Face à une masse salariale d’État devenue étouffante, le gouvernement camerounais annonce la limitation des nouveaux recrutements pour se conformer à la norme régionale de la Cemac, confirme le journal L’Indépendant dans son numéro 993 paru le 19 janvier dernier. Le média écrit que cette décision, loin d’être un simple ajustement comptable, constitue un virage stratégique indispensable pour redonner de l’air aux finances publiques et réorienter le pays vers un développement durable.
Il s’agit d’un courageux retour à la réalité économique après des décennies de gestion hasardeuse. Les chiffres sont sans appel et témoignent d’une urgence absolue. En 2025, la masse salariale a atteint 1 663 milliards de Fcfa, absorbant à elle seule près de 40% des recettes fiscales. Cette courbe ne fléchit pas, avec une projection à 1 771 milliards pour 2026- 2027.
Comparé à ses voisins comme la Côte d’Ivoire ou le Gabon, le Cameroun dépense de manière disproportionnée pour sa fonction publique, sans que cette dépense ne se traduise par une amélioration tangible des services aux citoyens. L’hôpital manque de matériel, les écoles sont surchargées, les routes se dégradent, tandis que les salaires publics continuent de gonfler, alimentés par des augmentations (5 % en 2023 et 2024) et des avantages sociaux revalorisés sans contrepartie de productivité.
Cette situation est le fruit d’un cercle vicieux institutionnalisé. Durant des années, face à un environnement des affaires hostile (classé 167ᵉ sur 190 pour la facilité de faire des affaires) et à une corruption systémique drainant les ressources, l’État s’est érigé en « employeur de dernier recours ».
Chaque année, près de 15 000 emplois publics étaient créés, souvent sur des bases clientélistes plutôt que méritocratiques, pour absorber artificiellement un chômage endémique – notamment celui des jeunes diplômés, dont le taux réel frôle les 74%. Cette politique a créé une monstrueuse contradiction : un État pléthorique mais inefficace, qui étouffe dans son carcan salarial la capacité d’investir dans les secteurs (infrastructures, énergie, agriculture) qui pourraient justement créer une vraie richesse et des emplois privés durables.
Dans ce contexte, la décision de limiter les recrutements n’est pas une punition, mais une thérapie de choc salvatrice. Elle s’inscrit dans la continuité logique, bien que tardive, de l’opération de « toilettage » du fichier solde (Coppe) qui a commencé à éliminer les agents fictifs. Son bien-fondé repose sur trois piliers essentiels. D’abord rétablir l’équilibre financier : En gelant l’hémorragie, l’État préserve des marges de manœuvre budgétaires vitales.
Les économies réalisées doivent être impérativement réorientées vers l’investissement productif – les 15% seulement du budget alloué aux infrastructures en 2025 sont une insulte au besoin de développement du pays. Ensuite forcer la modernisation du secteur privé, en cessant d’être le débouché facile.
Il doit désormais, en parallèle, débloquer les freins à l’initiative privée en simplifiant drastiquement la réglementation, lutter sérieusement contre la corruption qui spolie les projets, et faciliter l’accès au crédit pour les Pme. C’est là que se trouve le vrai réservoir d’emplois stables. Enfin, le dernier pilier concerne la conformité aux réalités régionales et aux exigences des partenaires, en alignant la masse salariale sur les normes de la Cemac.
C’est non seulement une nécessité de crédibilité, mais c’est aussi une condition pour une coopération financière saine avec des institutions comme le Fmi, qui réclament depuis longtemps ces réformes structurelles. Au-delà du gel, le chemin étroit de la réforme. Cette mesure, aussi nécessaire soit-elle, ne sera bénéfique que si elle s’inscrit dans un plan plus large et courageux.
Elle doit s’accompagner de : l’accélération des réformes administratives : poursuivre impitoyablement le nettoyage du fichier solde et réformer la gestion des carrières. Il faut une réallocation radicale des budgets. Chaque franc économisé sur la masse salariale doit être visiblement investi dans un hôpital, une école ou une route. Il est également question de mettre sur pied un pacte social de transparence avec des audits qui doivent être publiés, et la gestion des effectifs, rendue publique pour restaurer la confiance.









