Politique of Wednesday, 5 August 2026

Source: Cameron Horizons

ÉLECTIONS 2027 : Le RDPC veut éviter la catastrophe

Le RDPC se trouve plus que jamais en ballotage défavorable Le RDPC se trouve plus que jamais en ballotage défavorable

Le parti présidentiel multiplie des initiatives visant à colmater des brèches susceptibles de lui éviter une débâcle lors des prochaines consultations électorales.

C’est toujours important d’apprendre des échecs ou des contre-performances pour préparer les victoires futures. Tel est le leitmotiv que s’est donné le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) à travers la concertation organisée le 22 juillet par la direction du parti. Suivant les directives du Président de la République Paul Biya, par ailleurs, Président national du RDPC, le parti présidentiel a convié les responsables du parti à une séance de travail le 22 juillet 2026 à Yaoundé. Autour du Secrétaire général du Comité central, jean Nkueté, les chefs de délégations régionales, départementales et d’autres responsables, ont fait le point sur les activités du parti avec en point de mire, les élections législatives et municipales prévues probablement en janvier ou février 2027.

Tirant les leçons de l’élection présidentielle d’octobre 2025 où le Chef de l’Etat l’a emporté avec 53% de suffrages au terme d’un scrutin émaillé d’incidents et dont une partie de l’opposition a violemment contesté le résultat des urnes, le RDPC semble ménager sa monture d’autant que les législatives et les municipales pourraient se révéler plus difficiles pour cette formation politique. Ceci semble d’autant vrai que le naufrage évité lors de la présidentielle tient en grande partie à la figure de proue institu personae de Paul Biya, mais également à système électoral vicié. S’il est vrai que le code électoral n’a pas changé entretemps, il est évident que la victoire du RDPC aux législatives et municipales prochaines s’avère hypothétique. Le parti au pouvoir pourrait faire les frais d’un passif lourd dans la gestion du pays, ce qui pourrait se manifester par un vote-sanction. Quand on écoute la plupart des Camerounais, le bilan négatif du RDPC mérite une seule réponse, la sanction des électeurs. La tendance décadente amorcée pendant l’élection présidentielle devrait se confirmer lors des prochaines élections.

Une réalité et non des moindres, le RDPC fait face à des dissensions internes. Si pour l’élection présidentielle Paul Biya incarne encore malgré tout une sorte de consensus, tel n’est pas le cas pour le reste. Vu sous cet angle, la première adversité du RDPC, peut-être même la plus redoutable provient de l’intérieur du parti. Plus que par le passé, des militants se mangent comme des poissons, et il ne fait l’ombre d’aucun doute que l’investiture des candidats du parti aux prochaines législatives et municipales va laisser des traces. Qu’il y ait des primaires ou pas, les empoignades s’annoncent chaudes. Ce qui ne va pas laisser des fissures, certains militants ou sympathisants frustrés lors des investitures internes ne manqueront pas d’œuvrer soit directement soit indirectement pour l’échec des leurs « camarades » dont l’investiture sera considérée à tort ou à raison comme un parti pris des instances dirigeantes. S’il est vrai que ces contre-campagnes ont toujours existé indépendamment de « la discipline du parti », la quasi absence du Président national du RDPC au-devant de la scène complique davantage la situation.

Un autre fait à prendre en considération, le RDPC sera seul contre tous pendant les prochains scrutins. Au-delà des idéologies, l’on pourrait vivre les phénomènes du genre « tout, sauf le RDPC ». La morosité ambiante devrait amplifier ce discours. C’est-dire que malgré son leadership, le parti au pouvoir pourrait connaître un net recul y compris dans ce qui apparaît comme ses bastions imprenables. Si l’opposition représentait sérieusement une alternative, la défaite du RDPC serait une quasi-certitude. En effet, au regard du mal vivre des Camerounais du fait d’une gestion « catastrophique » du RDPC, il est évidant que même les candidats du parti réputés crédibles auront de la peine pour faire passer leurs messages. Autrement dit, au-delà de son ancrage territorial, de son statut certes, non officiel du parti-Etat ou du parti administratif avec l’utilisation abusive des moyens de l’Etat, en dépit des imperfections du code électoral qui procurent un certain avantage au RDPC, cette formation politique aura du mal à s’imposer, même la majorité relative pourrait lui être sérieusement disputée. Après la restauration du multipartisme en 1991, l’opposition avait remporté les élections législatives de 1992 avec 92 sièges à l’Assemblée nationale contre 88 au RDPC, obligeant le pouvoir à nouer des alliances avec l’opposition pour garder la majorité au parlement. Il n’est pas exclu que les Camerounais revivent la même situation, ce qui pourrait constituer un pas significatif pour la recomposition des équilibres politiques avec une cohabitation qui animera les derniers mois du pouvoir de Paul Biya. Certes, on n’en est pas encore là, car au-delà d’un vote-sanction envisagé, il reviendra à l’opposition de mouiller au moins minimalement le maillot sinon cette victoire à portée de main va lui échapper.

In fine, indépendamment du fait que l’opposition ne représente pas véritablement une alternative crédible, le RDPC se trouve plus que jamais en ballotage défavorable. Même la nature pourrait se charger de mettre fin à quatre décennies d’hégémonie au bilan mi-figue, mi-raisin, ouvrant ainsi l’ère d’une nouvelle gouvernance.

Jean Justin OPANGO