Actualités of Sunday, 30 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Le Royaume des raflures : Théologie d’une République profanée

'Le Cameroun n’est pas seulement mal gouverné. Il est désorienté' 'Le Cameroun n’est pas seulement mal gouverné. Il est désorienté'

Vincent Sosthène Fouda propose une lecture très critique des révélations du capitaine Effoudou et, plus largement, de la gouvernance camerounaise. Il dénonce une République qu’il estime marquée par la corruption, l’incompétence, la dépravation morale, les luttes d’influence et la marchandisation de l’information.

Il arrive que les nations traversent des nuits si épaisses que la parole elle-même semble se dissoudre dans la boue des scandales. Le Cameroun vit l’une de ces nuits. Les révélations du capitaine Effoudou — quelles qu’en soient les limites, les zones d’ombre, les contradictions — ont au moins un mérite : elles nous obligent à regarder le pays dans le miroir. Non pas le miroir flatteur des discours officiels, mais celui, brutal, que Louis Althusser appelait l’« interpellation ». Ce miroir ne ment pas. Il renvoie l’image d’une République devenue caricature, d’un État qui singe le sacré sans jamais en porter la charge.

I. La parodie du sacré : quand le pouvoir imite mal la liturgie

Dans la théologie chrétienne, le pouvoir est un ministère. Il est service, humilité, responsabilité. Mais dans notre République, il est devenu une contrefaçon, une liturgie profanée où les ministres, les directeurs généraux, les arrivistes jouent maladroitement une allégorie du maître et de l’esclave. Ils imitent le pouvoir comme un enfant imite un prêtre en jouant à la messe : les gestes sont là, mais la grâce n’y est plus. Les Pères de l’Église l’avaient annoncé : Le pouvoir qui se détourne de la vérité devient idolâtrie. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des hommes qui ne gouvernent plus. Ils imitent. Ils singent. Ils jouent. Ils portent des titres mais n’assument aucune mission. Ils occupent des bureaux mais ne produisent aucune œuvre. Ils se drapent dans les attributs de l’autorité, mais ne portent ni la lumière ni le poids du service.

II. La théologie du désordre : orgies, vacuité et profanation

Les récits d’orgies, de débauche, de vacuité morale — qu’ils soient vrais, exagérés ou instrumentalisés — disent quelque chose de plus profond que le scandale lui-même. Ils révèlent une anthropologie du chaos. Dans la tradition chrétienne, la débauche n’est pas seulement un péché : c’est un désordre ontologique. C’est le moment où l’homme renonce à sa vocation de créature raisonnable pour devenir pure pulsion. Saint Augustin l’explique dans La Cité de Dieu : Quand le désir gouverne l’homme, l’homme cesse de gouverner le monde. Ainsi, au lieu de travailler, certains responsables passent leur temps dans des fêtes obscènes, des intrigues sordides, des trafics de réputation. Ils polluent l’espace public avec des marchands de scandale, des entrepreneurs de rumeurs, des « mécréants » qui ont transformé la parole journalistique en marchandise.

Voilà le portrait minimaliste de monsieur Boris Bertolt tel qu'il apparaît dans les carnets du Capitaine EFFOUDOU et dans sa propre prise de "parole publique."

III. Le scandale comme liturgie noire : la théologie du secret et de la honte

Lorsque Sismondi Barlev Bidjoka peut demander à son comparse Boris Bertolt : « Qui es-tu pour demander à Motaze de ne pas payer mes 25 000 000 ? » — dans une affaire de sextape révélée par Paul Tchouta — nous ne sommes plus dans la politique. Nous sommes dans la liturgie noire du scandale. Dans la Bible, le scandale n’est pas un événement : c’est un système. Un système où le secret, la honte, la manipulation deviennent des instruments de pouvoir. Un système où la vérité est négociée, marchandée, vendue au plus offrant. Les « révélateurs » ne sont pas des prophètes.

Ils sont des courtiers de visibilité. Ils ne dénoncent pas : ils monnayent. Ils n’éclairent pas : ils exposent. Ils ne libèrent pas : ils capturent.

IV. La République des sous-cultivés : anthropologie de l’incompétence

Le drame du Cameroun n’est pas seulement la corruption. C’est l’incompétence érigée en système. C’est la servocratie qui a remplacé la méritocratie. C’est la stultitia — la bêtise spirituelle — qui a remplacé la vertu. Un ministre sous-cultivé n’est pas un homme sans diplômes. C’est un homme sans vocation. Un homme qui ne sait pas que gouverner est un acte moral, un acte théologique, un acte de service.

Un homme qui confond la fonction avec la jouissance, le pouvoir avec la possession, l’État avec sa propre personne. Voilà pourquoi ils souffrent presque tous de cette maladie d'accumulation: la syllogomanie, également appelée trouble de thésaurisation ou accumulation compulsive. Ils bouffent tout y compris leur propre progéniture.

V. L’épreuve du miroir : ce que ces scandales révèlent de nous

Les révélations du capitaine Effoudou ne dévoilent pas seulement la nudité des élites.

Elles dévoilent la nudité du pays. Elles montrent une nation qui a laissé s’installer une architecture morale défaillante :
– des institutions devenues façades ;
– des responsables devenus figurants ;
– des journalistes devenus marchands ;
– une vérité devenue marchandise. Saint Augustin disait : La vérité est un miroir que les hommes brisent parce qu’ils ne veulent pas se voir. Nous y sommes.

Le Cameroun brise le miroir chaque fois qu’il refuse de regarder la structure qui produit ses propres raflures.

VI. Conclusion : la République comme Babel

Le Cameroun n’est pas seulement mal gouverné. Il est désorienté. Il est devenu une tour de Babel où les langues se confondent, où les récits s’opposent, où les scandales remplacent les institutions. Babel n’est pas une punition. C’est une conséquence. La conséquence d’un peuple qui a voulu construire sans vérité, sans justice, sans lumière. Le triomphe des raflures n’est pas un accident. C’est un symptôme. Et tant que le pays ne regardera pas ce miroir, il continuera à confier son destin à ceux qui vivent de sa décomposition.

Vincent Sosthène Fouda