Actualités of Monday, 8 June 2026
Source: www.camerounweb.com
Elle dure depuis trente ans. Elle a commencé dans un salon présidentiel, autour d'une jeune femme de l'Est que le fils du président ne voulait pas pour belle-mère. Elle a traversé des décennies de tensions silencieuses, de photos décochées des murs, d'anniversaires de deuil empêchés et de fidèles écartés. Et aujourd'hui, en 2026, cette discorde privée est devenue la guerre de succession la plus explosive du Cameroun — avec en jeu le destin d'une nation de 30 millions d'habitants. Jeune Afrique, dans une enquête exclusive de Georges Dougueli publiée ce 6 juin, en révèle toutes les origines et tous les ressorts.
1994 : Franck tente de dissuader son père — et perd pour toujours
La genèse de cette guerre est révélée par Jeune Afrique avec une précision narrative qui dit la qualité des sources du journal au cœur de la famille présidentielle. En 1994, deux ans après la mort de Jeanne Irène Biya, Paul Biya rencontre Chantal — une jeune femme de Dimako, «localité enclavée de l'Est-Cameroun, région pauvre marquée par l'exploitation forestière et l'orpaillage alluvionnaire». Le contraste social avec la famille présidentielle est saisissant. Et Franck Biya, alors jeune adulte, choisit d'intervenir.
«Franck avait tenté de dissuader son père, non pas de se remarier, mais d'épouser cette jeune femme d'extraction modeste», révèle Jeune Afrique à travers un journaliste proche du dossier. Peine perdue. Paul Biya épouse Chantal. Et cet épisode — où le fils a tenté d'empêcher le remariage du père — laisse une blessure que trente ans n'ont pas cicatrisée. Chantal sait que Franck a voulu l'exclure avant même qu'elle n'entre au palais. Franck sait que Chantal le sait. Et Paul Biya, selon Jeune Afrique, «refuse d'arbitrer» — préférant «laisser les tensions s'accumuler avant d'intervenir a minima pour limiter les dégâts».
Le fantôme de Jeanne Irène : photos, fondation et commémoration empêchée
Jeune Afrique révèle avec des détails d'une précision rare comment la guerre entre Franck et Chantal s'est cristallisée autour de la mémoire de Jeanne Irène Biya — morte en mars 1992, dont Chantal est la remplaçante et dont Franck est le fils. «Les tensions s'expriment jusque dans les détails : on se dispute pour décrocher ou raccrocher d'anciennes photos de famille», écrit le journal. Des photos — celles de la première épouse — arrachées des murs ou défendues selon le camp qui l'emporte dans chaque pièce du palais. Une guerre des images dans l'enceinte même de l'Unité.
Plus grave : selon Jeune Afrique, «un bâtiment abritant la Fondation Jeanne-Irène-Biya a été rebaptisé Fondation Chantal-Biya» — «au grand dam des proches de l'ancienne première dame». Un effacement institutionnel. Le nom d'une morte remplacé par celui d'une vivante sur la façade d'un bâtiment. Et le coup de grâce : «père et fils se brouillent longuement après que la commémoration du dixième anniversaire du décès de Jeanne Irène eut été empêchée». Une mère dont le fils ne peut pas honorer le deuil dans les formes — parce que la nouvelle épouse de son père ne le permet pas. Une blessure qui, trente ans plus tard, alimente encore la haine.
Paul Biya les ménage tous les deux — et aggrave la situation
La grande révélation de Jeune Afrique sur le rôle de Paul Biya dans cette guerre est celle de sa neutralité paralysante. «Sensible au sentiment d'insécurité manifesté par son épouse, il la conforte dans son besoin de s'entourer de fidèles prêts à la défendre. Mais il veille également à ne pas marginaliser son fils, allant jusqu'à promouvoir certains de ses proches au gouvernement ou à la tête d'entreprises publiques.» Une politique d'équilibre — donner à chacun un peu pour que personne ne soit totalement exclu — qui n'apaise pas les tensions mais les entretient dans un état de guerre froide permanente.
«Ce conflit larvé pourrait n'être que la préfiguration des affrontements que beaucoup redoutent et qui pourraient éclater à la disparition du patriarche, lequel n'a jamais dévoilé les contours de son testament politique», conclut Jeune Afrique avec une sobriété qui dit l'ampleur de l'inquiétude. Paul Biya n'a pas de testament politique. Il a deux camps qui se détestent, chacun convaincu que l'autre veut sa perte. Et quand il partira, ces deux camps se retrouveront seuls — sans arbitre.