Politique of Tuesday, 15 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Législatives et municipales : Le rôle trouble de Maurice Kamto et de Cabral Libii

La crédibilité d’une élection ne repose pas uniquement sur les résultats proclamés La crédibilité d’une élection ne repose pas uniquement sur les résultats proclamés

À la veille des élections législatives et municipales, des voix s’élèvent pour relever la non-fiabilité du fichier électoral camerounais. L’opposition est appelée à exiger un audit et à faire de la cohérence du fichier électoral une exigence préalable aux législatives et municipales, faute de quoi sa participation pourrait être perçue comme une caution au régime et comme une légitimation d’un processus électoral dont les bases statistiques restent contestées.

Les opposants qui annoncent leur participation aux prochaines élections législatives et municipales doivent répondre à une question essentielle : comment prendre part à un scrutin lorsque le fichier électoral national lui-même demeure entaché d’incohérences non expliquées ?

Dans toute élection, le nombre d’électeurs inscrits constitue une donnée fondamentale. Il sert de base au calcul du taux de participation, du taux d’abstention et, plus largement, à l’évaluation de la représentativité du scrutin. Au Cameroun, la divergence entre les chiffres communiqués par ELECAM avant l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 et ceux retenus ensuite par le Conseil constitutionnel soulève donc un problème majeur de transparence.

Le 9 octobre 2025, trois jours avant le scrutin, le directeur général des élections, Erik Essoussè, annonçait officiellement que le fichier électoral comptait 8 010 464 électeurs inscrits, dont 34 411 électeurs de la diaspora. Ce chiffre était présenté comme la base électorale de l’élection présidentielle.

Pourtant, le 27 octobre 2025, lors de la proclamation des résultats, le Conseil constitutionnel a retenu un total de 8 082 692 électeurs inscrits, soit 72 228 électeurs supplémentaires par rapport au chiffre officiellement communiqué par ELECAM.

Cette différence n’est pas négligeable. Avec un nombre identique de votants — 4 668 446 — le taux de participation varie selon la base retenue :
- avec le chiffre d’ELECAM : 58,28 % ;
- avec le chiffre du Conseil constitutionnel : 57,76 %.

Le taux officiel repose naturellement sur la base retenue par le Conseil constitutionnel. Mais une question demeure : d’où viennent les 72 228 électeurs supplémentaires ?

À ce jour, aucune explication publique détaillée n’a permis de déterminer si cet écart résulte de corrections administratives, d’intégrations tardives d’inscriptions, d’un changement de méthode de calcul ou d’un autre mécanisme prévu par la réglementation électorale.

L’enjeu dépasse largement la statistique. Cette divergence modifie également l’analyse de l’évolution du corps électoral en 2026. Lorsque ELECAM affirme que le fichier est passé de 8 010 464 électeurs en octobre 2025 à 8 238 778 au 31 août 2026, la progression annoncée est de 228 314 électeurs. Mais si le chiffre retenu par le Conseil constitutionnel sert de référence, l’augmentation n’est plus que de 156 086 électeurs.

Selon la base de départ choisie, l’évolution du corps électoral camerounais varie donc fortement. Cette situation devrait imposer une clarification publique, documentée et vérifiable.

Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une fraude est établie sur la seule base de cette différence. Un écart statistique ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une manipulation. Toutefois, il représente une zone d’ombre suffisamment importante pour justifier des explications précises de la part des institutions compétentes.

Dans ces conditions, les partis d’opposition qui souhaitent participer aux prochaines élections législatives et municipales ne peuvent pas se contenter de réclamer quelques sièges ou quelques strapontins. Leur responsabilité devrait d’abord consister à exiger la publication d’un fichier électoral cohérent, auditable et accessible aux parties prenantes.

À défaut, leur participation risque d’être interprétée non comme une véritable contribution à la démocratisation du pays, mais comme un accompagnement du régime Biya destiné à lui conférer une apparence de pluralisme. Entrer dans une compétition électorale sans régler les incohérences fondamentales du fichier revient à accepter, par avance, les règles d’un jeu dont les bases statistiques restent contestables.

La crédibilité d’une élection ne repose pas uniquement sur les résultats proclamés. Elle dépend aussi de la cohérence des chiffres qui permettent de les établir. Tant que l’origine des 72 228 électeurs supplémentaires ne sera pas clairement expliquée, les interrogations sur la fiabilité des statistiques électorales camerounaises resteront légitimes.

L’opposition devrait donc faire de cette clarification une exigence préalable, plutôt que de se précipiter vers des élections dont elle pourrait devenir la caution institutionnelle.

Daniel Essissima