Actualités of Tuesday, 20 October 2026

Source: L’Indépendant n°1073 du 20 octobre 2026

Le préjudice causé par la corruption à l’État

Le rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2025 a été présenté au public le 8 octobre 2026 au palais des Congrès de Yaoundé par le président de la Conac, le pasteur Dieudonné Massi Gams. D’après ce rapport, au total, pour l’année 2025, l’État du Cameroun a subi un préjudice financier de 6 milliards 271 millions 017 mille 456 Fcfa, contre 4 milliards 061 millions 806 mille 711 Fcfa en 2024, soit une augmentation de 2 milliards 209 millions 210 mille 745 Fcfa.

Le président de la Conac a également dévoilé lors de la présentation de ce rapport, les 12 secteurs les plus touchés par la corruption au Cameroun en 2025. Il s’agit des Affaires foncières ; la Fonction Publique ; les Finances ; l’Éducation ; les Marchés publics ; l’Eau et l’Energie ; la Santé publique ; le Commerce ; les Forêts et la Faune ; les Transports ; l’Administration territoriale ; et les Sports.

La Conac dit avoir reçu un total de 8036 dénonciations au cours de l’année 2025, contre 10520 en 2024, soit une diminution de 2484 qui peut s’expliquer par la multiplication des lignes vertes au sein des administrations. Pour élaborer ce rapport, sur les 270 entités saisies par la Conac, seulement 112 ont donné suite aux demandes de l’Institution.

« Cette faible implication des organisations publiques et privées ne doit pas être considérée comme un simple refus de collaborer avec la Commission nationale anti-corruption, mais comme un ombrage fait à la volonté du Chef de l’État de mener une lutte sans merci contre la corruption dans notre pays », a souligné, avec regret, le président M. Massi Gams, en précisant que les contributions qui manquent devraient venir, entre autres, des communautés religieuses qui sont des institutions considérées comme l’un des piliers de l’intégrité.

La Conac déplore aussi le désintérêt des collectivités territoriales décentralisées. Ainsi que l’effacement progressif de la société civile et du secteur privé qui, selon le président de la commission, sont des acteurs incontournables de la lutte. « La corruption des agents du secteur privé est une infraction réprimée par le Code Pénal Camerounais en son article 312 », a-t-rappelé.

D’autres obstacles aux déploiements des stratégies de lutte contre la corruption sont liés à l’insuffisance des ressources, aux limites sur le cadre législatif applicable à la lutte contre la corruption, à la persistance des contacts physiques entre les administrations et les usagers ; ainsi qu’aux limites des pouvoirs accordés à la Conac. Afin de mieux assurer ses missions sur le terrain, la Conac a signé sur le plan national des conventions de partenariat, l’une avec la radiotélévision publique, et l’autre avec l’Ordre des Avocats au Barreau du Cameroun.

Au plan international, la Commission nationale anticorruption a bénéficié d’un important appui de la Banque mondiale pour l’organisation des ateliers d’évaluation des Plans d’action régionaux de lutte contre la corruption 2025 et d’élaboration des Plans 2026 des Régions du Centre, du Littoral, et du Sud. Les Administrations et Institutions ayant contribué à l’élaboration de ce rapport proposent une série d’actions visant à rendre ce combat plus inclusif et efficace.

Au niveau stratégique, par exemple, il est urgent selon ces acteurs, d’augmenter les ressources allouées aux Institutions, Cellules et Comités de Lutte contre la corruption. Sur le plan législatif, il est souhaitable de voir se concrétiser le processus d’internalisation des instruments juridiques internationaux, par le biais de l’adoption d’une loi anti-corruption.

De même, des mesures pour s’assurer que certaines catégories de fonctionnaires déclarent leur patrimoine restent attendues. Sur le plan structurel, la digitalisation des procédures administratives des services publics devrait se poursuivre. Au niveau opérationnel, il est nécessaire de renforcer les capacités des acteurs de la lutte contre la corruption, en particulier celles des Cellules de lutte contre la corruption au sein des entités publiques et privées.