Actualités of Thursday, 11 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Forces spéciales, Garde présidentielle, BIR : Jeune Afrique révèle comment la contestation a atteint le cœur du dispositif sécuritaire de Paul Biya

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Il y a une ligne que les régimes autoritaires craignent plus que toute autre : celle où la contestation cesse d'être le fait des unités ordinaires pour atteindre les formations d'élite — celles précisément dont dépend la survie du pouvoir. Au Cameroun, selon l'enquête exclusive de Jeune Afrique publiée ce 10 juin 2026, cette ligne a été franchie. Et le signal ne vient pas des casernes éloignées du Grand Nord ou des régions anglophones — il vient des forces spéciales, du BIR et même de la Garde Présidentielle.

Forces spéciales : trois mois de primes impayées en janvier 2025
Jeune Afrique révèle une séquence dont personne n'avait encore documenté l'ampleur. Le 10 janvier 2025, «des éléments des forces spéciales affirment réclamer trois mois de primes impayées». Trois mois. Des soldats formés pour les missions les plus délicates, déployés dans les zones les plus dangereuses, qui attendent depuis quatre-vingt-dix jours le paiement de leurs primes. Le message circule discrètement — mais il circule.
Puis le 17 mai 2026 — trois jours avant le défilé du 20 Mai —, un nouveau message attribué à des membres des forces spéciales fait état d'une «pénurie de primes de tout genre depuis le début de l'année». Aucune prime de risque, de rendement, ni d'alimentation. «Je me demande si le ministre chargé de la Défense peut bien dormir sachant qu'il envoie les hommes en mission sans prime», écrit l'auteur du message — cité par Jeune Afrique. Une interpellation directe du général Joseph Beti Assomo — dont le journal avait par ailleurs révélé le nom comme pressenti pour être remplacé par Said Kamsouloum dans le cadre du futur remaniement.


La révélation la plus troublante de l'enquête de Jeune Afrique sur la contestation militaire concerne l'unité dont on parle le moins — et qui est pourtant la plus stratégique : la Garde Présidentielle. Celle dont le rôle est précisément de protéger physiquement Paul Biya — cet homme de 93 ans dont Jeune Afrique a documenté le malaise lors de la réception du 20 mai, l'évacuation sanitaire en Suisse et le renforcement sécuritaire ordonné autour de lui et de son fils Franck.

«La Garde Présidentielle, symbole de proximité avec le Chef de l'État, laisse filtrer sa lassitude», révèle le journal avec une sobriété qui dit la gravité du constat. «Laisse filtrer» — des soldats qui ne font pas une déclaration publique, qui ne signent pas une lettre, mais qui, selon les sources de Jeune Afrique, transmettent leur mécontentement par des voies informelles. Des hommes qui protègent Paul Biya — et qui, en privé, expriment la même frustration que les soldats de Wum, de Bakassi ou de Mundemba.


Jeune Afrique révèle enfin la réponse du pouvoir politique à cette accumulation de frustrations — et elle est inquiétante à sa manière. Selon les informations exclusives du journal, «certains officiers supérieurs sont soupçonnés de proximité avec l'opposant Issa Tchiroma Bakary, aujourd'hui en exil». En conséquence, «plusieurs hauts gradés auraient été placés sous surveillance, tandis que des réaménagements au sein de la hiérarchie militaire sont actuellement à l'étude».

Un pouvoir qui surveille sa propre armée. Des officiers supérieurs espionnés parce que soupçonnés de sympathie pour un opposant en exil. Des réaménagements hiérarchiques qui ressemblent à une purge préventive. La réponse du régime à la contestation militaire n'est pas une revalorisation des primes — c'est une surveillance accrue et une reconfiguration des commandements. Une logique de contrôle plutôt que de réponse — qui risque d'aggraver le sentiment d'abandon plutôt que de l'apaiser.