Actualités of Wednesday, 16 September 2026

Source: www.camerounweb.com

L'avion de Paul Biya au coeur d'un grand scandale

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Sept ans après un paiement controversé, le Cameroun tente de récupérer 660 000 dollars — environ 355 millions de francs CFA — versés en 2018 pour l'achèvement de la réparation d'un hélicoptère destiné au chef de l'État. Mais la démarche engagée devant la justice qatarie s'est heurtée, dès février 2025, à un obstacle procédural qui illustre les zones d'ombre entourant l'ensemble de ce dossier.



Selon une demande adressée à la Cour civile et commerciale du Qatar Financial Centre le 21 janvier 2025, un contrat avait été conclu avec une filiale de la société Horizon Crescent Wealth LLC (HCW) pour réparer un hélicoptère présidentiel camerounais. En janvier 2018, un paiement de 660 000 dollars aurait été effectué pour solder le montant restant dû et permettre l'achèvement des travaux. Problème : l'argent aurait été transféré non pas à la filiale contractante, mais à la société mère HCW elle-même, juste avant que les comptes de cette dernière ne soient gelés dans le cadre d'une enquête réglementaire.

La décision rendue le 24 février 2025 par la Cour qatarie se contente de rapporter ces affirmations, sans se prononcer sur leur bien-fondé. Elle n'établit ni les conditions précises du contrat, ni la réalisation effective des réparations, ni même la présence matérielle des 660 000 dollars parmi les avoirs récupérés lors de la liquidation de HCW. Le nom de la filiale concernée, le compte bénéficiaire, le modèle de l'hélicoptère ou encore l'autorité camerounaise ayant engagé la dépense ne sont précisés nulle part dans les documents disponibles.



Sur le plan juridique, le Cameroun ne s'est pas présenté comme un créancier ordinaire réclamant le paiement d'une dette, mais a revendiqué un véritable droit de propriété sur les fonds, dans une démarche que la Cour a rapprochée d'une revendication fondée sur un trust. Cette distinction est stratégique : un actif reconnu comme détenu pour le compte d'un tiers n'appartient pas en propre à la société liquidée et ne peut, en principe, servir à rembourser ses créanciers. Mais la Cour ne s'est pas prononcée sur le fond de cette revendication, s'arrêtant à une étape préalable.



C'est en effet sur un point purement procédural que la demande camerounaise a buté : la Cour a jugé que l'avocat genevois Jean Orso, présenté comme le conseil du Cameroun, ne disposait pas d'une habilitation suffisamment claire pour engager l'État. Sa procuration, datée du 17 janvier 2025, avait été signée par un autre avocat genevois, lui-même détenteur d'un mandat remontant à septembre 2018 — sans que les documents ne permettent de déterminer quelle autorité camerounaise avait délivré ce mandat initial, ni s'il autorisait une telle délégation en cascade. La Cour a donc exigé, dans sa décision du 24 février 2025, une « proper authorisation », une habilitation appropriée, sans pour autant attribuer les fonds à HCW ni rejeter la revendication camerounaise sur le fond.



L'affaire prend une tournure particulièrement singulière lorsqu'on examine le parcours de Jean Orso dans ce dossier : l'avocat genevois avait auparavant représenté HCW elle-même. En décembre 2023, son cabinet avait informé la Cour qu'il reprenait la défense de la société, avant de la représenter en avril 2024 devant la division d'appel — sans succès, celle-ci ayant refusé de l'autoriser à contester sa propre liquidation. Il apparaît encore en juillet 2024 comme conseil des dirigeants de HCW, avant d'obtenir, le 17 janvier 2025, une procuration pour défendre cette fois les intérêts du Cameroun sur une partie de ces mêmes fonds. Ce changement de camp soulève une question de conflit d'intérêts, que le droit suisse encadre strictement, mais les décisions qataries disponibles ne fournissent pas suffisamment d'éléments pour établir qu'un risque concret existait dans ce cas précis.



Créée au Qatar Financial Centre en février 2015, HCW était autorisée à administrer des trusts, mais pas à exercer des activités financières réglementées comme la gestion d'actifs. Entre mai et août 2017, environ 12,5 millions d'euros ont été versés sur ses comptes auprès de la Qatar National Bank, avant que ceux-ci ne soient gelés en février 2018 dans le cadre d'une enquête pour soupçons de blanchiment. En 2019, le régulateur qatari a infligé à la société 30 millions de riyals de sanctions pour manquements aux règles antiblanchiment et exercice non autorisé d'activités de gestion d'actifs, complétées par une pénalité distincte de 280 000 dollars. HCW a finalement été placée en liquidation en décembre 2023.

Une bataille pour des fonds de plus en plus rares

L'enjeu financier dépasse le seul cas camerounais : en février 2024, quatre créances déclarées totalisaient près de 52 millions de riyals, dont plus de 48 millions réclamés par les autorités qataries elles-mêmes. En février 2026, la liquidatrice ne détenait plus qu'environ 38 millions de riyals d'actifs, pour un actif net disponible estimé à 34,67 millions. Une fois les créances prioritaires prises en compte, la Cour elle-même estimait qu'aucune somme ne resterait disponible pour les autres créanciers sans nouveaux recouvrements — un contexte qui rend d'autant plus stratégique, pour le Cameroun, la nécessité de faire reconnaître un droit de propriété plutôt qu'une simple créance.



À ce jour, aucun document public ne permet de savoir si une nouvelle habilitation a été produite par les autorités camerounaises, si la revendication a finalement été examinée sur le fond, ou si les 660 000 dollars ont été restitués à l'État camerounais. Sept ans après le paiement initial, cette affaire reste ainsi suspendue à une question de procédure encore non résolue devant la justice qatarie.