Quelques heures après l'annonce du décès de Clément Atangana, président du Conseil constitutionnel, l'avocate et figure de la société civile camerounaise Alice Nkom a publié un message d'adieu d'une rare profondeur. Entre reproches et amitié, elle rend hommage à un homme qu'elle a connu, tout en n'oubliant pas les décisions qu'elle lui a reprochées.
C'est un texte qui dit toute la complexité des relations humaines face à la mort. Ce dimanche 4 octobre 2026, Alice Nkom, avocate emblématique de la lutte pour les droits des minorités au Cameroun, a réagi au décès de Clément Atangana, président du Conseil constitutionnel.
« Clément Atangana est mort aujourd'hui. Il était le faiseur de présidents », écrit-elle d'emblée. Une formule qui résume le rôle central joué par le magistrat dans la validation des scrutins présidentiels, notamment celui de 2018, dont il a proclamé les résultats contestés.
Alice Nkom n'occulte pas ses reproches. « Malheureusement pour lui, le peuple avait rejeté celui qu'il avait contribué à porter au pouvoir. Et pourtant, il a accepté cette responsabilité. Avait-il réellement le choix ? » s'interroge-t-elle.
« Il a choisi le côté du pouvoir lorsque l'histoire lui demandait de choisir celui du peuple »
L'avocate rappelle le poids des décisions de Clément Atangana. « Magistrat, président du Conseil constitutionnel, il s'est retrouvé au cœur de décisions cruelles qui ont profondément marqué l'histoire politique de notre pays. Il savait qu'il était là pour arbitrer. Il savait aussi que ses décisions engageaient bien davantage que sa propre personne : elles engageaient la confiance d'un peuple dans ses institutions. »
Elle l'accuse sans détour : « Il a prêté sa main à ce que je considère comme une trahison de la volonté populaire. Les actes qu'il a posés ne résument peut-être pas l'homme que j'ai connu. Mais il en a assumé la responsabilité. Clément Atangana a choisi le côté du pouvoir lorsque l'histoire lui demandait de choisir celui du peuple. »
« Il reste mon ami »
Mais au-delà des reproches, Alice Nkom laisse parler son humanité. « Pourtant, malgré tout cela, il reste mon ami. Et la mort nous rappelle brutalement que derrière les fonctions, les décisions, les institutions et les combats politiques, il y avait aussi un homme, avec son histoire, ses failles, ses choix et ses proches. »
Elle conclut : « Aujourd'hui, je ne veux pas oublier ce que je lui reproche. Mais je ne veux pas non plus oublier l'homme que j'ai connu. Que son âme repose en paix. Mes pensées vont à sa famille et à tous ceux qui l'ont aimé. »
Ce message, signé « MOM LOVES YOU », a suscité de nombreuses réactions. Certains saluent le courage et la sincérité d'Alice Nkom, capable de reconnaître la complexité d'un homme tout en maintenant ses convictions. D'autres estiment que les reproches formulés au moment du deuil sont inopportuns.
Mais au-delà du débat, ce texte pose une question universelle : comment juger un homme qui a occupé des fonctions institutionnelles majeures, lorsque ses décisions ont profondément divisé le pays ? Alice Nkom apporte sa réponse : en n'oubliant ni ses actes, ni son humanité.









