Mvomeka’a, village natal de Paul Biya, est partagé entre les infrastructures modernes entourant le palais présidentiel et des populations confrontées à un manque d’électricité, d’eau courante et d’équipements de base.
Dans le cœur du Cameroun, le village de Mvomeka'a, niché à 180 km de Yaoundé, est porteur d'un paradoxe saisissant. Il est à la fois le berceau de Paul Biya, président en exercice depuis 1982, et le théâtre des frustrations des habitants qui, loin d'être des privilégiés, se retrouvent souvent marginalisés. Ce double visage de Mvomeka'a expose les inégalités flagrantes qui persistent au sein d'une communauté dont le destin devrait être essentiellement lié à celui de son chef.
Deux Mvomeka'a : Un choix injuste
L'article du magazine Jeune Afrique nous plonge dans cette dichotomie : d'un côté, le Mvomeka'a du palais, avec une route impeccable menant droit à l'institution présidentielle ; de l'autre, un village délaissé, sans électricité ni eau courante. Émilienne, institutrice et porte-voix des malheurs locaux, souligne cette indignité : "Qui peut croire que nous sommes les voisins directs du chef de l’État ?" Cette exclamation résonne comme un cri de désespoir face à une réalité amère où l'absence de développement se fait cruellement sentir.
La présence du palais n'apporte pas que de la fierté. Elle fait naître un sentiment d’exaspération parmi les habitants. Au lieu d'être le symbole d’un progrès partagé, il devient le témoin d'une fracture sociale, où les seules œuvres visibles sont celles qui entourent le président. Comme l’affirme Émilienne, "nous ne sommes pas les petits princes que certains imaginent". Cette phrase résume parfaitement le décalage entre l'image idéalisée de Mvomeka'a et le vécu quotidien de ses habitants.
Un futur maudit par l'inachevé
Les tentatives de transformation de Mvomeka'a en une ville moderne semblent vouées à l'échec. Les projets de logements sociaux, financés par le Crédit foncier du Cameroun, restent largement incomplétés après plus d'une décennie. Sur les 120 maisons prévues, seulement dix ont vu le jour. L'initiative de David Nkoto Emane, directeur de Camtel, est également symptomatique d'un système qui peinait à s'engager véritablement pour le bien-être de la communauté. Ces efforts, bien qu'honorables, ne parviennent pas à faire changer la donne.
En août 2015, l'inauguration d'une mini-centrale solaire par Huawei Technologies aurait pu être un moment de célébration. Pourtant, elle a révélé la fracture qui existe encore : moins d'un quart des habitants peuvent réellement bénéficier de cette infrastructure. Cette situation a déclenché une forme de désapprobation qui montre que la population est prête à manifester son mécontentement, même vis-à-vis de gestes qu'on pourrait qualifier de charitable.
Conclusion
Les pleurs de Mvomeka'a résonnent tel un écho de désespoir face à l'oubli et à l'indifférence. Dans ce village qui devrait être un modèle de développement, les inégalités persistent, exacerbées par le contraste entre le luxe du palais présidentiel et la précarité des conditions de vie. La colère des habitants n'est pas seulement un appel à l'amélioration de leur quotidien, mais aussi une exigence de responsabilité de la part de leur leader. Mvomeka'a, au-delà d'être le lieu de la naissance d'un président, est aussi le symbole d'une nation encore en quête de justice sociale et d'équité.
Daniel Essissima









