Un collectif d’auditeurs de justice camerounais adressé une lettre ouverte à Paul Biya, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la magistrature, pour demander la convocation de cette instance. Ces jeunes magistrats en attente d’intégration affirment avoir achevé leur formation et exercer depuis plusieurs années des fonctions judiciaires dans les parquets et tribunaux, tout en restant sans statut définitif, rémunération suffisante ni protection sociale.
Ci-dessous, l'intégralité de la lettre
« Excellence, Monsieur le Président de la République,
Nous, Auditeurs de Justice, des promotions issues de la Division de la Magistrature et des Greffes de l'École Nationale d'Administration et de Magistrature, prenons la respectueuse liberté de nous adresser à Votre Très Haute Autorité, en votre qualité de Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, garant de l'indépendance de la Justice et Père de la Nation.
C'est avec une déférence empreinte de gravité et le cœur meurtri par une attente qui devient intenable, que nous portons à votre connaissance la situation défavorable et d'une précarité sans précédent dans laquelle nous nous trouvons, en attente d'intégration dans le corps de la Magistrature camerounaise.
Excellence,
Après avoir satisfait avec abnégation aux rigoureuses exigences de la formation initiale, tant théorique que pratique dans les Cours et Tribunaux, nous avons été déclarés aptes à servir la Justice de notre pays. Depuis lors, plusieurs années se sont écoulées, sans que le Conseil Supérieur de la Magistrature ne soit convoqué pour statuer sur notre cas, conformément aux dispositions des textes portant organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Cette attente prolongée a plongé la quasi-totalité d'entre nous dans une situation de détresse sociale et humaine indescriptible.
Sur le plan professionnel, affectés en qualité de stagiaires dans les Parquets et les juridictions, nous exerçons, sous l'autorité des Chefs de juridiction et de Parquet, des attributions effectives de Ministère Public, sans statut, sans rémunération conséquente et sans protection sociale. Nous instruisons les procédures, portons parfois la parole de la loi aux audiences, rédigeons les réquisitoires et d'autres actes.
Pourtant, Excellence, il nous est pénible de constater que nos conditions d'êtres humains ne sont que très peu prises en compte car n'ayant pas encore été intégrés. Dépourvus de bureaux décents, de moyens de travail, parfois même de considération élémentaire due à notre rang, nous exerçons dans une précarité matérielle extrême qui porte atteinte à la dignité même de la fonction que nous aspirons à incarner.
Sur le plan familial et social, notre situation a considérablement régressé. Pères et mères de familles, chargés de famille, nous ne parvenons plus à subvenir aux besoins les plus élémentaires des nôtres. L'allocation de stage, bien qu'existante, est de plus en us dérisoire au regard de l'inflation et du baisse du pouvoir d'achat. Après plusieurs années d'études supérieures et de loyaux services rendus à la Nation, nous vivons de l'assistance de nos familles déjà démunies, dans une posture qui frise l'indigence, alors même que la société nous identifie comme des Magistrats.
Cette situation, Excellence, est de nature à entamer le moral et la vocation de jeunes magistrats pourtant animés d'un idéal de justice et d'une loyauté indéfectible envers les Institutions de la République que vous incarnez.
C'est pourquoi, Excellence Monsieur le Président de la République,
Conscients de vos très hautes et lourdes charges à la tête de l'État, mais confiants en votre attachement légendaire à la jeunesse et à la Justice, socle de l'État de droit,
Nous vous supplions très respectueusement, avec toute la déférence due à votre rang, de bien vouloir user de votre Très Haute Autorité pour ordonner la convocation, d'une réunion du Conseil Supérieur de la Magistrature, afin qu'il soit enfin statué sur notre intégration dans le corps de la Magistrature, conformément aux textes en vigueur.
Cet acte de haute portée sociale et judiciaire viendrait mettre un terme à des années d'incertitude, redonner dignité à nos familles et renforcer les effectifs d'une Justice camerounaise qui a tant besoin de ses serviteurs.
Dans l'attente d'une suite favorable, nous vous prions d'agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, l'expression de notre très haute considération et de notre indéfectible loyauté.
Le Collectif des Auditeurs de Justice en attente d'intégration»









