Actualités of Wednesday, 16 September 2026

Source: Cameroun Horizons n°62

Les Investissements directs étrangers attendus cette année au Cameroun

Investissements directs étrangers (IDE) Investissements directs étrangers (IDE)

Le sujet est intéressant, sinon important, surtout qu’il met en contradiction la Banque africaine de développement (BAD) et la Conférence des nations unies pour le commerce (CNUCED) au sujet des Investissements directs étrangers (IDE) attendus en 2026 au Cameroun. Dans son Rapport Pays 2026, la BAD y voit un regain d’activité au Cameroun qui reste et demeure une économie attractive, car après 587,4 milliards de FCFA d’IDE en 2025, ce sont 595 milliards de FCFA d’IDE qui devraient être injectés dans l’économie locale cette année.

L’institution panafricaine est d’autant optimiste précisant que ces IDE s’inscrivent sur une courbe évolutive pour atteindre 634,9 milliards en 2027, portés notamment par l'énergie, l'agro-industrie, les infrastructures et les services. Rapporté au PIB (Produit intérieur brut), le poids des IDE passerait de 1,7 % à 3,8 %.

Sur la base de ce rapport, il ressort qu’après la chute vertigineuse observée entre 2019 et 2020, où les IDE captés par le Cameroun ont chuté de 534,6 milliards de FCFA à 234,9 milliards de FCFA, soit une baisse de 56,1 % due à la crise sanitaire liée au COVID, le pays s’inscrit sur un trend haussier, bien que « timide ». Autrement dit, compte tenu de l’environnement international, toute hausse même légère, peut s’assimiler à une « bonne nouvelle » pour l’économie camerounaise décrite comme résiliente.

Toutefois, la « bonne nouvelle » de la BAD est quelque diluée par « les réserves de la CNECED » qui y voit davantage une chute des IDE au Cameroun. Cette institution du système des Nations unies estime que seuls 340 milliards de FCFA d’IDE pourraient être mobilisés en 2026 au Cameroun, soit le plus bas montant post-COVID en 2025, une dé- cote de 35,2%. Selon la BAD, l’argent provenant des IDE iraient prioritairement à certains secteurs de production.

L’énergie, surtout le gaz et l’hydroélectricité à travers les « projets gaziers et énergétiques » ainsi que le « développement des capacités hydroélectriques ». Il en est du barrage de Kikot-Mbebe d’une capacité de production de 500 Mégawatts (MW) et dont le coût d’investissement est estimé à 1620 milliards de FCFA de financements extérieurs, le closing financier étant prévu en juillet 2027 selon le planning d'avril 2026.

L’agro-industrie avec un point d’honneur sur la transformation locale. Dans la ligne de l'import-substitution, la chocolaterie Chocolat Rouge à Obala, les huileries SOD et Magnum Industry, l’unité textile de la Société de développement de coton (Sodecoton) à l'étude, sans oublier le cacao, le coton, les produits vivriers, etc.

Les infrastructures et services cités par la BAD sans détail de projet dans le rapport. Toutefois, les flux de ces IDE seraient concentrés sur le pétrole, les mines et infrastructures avec des grands projets à l’instar de la bauxite de Minim-Martap ou encore le fer de Mbalam.

Au-delà de la question sous-jacente que l’on serait tenté de se poser, qui de la BAD ou de la CNECED a raison, ou tort, le plus important que fait-on avec l'argent mobilisé ? Ce Rapport Pays de la BAD chiffre le score d'efficience des investissements publics à 50 % : « sur 100 dollars dépensés en investissements publics, 50 dollars sont gaspillés ou ne se sont pas traduits en capital productif ». Parfois, le gouvernement reconnaît lui-même l'appropriation insuffisante des procédures par certaines collectivités, les démarrages tardifs de chantiers notifiés et l'abandon de projets.

Même si la BAD salue la hausse des IDE, elle remet en cause l’usage de ces fonds, dont 50% seraient dilapidés. Pourtant, ces IDE auraient pu constituer une bouffée d’oxygène pour Cameroun en quête d’argent pour financer son développement, surtout que sur un budget de 8816,4 milliards de FCFA en 2026, le budget d'investissement public ne pèse que 23,4 %, très loin des projections de 40 % en 2030, alors que la croissance stagne sous 4 % depuis des années, bien loin des objectifs d’une croissance à deux chiffres.