Actualités of Sunday, 15 February 2026
Source: www.camerounweb.com
Aujourd'hui, la femme supplie qu'on la prenne à leur place. Elle s'appelle Aissatou (photo d’illustration), 34 ans.
Je vis dans une maison en parpaings jamais terminée, sans carrelage, sans plafond, juste des tôles qui tremblent quand le vent souffle. Je n’ai pas eu une vie, j’ai eu une longue agonie.
Avant tout ça, j’étais vendeuse de beignets dans les rues. Chaque jour, sous le soleil, avec mon bassin sur la tête, je marchais. Mes sandales en plastique se coupaient à mes pieds. Et quand je rentrais à la maison, c’était pour trouver mon mari en train de râler, les enfants en train de pleurer et la marmite vide.
Un jour, j’ai fait une fausse couche sur le trottoir. J’étais enceinte de quatre mois. Je suis tombée, là, en pleine rue, les gens criaient, mais personne ne m’a secourue. J’ai saigné, j’ai pleuré, j’ai supplié Dieu. Mais ce jour-là, Dieu ne m’a pas répondu. J’ai compris qu’il fallait que je me sauve toute seule.
C’est là qu’une amie m’a appelée. Aminata. Une fille du quartier qui, du jour au lendemain, a changé de vie. Voiture, maison, voyages, perruques longues comme les stars nigérianes.
Elle m’a dit : « Toi aussi tu peux changer de vie, mais il faut avoir le cœur dur ». J’ai demandé : « Comment ? ». Elle a répondu en chuchotant : « Le Bénin. Il y a des choses là-bas qui marchent ».
Je n’ai pas réfléchi. Je n’avais plus rien à perdre. J’ai emprunté 80 000 francs CFA pour le transport. Direction Cotonou, puis une moto jusqu’à un village où les arbres semblent t’écouter respirer.
Là-bas, une vieille femme m’a reçue. Elle m’a dit : « La richesse t’attend, mais elle veut deux âmes proches de toi. Choisis entre ton père, ta mère, ton mari ou tes enfants ». J’ai pleuré. J’ai hésité.
Mais j’ai pensé à mes enfants. J’ai pensé à ma mère déjà malade. Alors j’ai murmuré, en regardant le sol : « Mon mari et mon père ». La vieille a ri. Elle a dit : « Bon choix. C’est souvent ceux qui t’aiment le plus qu’il faut sacrifier pour monter ». Elle a versé du sang de coq dans un bol. Elle m’a noué une corde rouge à la taille. Et elle m’a dit : « Dans trois lunes, tu seras riche ».
Mon père est tombé en pleine prière, en criant mon nom. Mort. Mon mari a commencé à baver un matin. Paralysie. Transporté à l’hôpital, mort trois jours plus tard. Et moi ? Oui, je suis riche maintenant. Je vis dans une maison climatisée. J’ai une Range Rover. J’ai les perruques, les robes, les parfums. Mais je suis morte à l’intérieur.
Mon fils de 8 ans m’a regardée la semaine dernière et m’a dit : « Maman, pourquoi tu ne souris jamais ? ». J’ai voulu lui dire : « Parce que j’ai donné ton père au diable ».
Aujourd’hui, je veux que ça s’arrête. Je ne veux plus de cet argent. Je veux leur rendre la vie. Je suis prête à mourir s’il le faut, mais je ne veux plus vivre avec ce poids.