Dans un message rendu public, l'activiste MBT interpelle directement Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la Présidence de la République. Il lui demande de révéler l'identité du commandant de l'armée en service à la Présidence qu'il aurait chargé, en mai 2022, de négocier la libération de la sénatrice Regina Mundi contre 5 000 dollars. Il l'interroge également sur ses relations avec le chef des ADF, Cho Lucas Ayaba, et sur les clauses d'un deal visant à sécuriser « le business mafieux » de son clan dans le Nord-Ouest anglophone.
L'interpellation est d'une gravité rare. Dans un texte adressé directement à Ferdinand Ngoh Ngoh, l'activiste MBT somme le secrétaire général de la Présidence de répondre à une série de questions sur l'implication présumée de ses services dans la libération de la sénatrice Regina Mundi et sur ses liens avec les Ambazonia Defence Forces (ADF).
La libération de Regina Mundi : deux versions s'affrontent
Pour rappel, la sénatrice Elizabeth Regina Mundi, figure du RDPC, avait été enlevée le 30 avril 2022 à Bamenda, en pleine ville, par des combattants séparatistes. Elle avait été libérée le 30 mai 2022 à Ashong, dans le département de la Momo, région du Nord-Ouest.
La version officielle, relayée par le ministère de la Défense, évoque une opération militaire ayant permis la libération de l'otage, avec « une dizaine de terroristes neutralisés, trois capturés » et la saisie d'armes et de munitions. Mais cette version est contestée par plusieurs sources.
Selon le témoignage de l'ancien commandant ambazonien Dr. Success Nkongho, il n'y aurait pas eu de véritable bataille pour la libération de la sénatrice. « Il y a eu juste une mise en scène pour donner l'impression que l'armée a travaillé dur pour sa liberté », affirme-t-il, ajoutant que « les enfants de la sénatrice Mundi ont payé de l'argent aux ADF d'Ayaba Cho Lucas pour la libération de leur mère », avant que « l'armée ne paie la deuxième rançon » pour sceller l'accord.
Un médiateur, cité par CamerounWeb, affirme avoir personnellement négocié la libération de la sénatrice, et dénonce des instructions attribuées à Ferdinand Ngoh Ngoh visant à faire exécuter l'otage. « Ferdinand Ngoh Ngoh aurait, par l'intermédiaire de la hiérarchie concernée, donné des instructions visant à faire exécuter la sénatrice », affirme-t-il. Selon son récit, il aurait convaincu le geôlier de ne pas tuer Regina Mundi, organisant sa libération sous la forme d'une évasion simulée.
Les questions sans réponse
Le message de MBT s'appuie sur ces zones d'ombre pour interpeller directement le SGPR. Il demande à Ferdinand Ngoh Ngoh de révéler :
L'identité du commandant de l'armée en service à la Présidence qu'il aurait chargé, en mai 2022, de se rendre au camp des ADF à Batibo pour négocier la libération de la sénatrice contre 5 000 dollars.
Le rôle que le groupe armé ADF jouait auprès de l'armée camerounaise, alors que « le camp des ADF à Batibo était situé à proximité d'une base militaire ».
La nature de ses rapports avec le commandant suprême des ADF, Cho Lucas Ayaba, actuellement incarcéré en Norvège pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, ainsi qu'avec ses commandants-en-chefs, le « General Big Number » et le « General Sumanguru ».
Les clauses du deal conclu avec les ADF afin de « sécuriser le business mafieux des membres de son clan dans le Nord-Ouest anglophone ».
Un contexte de révélations en cascade
Cette interpellation intervient dans un contexte de multiplication des accusations visant Ferdinand Ngoh Ngoh. Le nom du SGPR est déjà cité dans plusieurs affaires sensibles, notamment celle de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, où son rôle présumé de commanditaire est régulièrement évoqué.
L'affaire de la libération de Regina Mundi ajoute une nouvelle dimension à ces accusations. Si les faits allégués par MBT et le médiateur cité par CamerounWeb étaient confirmés, ils établiraient l'existence de négociations directes entre des émissaires de la Présidence et les groupes armés séparatistes, ainsi que le paiement de rançons pour la libération d'une personnalité de premier plan.









