Actualités of Wednesday, 3 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Humiliation de tout un pays : Aba'a Oyono sort un dossier sale et le met sur la place publique

Opinion de Jean Calvin Aba'a Oyono Opinion de Jean Calvin Aba'a Oyono

Le professeur Jean Calvin Aba’a Oyono dénonce. Le compatriote parle de l’effondrement de la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Soa. La rédaction de CamerounWeb relaie ses propos, dans un style qu’on lui reconnait très bien.

Placé(e)s en face du miroir, nous inspirons pitié et honte. Quoique silencieux (se)s, les plus jeunes collègues ne font plus de nous ces aîné(e)s-modèles. Craignant pour leurs carrières dans notre environnement mandarinal, ces jeunes se taisent, mais éprouvent du dépit à notre égard.

Une faculté des sciences juridiques et politiques fermée au débat contradictoire et critique est vouée à la mort académique. La critique scriptomanie extravertie y est affectionnée. La production scientifique de France y est abondamment relayée et exaltée. À contrario relève du tabou toute critique endogène des problématiques de développement institutionnel qui nous tiennent à la gorge.

Les écrits de Mathieu Mebenga, sur le « viol de la constitution », sont supprimés, sans façon ou dans l’irrespect total de sa carrure, dans notre forum de la FSJP de Yaoundé II. On fait tôt de brandir le fallacieux argument de « l’université apolitique » alors que nous pratiquons le contraire en faveur du système gouvernant et diffusons allègrement l’engagement politique des universitaires étrangers. Sommes-nous encore en République dont la caractéristique essentielle est la jouissance des droits citoyens ?

Le poids pesant des obligations est tellement écrasant que même des professeurs fonctionnent en mode automate. C'est ahurissant de faire observer des logiques d'inversion de valeurs. Dans un silence total de mort à l'occasion de la restitution des travaux de la mission de contrôle de l'IGS, une collègue inspecteure et de formation privatiste s'est permise, avec condescendance, de prétendre donner des leçons de droit administratif devant un aréopage d'illustres gens de droit public. « Ce n'est qu'à la FSJP de Yaoundé II que l'on refuse de signer le registre des présences ».

Les bras m'en tombent de constater que mon espace immédiat de profession se meurt sous nos yeux. « Tout enseignant du Corps de l'enseignement supérieur est soumis à l'obligation… de présence au sein de son établissement, pour assurer les tâches d'enseignement, de recherche et d'encadrement des étudiants ».

C’est écrit, in extenso, à l’article 33 du décret du 19 janvier 1993 portant statut spécial des personnels de l’enseignement supérieur. D'où vient-il que des universitaires, certes pétri(e)s dans le moule de la grande poltronnerie, en viennent à se soumettre à ce qui ne se déroule pas à la maternelle, au primaire et au secondaire ? L'administration universitaire est-elle encore soumise au principe de juridicité ou à la volonté des individus ? Cet ordre d’émarger mensuellement est manifestement scélérat car il est entaché d’excès de pouvoir sous la forme la plus abjecte du « manque de base légale ».

Il est encore temps de se ressaisir dans ce forum inerte de la FSJP car, ailleurs, même les idées anticonformistes circulent clairement comme l’eau de roche. Notre Cameroun est sur la voie de l'irréversible mutation. Vivre librement, c’est prévoir la survenance des évènements qui ne seront plus fatalement à notre avantage coutumier. En toutes choses, il faut savoir avoir le doigt flexible, la circulation des élites étant là pour nous contenir dans les frontières de l’humilité.