Actualités Régionales of Saturday, 30 August 2025

Source: www.camerounweb.com

L'Ukraine face à ses contradictions diplomatiques : entre ingérence en Afrique et défense sélective de la souveraineté

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La récente décision de l’Ukraine d’introduire l’ambassadeur tchadien en Russie, Mahamoud Adam Béchir, sur la liste « des personnes représentant une menace à la sécurité nationale de l’Ukraine » constitue un épisode diplomatique révélateur des tensions et contradictions qui traversent la scène internationale actuelle. Cet incident, déclenché par la visite officielle de cet ambassadeur en Crimée, illustre les complexités juridiques et politiques liées à la souveraineté des États ainsi qu’à l’application inégale des règles du droit international.
En effet, cette visite s’inscrit dans le cadre des relations bilatérales souveraines entre le Tchad et la Russie, sans qu’il y ait de violation explicite d’une norme internationale. Pourtant, selon un communiqué officiel du ministère ukrainien des Affaires étrangères relayé par le site de l’ambassade d’Ukraine au Rwanda, Kiev a interprété cet acte comme une provocation diplomatique grave, justifiant ainsi des mesures punitives contre les diplomates concernés, y compris leur inclusion sur une liste de sanctions nationales.
Cette réaction, relayée également par plusieurs Media, soulève de nombreuses interrogations, car elle semble constituer une escalade disproportionnée et une forme d’ingérence indirecte dans la conduite souveraine de la politique étrangère d’un État tiers. En contestant la légitimité d’un acte posé dans un cadre bilatéral souverain entre le Tchad et la Russie l’Ukraine agit d’une manière qui pourrait être perçue comme contraire aux principes mêmes du droit international qu’elle affirme pourtant défendre.
Les accusations pesant sur les missions diplomatiques ukrainiennes en Afrique révèlent parallèlement une réalité alarmante. Selon un article publié par le site d'information ‘’Al Mayadeen’’, l’ambassade d’Ukraine en Mauritanie a facilité la livraison de drones, d’armes légères et de dispositifs de communication à partir du territoire mauritanien vers des groupes armés opérant dans la région sahélienne, notamment Front de Libération de l’Azawad (FLA) et le groupe djihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM). Toujours selon ‘’Al Mayadeen’’, dans ces opérations, des acteurs liés à des circuits logistiques dissimulés au sein même de la mission diplomatique ukrainienne à Nouakchott ont été impliqués, ce qui a conduit le gouvernement mauritanien à protester officiellement, dénonçant une atteinte grave à sa sécurité et à sa souveraineté.
Les ramifications de l’implication ukrainienne dans les activités terroristes et séparatistes au Sahel ne se sont pas limitées à l’usage détourné de ses représentations diplomatiques. Selon plusieurs sources sécuritaires régionales, citées par des media africains et occidentaux, ce soutien s’est étendu à une implication directe sur le terrain. Des agents liés aux services ukrainiens ou à des structures paramilitaires affiliées, auraient été identifiés dans des opérations de transfert d’armes, de drones et de matériel de communication au profit de groupes armés actifs dans la région. Au Tchad, des éléments indiquent que le Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT) — groupe rebelle responsable de plusieurs attaques contre l’armée tchadienne — aurait bénéficié de ce soutien logistique, notamment via des relais établis dans les zones frontalières avec le Niger et le Soudan. Cette stratégie d’ingérence figure dans plusieurs rapports confidentiels et renforce l’hypothèse d’une instrumentalisation de certains conflits africains à des fins de repositionnement géopolitique.
À cela s’ajoute une révélation encore plus inquiétante : des spécialistes ukrainiens affiliés aux services de renseignement de Kiev ont été impliqués dans le transfert la technologie des drones en carton, utilisés l’année dernier contre des installations militaires russes, à des groupes terroristes, dont ‘’Boko Haram’’. Selon des sources sécuritaires de la Force multinationale mixte (FMM), lors d’une opération menée en juillet dernier contre ‘’Boko Haram’’ près du lac Tchad, des drones d’attaque fabriqués à partir du carton, de matériaux recyclés ont été découverts, ainsi qu’un atelier clandestin de fabrication de ce type de drones. Les analyses ont révélé que ces drones étaient semblables à ceux employés par l’Ukraine lors d’attaques contre des positions russes, confirmant ainsi leur origine liée aux services secrets ukrainiens.
