Le président de la République a rendu publique, lundi 12 octobre 2026, la circulaire relative à l’élaboration du budget de l’État pour l’exercice 2027, souligne l’Indépendant dans sa parution numéro 1073 du 20 octobre 2026. L’organe de presse ajoute qu’adossé à la SND 30, le document de 24 pages précise les orientations, les priorités socioéconomiques et les exigences de gestion axée sur les résultats pour le prochain exercice budgétaire. Lecture !
Le 12 octobre dernier, Paul Biya a signé la circulaire n°001 relative à la préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027. Adressé au Premier ministre, aux membres du gouvernement et aux gouverneurs de régions, le document fixe le cadre de la prochaine loi de finances, dans la logique d’un « budget d’impact socioéconomique » adossé à la SND 30.
Le texte présidentiel intervient dans un contexte international marqué par les incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient, les tensions commerciales, la fragmentation géoéconomique et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. En Afrique subsaharienne, la croissance est passée de 4,2 % en 2024 à 4,5 % en 2025.
Dans la zone Cemac, elle est estimée à 3,5 % en 2025, contre 2,7 % en 2024, notamment grâce aux activités non pétrolières. Le secteur pétrolier régional demeure toutefois confronté au recul de la production. Au plan national, la croissance se maintiendrait à 3,5 %, portée par le secteur non pétrolier, tandis que le secteur pétrolier reculerait de 15,4 %. L’inflation remonterait à 4 %. Pour 2027, le budget sera bâti sur une croissance de 3,6 %, une inflation de 3,2 %, un déficit budgétaire de 2,7 % du Produit intérieur brut (PIB) et un déficit du compte courant de 2,8 %.
Les priorités du chef de l’État sont clairement énoncées. Dans l’énergie, la circulaire cite le barrage de Kikot, les lignes de transport de Nachtigal et le redressement financier du secteur électrique. Dans les infrastructures, elle met l’accent sur la deuxième phase de l’autoroute Yaoundé-Douala. Pour l’agriculture et l’industrie, elle retient le Plan intégré d’import substitution agropastorale et halieutique (PIISAH) 2027-2029, une usine d’engrais et la réhabilitation de la Sonara.
Sur le plan social, elle vise l’emploi des jeunes, l’autonomisation des femmes, les Filets sociaux, le logement social et l’eau potable. Quant à la décentralisation, le texte promet des ressources plus prévisibles et l’autonomie financière des Collectivités territoriales décentralisées (CTD). Côté recettes, l’État veut renforcer la fiscalité sur l’or, limiter les paiements en espèces et généraliser la facturation électronique. Un cadre sera créé pour les cryptomonnaies, et l’exportation des grumes sera interdite dès 2028. En contrepartie, il promet un remboursement plus rapide des crédits de TVA et l’orientation prioritaire de la commande publique vers l’offre locale.
Dépenses
S’agissant des dépenses, l’investissement devra représenter au moins 30 % du budget général. Aucun projet ne sera inscrit sans visa de maturité. Tout emprunt devra recevoir l’avis préalable du Comité national de la dette publique. Les arriérés intérieurs et les restes à payer devront être apurés en priorité. Cette circulaire a le mérite de la lucidité. Elle prend acte d’un environnement contraint et fait le choix de la discipline : achever les projets engagés avant d’en lancer de nouveaux, encadrer l’endettement, exiger la maturité des projets.
Pour qui investit dans ce pays, c’est un signal de sérieux qu’il faut saluer. Plusieurs annonces répondent à des attentes anciennes du secteur privé. L’on pense d’abord au rembourse- ment effectif des crédits de TVA, qui pèse lourdement sur la trésorerie des entreprises, puis à l’apurement prioritaire des arriérés intérieurs. Le patriotisme économique dans la commande publique va dans le même sens.
Tout se jouera dans l’exécution, et les opérateurs économiques seront attentifs aux calendriers. Certaines mesures appellent toutefois un accompagnement. La limitation des paiements en espèces est une bonne orientation pour la traçabilité. Mais dans une économie où l’informel reste dominant, une transition progressive et concertée évitera de pénaliser les petits commerçants et les Petite et moyennes entreprises (PME) qui font vivre les marchés.
La question des communes mérite également une clarification. En mai 2026, un arrêté conjoint du ministre des Finances et du ministre de la Décentralisation a confié l’émission et le recouvre- ment des impôts locaux principalement à la Direction générale des impôts (DGI). La circulaire, elle, réaffirme l’autonomie financière des CTD. Elle leur demande aussi d’apurer leurs dettes sur leurs ressources propres. Pour que ces deux orientations se rejoignent, il faudra des reversements rapides et réguliers aux communes, faute de quoi leurs projets en pâtiront. Le Cameroun dispose des atouts pour tra- verser cette période : ses ressources minières, son agriculture et la résilience de son secteur non pétrolier. La clé sera de bâtir un dialogue continu entre l’administration et les acteurs économiques, afin que l’effort fiscal demandé se traduise en confiance et en investissements. Un budget n’est pas qu’un exercice comptable, c’est un contrat de confiance entre l’État et ceux qui produisent la richesse.
Échéances électorales
La rigueur et le patriotisme économique occupent une bonne place dans la lettre circulaire datée du 12 octobre 2026 et consacrée à la préparation du budget 2027. Mais les observateurs ont noté qu'il n'y a pas, dans ce document de 24 pages, d'engagement clair concernant la tenue des élections municipales et législatives, déjà reportées plusieurs fois et attendues pour l'an prochain.
Certains médias ont vite conclu que le chef de l’État aurait, par ce texte, écarté la tenue des scrutins à venir. Certains analystes trouvent à redire. Ils rappellent en l’envie qu’une circulaire de préparation budgétaire n’a pas historiquement au Cameroun pour objet de programmer des élections. Elle fixe les hypothèses macroéconomiques, les priorités de l’action publique et les règles de construction du budget. Le calendrier électoral relève d’autres textes, et les crédits nécessaires sont portés par la loi de finances. Le cadre fixé est celui de la prudence, de l’orthodoxie budgétaire pour un état privé d’une partie de ses habituels atouts : les recettes pétrolières.
L’usage le confirme. La circulaire d’octobre 2024, qui préparait le budget de l’année de la présidentielle, ne contenait pas un mot sur le scrutin. Personne n’en avait conclu que l’élection était annulée. Elle s’est tenue, et le projet de loi de finances 2025 en tenait compte. Mieux, la circulaire 2027 évoque bien les élections, sans le mot. Au paragraphe 78, elle prévoit que, « dans la perspective du renouvellement des organes délibérants des communes », les ministères des Finances et de la Décentralisation accompagneront les nouveaux exécutifs municipaux.
Un texte qui anticipe l’installation de nouveaux maires ne peut pas être lu comme un texte qui supprime les municipales. Les législatives et les municipales, initialement attendues en 2025, ont été repoussées à plusieurs reprises. Par décret du 4 mai 2026, le mandat des conseillers municipaux a été prorogé jusqu’au 28 février 2027. La crise post-électorale de 2025 a laissé des traces. Les finances publiques sont sous tension, au point que la circulaire interdit à certaines administrations de lancer de nouveaux projets. Et le texte lui-même arrive tard : le calendrier budgétaire impose sa diffusion au plus tard le 25 juin, il a été signé le 12 octobre. Dans ce climat, le doute sur le calendrier électoral est compréhensible. Il mérite des réponses. Le projet de loi de finances 2027 sera bientôt déposé au parlement. Les regards seront dirigés de ce côté-là.









