Actualités of Friday, 5 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Jeune Afrique révèle les communications intenses entre Amougou Belinga et Danwe

Dans tout procès criminel, il y a des preuves qui établissent les faits — et des absences qui les suggèrent. Au procès Martinez Zogo, les audiences des 1er et 2 juin 2026 ont produit les deux simultanément : des données numériques qui confirment une communication intense entre Jean-Pierre Amougou Belinga et le chef du commando Justin Danwe — et des suppressions massives de messages qui, selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, parlent peut-être plus fort que les données elles-mêmes.

«Un bilan d'appels particulièrement intense» entre Amougou Belinga et Danwe
La révélation centrale de Jeune Afrique sur la question des commanditaires est formulée par l'expert Bell Bitjoka lui-même, cité directement par le journal. «Le bilan des appels entrants et sortants du 16 au 19 janvier 2023 entre Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwe était particulièrement intense», a déclaré l'expert à la cour. Ces quatre jours — du 16 janvier (veille de l'enlèvement) au 19 janvier (deux jours après) — correspondent exactement à la fenêtre critique de l'opération : la préparation, l'exécution et l'immédiat après.
Une communication «particulièrement intense» entre le patron de Vision 4 et le directeur des opérations de la DGRE pendant précisément ces quatre jours. Bell Bitjoka a également «tracé les mouvements de Danwe durant cette période à travers les coordonnées GPS de Google Maps» — révélant selon Jeune Afrique «une proximité des zones de fréquentation entre Danwe et Amougou Belinga» dans les secteurs de Mvan, du complexe BEAC et du quartier Karisma. Deux hommes qui se téléphonent intensément et se retrouvent dans les mêmes zones géographiques pendant les jours de l'enlèvement. Le faisceau d'indices est lourd.


Mais c'est ce que Jeune Afrique révèle sur les suppressions qui constitue peut-être l'élément le plus éloquent de toutes ces audiences. Sur les téléphones d'Amougou Belinga analysés par l'expert, «les messages échangés avec Justin Danwe avaient systématiquement été supprimés, tout comme le compte WhatsApp utilisé pour communiquer». Systématiquement. Le mot dit la méthode : chaque échange avec Danwe effacé, le compte WhatsApp entier supprimé. Une hygiène numérique d'une précision qui trahit une conscience parfaite de ce qu'il ne fallait pas laisser.

Sauf que la technologie moderne ne laisse pas toujours le dernier mot à ceux qui effacent. «Ces données ont néanmoins pu être récupérées», révèle Jeune Afrique — même si «l'enquête ne s'y est pas encore suffisamment attardée». Des messages supprimés mais récupérés, dont le contenu n'est pas encore pleinement exploité. Voilà un des arguments centraux des avocats qui réclament une contre-expertise.


La révélation la plus troublante sur les limites de l'expertise concerne l'ampleur de ce qui n'a pas pu être analysé. Selon Jeune Afrique, «seuls 18% des appareils de Jean-Pierre Amougou Belinga ont pu être exploités». Dix-huit pour cent. Cela signifie que 82% des données numériques du principal suspect de commandite n'ont pas encore été passés au crible de l'expertise judiciaire. Et s'agissant de Léopold Maxime Eko Eko, l'ancien patron de la DGRE, «seuls trois appareils sur les dix numéros identifiés à son nom avaient pu être analysés» — les autres restant «sous scellés dans son bureau».


Ces lacunes sont au cœur de la demande de contre-expertise formulée par plusieurs avocats lors des audiences. Me Calvin Job, avocat de la famille de la victime, Me Claude Assira, conseil de la DGRE, et Me Ashu, avocat des ayants droit, réclament tous «un complément d'expertise» — estimant que «l'expert a travaillé avec du matériel insuffisant». Une demande que Jeune Afrique rapporte sans la commenter — mais dont l'implication est claire : la vérité sur les commanditaires de l'assassinat de Martinez Zogo n'est peut-être pas encore toute entière dans le dossier judiciaire.

«Il était chargé de surveiller certains services, dont le Minfi» : la révélation sur le mobile
Jeune Afrique révèle enfin une déclaration de l'expert Bell Bitjoka qui, formulée presque en passant, ouvre une perspective nouvelle sur les raisons profondes de l'assassinat de Martinez Zogo. «Monsieur Danwe et Amougou Belinga communiquaient sur ses activités, car il était chargé de surveiller certains services, tels que le Minfi», a déclaré l'expert. Le Minfi — Ministère des Finances. Martinez Zogo, dans son émission Embouteillages, dénonçait régulièrement des scandales financiers impliquant des personnalités proches du pouvoir. Qu'Amougou Belinga soit présenté comme ayant des activités de surveillance des services financiers — et que ces activités aient fait l'objet d'échanges avec le chef du commando qui a enlevé Martinez Zogo — c'est peut-être là que se trouve la clé du mobile.


Trois ans après l'enlèvement et l'assassinat de Martinez Zogo, la vérité judiciaire avance — incomplète, fragmentaire, entravée par des données manquantes et des suppressions stratégiques. Mais elle avance. Et chaque audience rapproche un peu plus le procès du moment où la question des commanditaires devra recevoir une réponse que les suppressions de messages ne pourront plus empêcher.