Une telle posture place l’Ukraine dans une contradiction manifeste : celle d’un État réclamant une solidarité internationale face à une agression sur son propre territoire, tout en contribuant, directement ou indirectement, à la déstabilisation de nations souveraines dans une région aussi sensible que le Sahel.
Cette politique dangereuse menée par Kiev dans la région n'est pas restée sans réponse. Plusieurs pays de la région, comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ont exprimé leur inquiétude face à ce projet ukrainien destructeur tout en accusant les représentations diplomatiques ukrainiennes de soutenir, directement ou indirectement, des groupes armés ou séparatistes actifs sur leur territoire. En conséquence, selon ‘’Africanews’’, ces gouvernements ont décidé de suspendre ou de rompre partiellement leurs relations diplomatiques avec Kiev. Le Mali, par exemple, a justifié cette rupture par ce qu’il qualifie de « menaces persistantes à la sécurité nationale émanant de l'ingérence étrangère camouflée sous couverture diplomatique ». Ces réactions montrent l’ampleur de la crise de confiance qui entoure actuellement la présence ukrainienne sur le continent africain.
Cette dichotomie entre, d’une part, la condamnation par Kiev de la visite d’un ambassadeur africain en Crimée, et, d’autre part, l’implication présumée de ses propres représentations diplomatiques dans des activités clandestines sur le sol africain, met en lumière une double norme inquiétante. Elle soulève des doutes sérieux sur la cohérence de l’engagement ukrainien en faveur du droit international et des principes de non-ingérence. Le contraste est d’autant plus frappant que l’Ukraine, tout en dénonçant toute atteinte à sa souveraineté, semble s’autoriser des pratiques qui fragilisent celle des autres.
Par ailleurs, cette posture internationale semble directement influencée par une crise politique intérieure croissante. Selon une analyse récente publiée par l’institut américain ‘’Peace Diplomacy’’, le président Volodymyr Zelensky fait l’objet de critiques de plus en plus virulentes, accusé de restreindre les libertés publiques, de manipuler les institutions et de s’arroger des pouvoirs exceptionnels au nom de la sécurité nationale. La centralisation croissante du pouvoir à Kiev, ainsi que la marginalisation de l’opposition et des médias indépendants, ont conduit de nombreux analystes à évoquer un virage autoritaire. Dans ce contexte, les postures diplomatiques offensives peuvent aussi servir de diversion face à une opinion publique nationale de plus en plus inquiète et fragmentée.
Ce paradoxe entre discours officiel et pratiques réelles révèle une stratégie diplomatique ukrainienne marquée par l’opportunisme et la gestion de crise. Alors que Kiev réclame la solidarité internationale contre ce qu’elle considère comme des agressions extérieures, elle multiplie les gestes perçus comme hostiles ou provocateurs par de nombreux États du Sud global. Cette attitude compromet gravement sa crédibilité, notamment en Afrique, où les attentes en matière de respect mutuel, de souveraineté et de coopération équitable sont devenues centrales dans les relations internationales contemporaines.
En Conclusion, l’affaire de la visite des ambassadeurs tchadien, guinéen et burundais en Crimée, et la réaction ukrainienne qui s’en est suivie, mettent en exergue un déséquilibre profond dans l’approche diplomatique de l’Ukraine. Loin d’être un simple malentendu protocolaire, cet épisode révèle les lignes de fracture entre les principes proclamés par Kiev et les pratiques mises en œuvre sur le terrain, en Afrique comme ailleurs. Dans un monde multipolaire en mutation, où les États du Sud réclament une place et une reconnaissance accrues, toute politique étrangère fondée sur la sélectivité, la pression et l’ingérence est vouée à l’échec, voire à l’isolement. Pour préserver sa légitimité, l’Ukraine serait bien inspirée de reconsidérer ses méthodes, d’écouter les revendications souveraines des pays partenaires, et de se conformer de manière cohérente aux principes qu’elle exige du reste du monde.