Actualités of Saturday, 6 June 2026
Source: Cameroun Horizons n°59
Le Cameroun se trouve dans un carrefour dont le choix de destination sera déterminant pour son avenir. Une intercession avec des voies entrecoupées et juxtaposées qui convergent quasiment toutes vers le labyrinthe. Il est donc important de faire le bon choix au risque de se retrouver dans l’impasse. Les faits et gestes de la classe dirigeante ne rassurent que très peu. Dans leur quotidien, les Camerounais suffoquent en attendant ce qui se présente comme une asphyxie si proche, si évidente et inéluctable. Chaque jour avec son lot d’incertitudes au point de nous interroger à haute voix à quoi nous réserve le lendemain ?
Sur le plan politique et institutionnel, c’est le statu quo. Pour preuve, après sa réélection à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, le Président de la République n’a toujours pas formé un nouveau gouvernement. Le gouvernement en place depuis plus de sept ans, dont ni des membres décédés ou démissionnaires, ni les résultats mitigés et les scandales de toutes sortes n’ont pu convaincre le Prince à revoir sa copie. Incroyable dans une République qui se dit moderne dont les dirigeants situent l’émergence dans moins de dix ans.
Pourtant, aussi bien lors de sa prestation de serment le 6 novembre que dans son message de vœux de nouvel an à la Nation le 31 décembre 2025, Paul Biya s’était montré rassurant et optimiste quant au renouvellement de la classe politique. Une posture réitérée le 10 fé2026 dans son discours à l’occasion de la Fête de la Jeunesse. Depuis lors, ces annonces fortes se sont muées en silences présidentiels.
Question : le chef de l’État aurait-il menti sous serment ? Nous n’osons pas le croire. Mais qu’est-ce empêche donc la matérialisation des engagements présidentiels ? La réponse se trouve sans doute dans la bataille féroce qui se livre dans les arcanes du pouvoir pour la succession à la tête du pays.
Il est évident que des forces répulsives et négatives qui gravitent au- tour du Président de la République profitent d’un affaiblissement naturel de « l’homme lion » pour rendre le pays ingouvernable. Ceci permet également de comprendre pourquoi la nomination du Vice-Président de la République coince, tout comme des changements promis à la tête des entreprises publiques et certains postes névralgiques de l’État parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Sur le plan économique, le Cameroun n’est plus maître de sa politique. Bien que le Gouvernement refuse de le confirmer officiellement, dans les faits, le Cameroun est bel et bien sous Programme d’ajustement structurel (PAS) du FMI (Fonds monétaire international). C’est Bretton Woods qui décide, une position tutélaire qui met à mal le Cameroun aussi bien dans ses relations bilatérales que multilatérales.
Conséquence, le Cameroun applique une poli- tique économique pensée par les autres, dont les orientations ne tiennent pas toujours comptent des réalités ou des aspirations du peuple. L’inflation reste galopante tandis que les citoyens ont difficilement accès aux services sociaux de base, parfois à cause des injonctions des bailleurs de fonds.
Sur le plan socioculturel, le Cameroun fait face à une insuffisance criarde des infrastructures de base : santé, éducation, eau, électricité, routes, etc. Pire, la famine continue sa hausse vertigineuse avec plus de quatre millions de Camerounais menacés par l’insécurité alimentaire. Incroyable pour un pays au regard de son potentiel agropastoral. La crise sociopolitique qui ravage les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest constitue un obstacle à l’unité nationale. Il est grand temps d’y trouver une solution définitive avec un pays évidemment indivisible, mais dont tous les enfants se sentent fiers d’y appartenir.
En réalité, des frustrations sont réelles et touchent toutes les composantes de la Nation, une clique ayant confisqué les biens communs au détriment d’une écrasante majorité de Camerounais. L’éthique, la solidarité, l’honnêteté, la loyauté sont des vertus en quête de disparition, laissant place à une société inhumaine et amorale.
La montée en puissance du tribalisme et des discours haineux constitue un caillou dans la chaussure pour le vivre ensemble. L’insécurité dans les villes et villages avec une croissance exponentielle des féminicides et infanticides est inquiétante. Pendant ce temps, les us et coutumes sont de plus en plus galvaudés, une dépravation des mœurs qui appelle à une prise de conscience individuelle et collective rapide pour éviter aux Camerounais de perdre leur identité.
Toutefois, s'il est vrai que ces maux nécessitent une réponse collective, il est clair que la responsabilité première de les soigner incombe aux gouvernants. Eux qui ont reçu le mandat du Peuple pour légiférer en son nom. L’émergence tant annoncée n’est qu’un mirage, faute de préserver ne serait-ce que les acquis, l’on observe plutôt un recul inquiétant du développement pratiquement dans tous les secteurs d’activité. Sauf un sur- saut d’orgueil national et une reprise en main de son destin, le Cameroun se dirige tout droit dans l’abime dont personne ne sait malheureusement s’il s’en sortira.