Après la suspension de Boney Philippe et la sanction infligée à Haman Mana du quotidien Le Jour, le Conseil National de la Communication (CNC) frappe à nouveau. Cette fois, c'est le ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, qui a saisi le régulateur à la suite de la publication d'un article dans Le Reporter Hebdo — et il en est sorti victorieux.
Selon la décision rendue par le CNC, le ministre Nganou Djoumessi a porté plainte après la parution dans le numéro 319 du Reporter Hebdo d'accusations qu'il juge « prétendument non fondées » et « de nature à porter atteinte à son honorabilité ». Les articles incriminés lui imputaient « diverses actions illégales », notamment des malversations financières réalisées en complicité avec l'un de ses collaborateurs dans le cadre de la gestion du ministère dont il a la charge.
Le régulateur a retenu la responsabilité du journal. Dans sa décision, le CNC conclut que Le Reporter Hebdo a manqué aux « exigences professionnelles d'investigation et de recoupement de l'information » avant de la porter à la connaissance du public — en d'autres termes : le journal aurait publié des accusations graves sans avoir suffisamment vérifié ni croisé ses sources.
La sanction tombe : Mekamba Mekamba Raymond, directeur de publication du Reporter Hebdo, est suspendu pour une durée d'un mois de ses fonctions de directeur de publication et de l'exercice de la profession de journaliste au Cameroun.
Cette décision s'inscrit dans une série de sanctions du CNC qui, depuis le début de l'année, frappe des journaux et journalistes ayant publié des articles critiques à l'égard du pouvoir ou de ses membres. Après Boney Philippe pour des propos tenus dans Club d'Élites, Haman Mana pour un article sur la victoire de Paul Biya, c'est aujourd'hui un journaliste qui enquêtait sur de présumées malversations au sein d'un ministère.
La question que pose cette accumulation de sanctions est simple : le CNC remplit-il encore sa mission de garant de la liberté de la presse, ou est-il devenu un outil de protection des puissants contre les journalistes qui les questionnent ?









