Bien avant que Sadio Mané et Riyad Mahrez ne fassent vibrer l'Afrique par leurs exploits européens, un Lion Indomptable avait déjà tracé la voie. Geremi Njitap reste l'un des six seuls joueurs africains à avoir conquis le triplé ultime : CAN, Premier League et Ligue des champions. Portrait d'un précurseur.
Dans le panthéon du football africain, certaines statistiques séparent les grands joueurs des légendes absolues. Remporter la Coupe d'Afrique des nations avec son pays constitue déjà un accomplissement majeur. Triompher en Premier League anglaise, le championnat le plus relevé au monde, représente un autre sommet. Soulever la Ligue des champions de l'UEFA, le Graal du football de clubs, relève de l'exceptionnel.
Réaliser les trois ? Une prouesse si rare que seuls six Africains y sont parvenus dans toute l'histoire du football. Et parmi eux, un nom résonne avec une force particulière : Geremi Njitap.
Né le 20 décembre 1978 à Bafoussam, au Cameroun, Geremi Fotso Njitap entame sa carrière professionnelle au Racing Club de Bafoussam avant de s'envoler pour l'Europe en 1996, d'abord à Gérone en Espagne, puis au Celta Vigo. C'est là que le Real Madrid le repère et l'enrôle en 1999, ouvrant la voie à une décennie dorée.
Avec les Lions Indomptables, Geremi connaît la gloire continentale à deux reprises. En 2000, il fait partie de l'équipe qui remporte la CAN au Nigeria, avant de récidiver deux ans plus tard au Mali en 2002. Deux sacres qui ancrent le Cameroun parmi les grandes nations africaines et font de Geremi un héros national.
Mais c'est au niveau des clubs que le milieu de terrain polyvalent va graver son nom dans le marbre de l'histoire. Au Real Madrid, il fait partie de la génération des "Galactiques" et remporte deux Ligues des champions consécutives en 2000 (victoire 3-0 contre Valence) et 2002 (2-1 contre le Bayer Leverkusen grâce au but mythique de Zinédine Zidane). Même s'il n'est pas toujours titulaire indiscutable dans cette équipe de stars, Geremi apporte sa grinta et sa polyvalence tactique, capable d'évoluer au milieu de terrain comme sur les côtés.
En 2003, Geremi rejoint Middlesbrough en prêt avant d'être recruté par Chelsea en 2005, alors que le club londonien, sous l'ère Roman Abramovich, entame sa mutation en force dominante du football anglais. Avec les Blues, le Camerounais remporte deux titres de Premier League consécutifs en 2005 et 2006, parachevant ainsi son triplé historique.
"Geremi n'était peut-être pas la superstar médiatique de l'équipe, mais c'était un soldat fiable, un joueur d'équipe exemplaire qui apportait son expérience des grands rendez-vous", se souvient un ancien coéquipier. Cette discrétion relative n'enlève rien à l'ampleur de ses accomplissements : à 27 ans, il avait déjà tout gagné.
Geremi Njitap partage ce privilège unique avec seulement cinq autres joueurs africains. Son compatriote nigérian John Obi Mikel a suivi une trajectoire similaire avec Chelsea, remportant la CAN 2013, la Premier League et la Ligue des champions 2012. Les Ivoiriens Yaya Touré (CAN 2015, Ligue des champions avec le Barça, Premier League avec Manchester City) et Salomon Kalou (même palmarès continental, titres anglais et européens avec Chelsea) ont également rejoint ce cercle fermé.
Plus récemment, deux stars contemporaines ont complété cette liste d'honneur : Sadio Mané, vainqueur de la CAN 2022 avec le Sénégal après avoir triomphé avec Liverpool en Angleterre et en Europe, et Riyad Mahrez, champion d'Afrique 2019 avec l'Algérie et multiple lauréat avec Manchester City.
Ce qui distingue Geremi dans ce groupe d'élite, c'est sa qualité de précurseur. Quand il complète son triplé en 2006, il ouvre une voie que peu imaginaient possible pour un joueur africain. À une époque où les préjugés sur les footballeurs du continent restaient tenaces en Europe, Geremi démontrait qu'un Africain pouvait non seulement évoluer dans les plus grands clubs, mais y remporter les trophées les plus prestigieux.
"Geremi a été l'un des premiers à prouver qu'on pouvait venir d'Afrique et tout gagner en Europe. Il a inspiré toute une génération", souligne un observateur du football africain. Sa polyvalence, sa discipline tactique et sa capacité à s'adapter aux exigences du très haut niveau européen ont fait de lui un modèle pour les jeunes talents du continent.
Retiré des terrains en 2010 après un dernier passage à l'Apollon Limassol à Chypre et en Turquie, Geremi Njitap reste une référence pour les footballeurs africains. Son parcours rappelle qu'au-delà du talent individuel, c'est la capacité à s'inscrire dans des projets collectifs ambitieux qui forge les vraies légendes.
Avec 118 sélections en équipe nationale camerounaise, trois participations à des Coupes du monde (2002, 2006, 2010) et un palmarès en clubs qui force le respect, Geremi incarne cette génération de pionniers qui ont ouvert les portes des plus grands clubs européens aux talents africains.
Aujourd'hui encore, quand un jeune joueur africain rêve de conquêrir l'Europe tout en portant haut les couleurs de son continent, il marche dans les traces de Geremi Njitap. Un héritage qui, au-delà des trophées, mesure la vraie grandeur d'une carrière exceptionnelle.









