L’affaire des « 9 disparus de Bépanda » débute après un braquage survenu à Douala en janvier 2001. Neuf jeunes du quartier sont arrêtés par le Commandement opérationnel dirigé par le colonel Philippe Mpay, puis disparaissent sans laisser de traces. Face aux protestations des familles et à la pression médiatique, une enquête judiciaire est ouverte. Philippe Mpay et plusieurs de ses collaborateurs sont accusés de torture, les victimes étant supposées mortes pendant leur détention, bien que leurs corps n’aient jamais été retrouvés. Après un long procès ouvert en 2002, le général Philippe Mpay est acquitté en 2009 au bénéfice du doute, tandis que deux de ses subordonnés sont condamnés pour actes de torture.
L’affaire des « 9 disparus de Bépanda » et le rôle attribué au Général Philippe MPAY est l’un des dossiers judiciaires et médiatiques les plus marquants du Cameroun au début des années 2000. Voilà un narratif factuel, sans parti pris.
Au commencement, un vol. Dans la nuit du 21 au 22 janvier 2001, un braquage survient au domicile d’un opérateur économique à Bépanda, quartier populaire de Douala. Le butin : près de 7 millions de FCFA.
L’enquête est confiée au Commandement opérationnel, une unité mixte police-gendarmerie mise sur pied pour lutter contre le grand banditisme à Douala. À sa tête se trouve alors le Colonel Philippe Mpay, commandant de la Légion de gendarmerie du Littoral.
Dans les jours qui suivent, 9 jeunes hommes du quartier, âgés de 17 à 28 ans, sont interpellés dans le cadre de l’enquête. Leurs noms : Hervé Nguetchouang, Olivier Tchoumkeu, Blaise Kaptue, Justin Fogang, Joseph Ekonde, Junior Tchuente, Frankline Mbiaga, Éric Kouatou et Parfait Simo. Ils sont conduits au poste du Commandement opérationnel à Bonanjo.
C’est la dernière fois que leurs familles les verront vivants.
Face au silence des autorités sur le sort des interpellés, les familles s’organisent. Elles saisissent la justice, les organisations de défense des droits de l’homme et les médias. L’affaire devient nationale. On parle désormais des « 9 disparus de Bépanda ».
En mai 2001, sous la pression, une procédure judiciaire est ouverte. Le Général Philippe Mpay et plusieurs éléments sous ses ordres sont inculpés de « torture » et de « complicité de torture ». L’accusation soutient que les 9 jeunes seraient morts des suites de sévices subis durant leur garde à vue. Les corps n’ont jamais été retrouvés.
Le procès s’ouvre en 2002 devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Il durera près de 7 ans, rythmé par des renvois, des controverses d’experts et une forte médiatisation. La défense plaide la disparition sans preuve matérielle de décès, et met en avant l’absence de corps.
Le 9 juillet 2009, le verdict tombe : le Général Philippe Mpay est acquitté « au bénéfice du doute ». Deux de ses subordonnés, l’Adjudant-chef Eyoum et le Maréchal des logis Eko, sont reconnus coupables de torture et condamnés à 15 ans et 10 ans de prison.
L’affaire laisse des traces profondes. Pour les familles, il n’y a eu ni corps, ni sépulture, ni vérité complète. Pour l’institution militaire, le dossier a mis en lumière la question des méthodes du Commandement opérationnel, unité dissoute peu après. Pour la justice camerounaise, il reste l’un des procès les plus emblématiques sur la responsabilité du commandement.
Le Général Philippe Mpay a poursuivi sa carrière au sein des forces armées. Les 9 de Bépanda sont devenus, dans la mémoire collective, le symbole des disparitions non élucidées.
Annie Flore









