Actualités of Thursday, 8 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Gaspillage – Gabégie : Le patrimoine immobilier de Paul Biya en France

Dès les premiers mois, la tendance au laxisme et à la gabegie du régime Biya s’annonce Dès les premiers mois, la tendance au laxisme et à la gabegie du régime Biya s’annonce

Les premières années du régime de Paul Biya sont associées à la gabegie, à la corruption et à une mauvaise gestion des ressources publiques. Les accusations publiées en 1983 par Le Canard Enchaîné concernant le patrimoine immobilier que Paul Biya aurait acquis en France et sa réélection de janvier 1984 avec 99,98 % des suffrages en sont des illustrations.

Dès les premiers mois, la tendance au laxisme et à la gabegie du régime Biya s’annonce. Un fait l’illustre à suffisance : le 29 novembre 1983, Paul Biya annonce, lors d’une conférence de presse, une élection présidentielle anticipée dont la date est fixée au 14 janvier 1984.

Il tient à aller devant les électeurs afin d’acquérir sa propre légitimité. C’est alors que l’hebdomadaire satirique parisien Le Canard Enchaîné publie l’information selon laquelle Paul Biya a acquis un immeuble avenue Foch à Paris.

Le ton de l’article est gouailleur à souhait. L’auteur insinue lourdement que ce n’est pas son salaire, fut-il un salaire de ministre camerounais, qui lui a permis de faire pareil placement.

Donc, il a pioché dans les caisses de l’État. À Yaoundé, c’est la consternation pour ceux qui tiennent leur président pour un citoyen au-dessus de tout soupçon. C’est ainsi que Jacques-Roger Booh Booh, ambassadeur du Cameroun à Paris, se fend d’une réponse au Canard Enchaîné, accusant l’hebdomadaire satirique de faire le jeu de ceux qui veulent ternir l’image du président de la République, candidat à l’élection présidentielle qui se déroulent bientôt.

La maladresse de la réponse de M. Booh Booh suscite une contre-attaque du Canard Enchaîné. Dans l’édition suivante, il apporte de nouvelles révélations sur les biens immobiliers acquis par M. Biya en France. Cette fois, il fait état d’une immense propriété dans le Midi.

L’hebdomadaire parisien ironise sur le fait que M. Biya sera candidat contre lui-même et se demande quel risque il court de perdre les élections dont l’issue est connue d’avance.

Il souhaite à Paul Biya la bienvenue dans le club des corrompus : «Vas-y Paulo, c’est du billard» lui crie-t-il, comme pour l’encourager. Le 14 janvier 1984, M. Biya est effectivement élu président de la République, avec 99, 98% des suffrages exprimés. Il prête serment le 21 janvier 1984, inaugurant son mandat.

Comme le montre cette anecdote et contrairement à la littérature officielle, dans sa variante dominante, qui insistera davantage sur les facteurs externes de la crise, la chute continuelle du PIB camerounais avec un taux de croissance moyen de - 4,1% l’an entre 1987 et 19947 s’explique par des facteurs internes «que les possibilités offertes par la manne pétrolière masquaient».

De nombreux auteurs comme Gérard Amougou imputent les effets néfastes de cette crise davantage à la corruption et aux mauvaises performances économiques enregistrées par le secteur public. Alors que le pays connaissait une croissance soutenue grâce à la rente agricole - droits tirés des produits d’exportation entre 1960 et 1979 - et au boom pétrolier (1980), un système de « caporalisation » des bénéfices de la croissance par le secteur public va être mis en place alors même que les objectifs initiaux prévoyaient un transfert au secteur privé. «Mal gérées et lourdement déficitaires, les entreprises étatiques et paraétatiques vont recevoir chaque année d’incroyables subventions de l’État pour pouvoir continuer à fonctionner : 150 milliards de francs CFA en 1984 par exemple, soit la moitié des recettes pétrolières de l’État de cette année-là et près du cinquième de ses dépenses totales !».

Par ailleurs, plus du tiers des recettes de production agricole prélevées par l’Office national de commercialisation des produits de base (ONCPB) étant capté par la SNI et certaines sociétés nationales, l’on se retrouve dans une situation où le petit producteur finance continuellement le train de vie des agents du secteur public.

Donc, l’avènement de la crise n’a fait que relever la mauvaise gouvernance et les mauvaises performances généralisées des entreprises publiques et parapubliques, mais aussi les apories d’une administration atone, présentant les caractéristiques de «l’État prédateur»

¬ La suite en lisant « Les années Biya »,

Arol Ketch