Politique of Monday, 26 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Gérontocratie : La tragédie du Cameroun et de l’Ouganda

La dernière élection présidentielle qui s'est tenue en Ouganda et a connu la victoire de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis plus quatre décennies, suscite des réactions de part le monde. Cette situation s'apparente à celle du Cameroun où Paul Biya, malgré son âge avancé comme c'est le cas en Ouganda, continue de s'accrocher au pouvoir.

Partout en Afrique, on parle haut et fort de démocratie, mais dans la pratique, le pouvoir refuse souvent d'évoluer avec le temps. Peu d'endroits illustrent cette contradiction de manière aussi flagrante que le Cameroun et l'Ouganda, où le leadership s'est figé dans ce que l'on ne peut qualifier que de gérontocratie, c'est-à-dire le règne des très vieux sur les très jeunes.

La gérontocratie n'est pas seulement une question d'âge, elle est aussi une question de stagnation, de privilèges et d'une croyance dangereuse selon laquelle le pouvoir est un héritage à vie plutôt qu'une responsabilité temporaire. Lorsque des hommes âgés s'accrochent au pouvoir pendant des décennies, refusant de céder la place à des esprits plus jeunes, une nation ne se contente pas de marquer une pause, elle commence à se décomposer.

Au Cameroun, Paul Biya est au pouvoir depuis 1982. En Ouganda, Yoweri Museveni est au pouvoir depuis 1986. Ensemble, ces deux hommes incarnent un paradoxe africain troublant : des dirigeants qui symbolisaient autrefois l'espoir président aujourd'hui à des systèmes allergiques au renouveau.

Dans ces deux pays, la majorité de la population a moins de 30 ans, mais le pouvoir politique est monopolisé par des hommes assez âgés pour être leurs arrière-grands-pères. Il ne s'agit pas ici de sagesse guidant la jeunesse, mais d'un âge étouffant l'innovation.

Les défenseurs de la gérontocratie se cachent souvent derrière le mot « expérience ». Mais l'expérience sans adaptabilité devient hors de propos. L'expérience qui refuse la responsabilité devient tyrannie. Une nation n'est pas un musée destiné à préserver ses dirigeants dans des vitrines tandis que la société s'effondre à l'extérieur.

Au Cameroun et en Ouganda, des décennies de pouvoir ininterrompu ont donné naissance à des institutions faibles dépendantes de personnalités, à des élections réduites à des rituels plutôt qu'à des choix, à une jeunesse exclue des prises de décision mais blâmée pour le chômage et les troubles sociaux.
Lorsque le leadership devient permanent, l'échec se normalise. Les jeunes sont exclus, la nation est bloquée. Les jeunes des deux pays sont énergiques, éduqués et ouverts sur le monde. Pourtant, ils sont gouvernés par des hommes dont les réflexes politiques se sont formés pendant la guerre froide. Les lois sont conçues pour protéger les dirigeants en place, et non les citoyens. Les constitutions sont modifiées pour prolonger les mandats, et non pour rendre justice.

C'est là toute la tragédie : une génération pleine d'idées est gouvernée par une génération qui s'accroche à ses souvenirs. Lorsque les jeunes cerveaux sont exclus du pouvoir, la frustration grandit. La protestation est criminalisée. La migration devient un rêve. Les voyages risqués à travers les déserts et les mers commencent à sembler plus attrayants que d'attendre indéfiniment le changement chez soi.

Le pouvoir est un relais... JAMAIS UN TRÔNE. La nature elle-même enseigne la succession. Aucun arbre ne refuse de perdre ses vieilles feuilles pour que les nouvelles puissent pousser. Les nations qui prospèrent comprennent que le pouvoir est une course de relais, et non un trône à occuper jusqu'à la mort.
Le Cameroun et l'Ouganda ne sont pas pauvres parce qu'ils manquent de ressources ou de population. Ils souffrent parce que le pouvoir refuse de circuler. La gérontocratie transforme l'État en un plan de retraite privé pour quelques-uns, financé par la patience de millions de personnes.

Le temps est la seule élection qui ne peut être truquée. L'histoire est impitoyable envers les dirigeants qui confondent longévité et légitimité. Aucune force, aucune propagande, aucune manipulation constitutionnelle ne peut arrêter le temps. La question n'est pas de savoir si le pouvoir changera de mains, mais comment : pacifiquement, par l'inclusion, ou violemment, par l'effondrement.
Le Cameroun et l'Ouganda ont encore le choix. Mais ce choix commence par une simple vérité : une nation qui refuse de renouveler ses dirigeants prépare ses propres funérailles.