Le rendez-vous est pris pour vendredi. Les Yaoundéens observeront si les 700 brouettes promises marqueront le début d'un véritable changement ou simplement une nouvelle opération cosmétique dans une capitale qui continue de suffoquer.