Actualités of Wednesday, 15 July 2026

Source: www.camerounweb.com

L'or du Cameroun : comment un système de corruption au sommet de l'État a organisé le pillage d'une nation

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Faux certificats d'origine, agents publics corrompus, promoteurs chinois bien introduits : Jeune Afrique révèle, dans une enquête-fleuve, les rouages d'un système criminel organisé qui prive le Cameroun de milliards chaque année — avec des complicités identifiées aux plus hauts niveaux de l'État.


Ce n'est pas un simple problème de contrôle douanier. C'est un système. Une architecture criminelle délibérément construite pour extraire, raffiner, exporter et blanchir l'or camerounais hors de tout circuit légal, avec la complicité active d'agents de l'État à tous les échelons de la chaîne. C'est la conclusion qui se dégage de l'enquête publiée en exclusivité par Jeune Afrique, premier volet d'une investigation en trois parties sur ce que la revue appelle « l'or fantôme du Cameroun ».


Sur le papier, le dispositif légal camerounais semble rigoureux. Tout opérateur souhaitant exporter de l'or doit obtenir une autorisation d'exportation, faire expertiser son produit dans un laboratoire agréé par le ministère des Mines, et recevoir en retour un certificat d'origine. Un parcours administratif conçu pour garantir la traçabilité du minerai et permettre à l'État de percevoir les taxes et droits correspondants.


Dans la réalité documentée par Jeune Afrique, ce dispositif est systématiquement contourné. La corruption d'agents publics permet d'obtenir des certificats d'origine sans passer par les étapes d'expertise obligatoires. Des autorisations sont délivrées pour des volumes qui ne correspondent à aucune production réelle. Et à l'autre bout de la chaîne, à Dubaï, des tonnes d'or d'origine camerounaise — ou présentées comme telles — entrent dans le circuit légal international, blanchies et valorisées, pendant que l'État camerounais ne perçoit rien.

Ce qui frappe dans l'enquête de Jeune Afrique, c'est l'absence totale de traçabilité à chaque maillon de la chaîne. « Lorsqu'un orpailleur cède sa production à un collecteur, aucun papier n'est signé. Pareillement, du collecteur jusqu'au bureau d'achat, rien n'est écrit. Aucun document ne fait obligation de mentionner le site d'où le minerai a été extrait », confie un interlocuteur au fait du dossier. Cette opacité n'est pas accidentelle. Elle est fonctionnelle : sans document, pas de traçabilité ; sans traçabilité, pas de responsabilité ; sans responsabilité, pas de sanction possible.

Le code minier de 2023 avait prétendu combler ce vide en accordant à la Sonamines l'exclusivité de la commercialisation des métaux précieux. Mais comme le révèle Jeune Afrique, cette mesure a créé un nouveau problème : la Sonamines se retrouve simultanément actrice et régulatrice du secteur, un conflit d'intérêts structurel que dénoncent les opérateurs. « Il n'est donc pas étonnant qu'elle complique la délivrance des agréments », s'indigne l'un d'eux auprès de Jeune Afrique.

Au cœur du système, Jeune Afrique identifie deux acteurs clés. D'un côté, des promoteurs — « souvent chinois », précise l'enquête — qui disposent des moyens financiers pour corrompre les fonctionnaires nécessaires et des réseaux internationaux pour écouler le métal à Dubaï. De l'autre, des « hauts responsables de l'État » dont les complicités permettent au trafic de se poursuivre malgré les tentatives répétées de régulation.

Selon le ministère des Mines, 216 sociétés ont été sommées d'arrêter leur exploitation. Parmi elles, 62 opèrent dans la seule région de l'Est, dont 24 sont à l'arrêt complet pour non-conformité. Mais 17 autres continuent d'opérer grâce à des autorisations temporaires d'un mois, et seulement 21 ont amorcé une régularisation. Des chiffres qui donnent la mesure d'un État qui frappe, mais ne convainc pas — parce que les réseaux de corruption qui alimentent le trafic restent, pour l'essentiel, intacts.

Ce que révèle en filigrane l'enquête de Jeune Afrique, c'est que le pillage de l'or camerounais n'est pas le fait de simples contrebandiers opportunistes. Il repose sur une organisation qui suppose des protections politiques au plus haut niveau. La révélation par le directeur général de la Sonamines, le 24 mai 2026, d'une perte de près de 2 000 milliards de FCFA sur cinq ans, a provoqué l'ouverture d'une enquête du Tribunal criminel spécial — laquelle a déjà conduit à l'audition à trois reprises d'Oswald Baboke, directeur adjoint du cabinet civil du président Biya, comme Jeune Afrique l'a documenté dans ses précédentes investigations.

La question politique posée par cette affaire est simple et sans réponse officielle à ce stade : qui, au sommet de l'État camerounais, savait ? Et depuis combien de temps ?