Diaspora News of Thursday, 5 March 2026
Source: www.camerounweb.com
L’arrestation de certains leaders sécessionnistes anglophones d’Ambazonie dont Lucas Ayaba Cho en Belgique marque un véritable tournant dans cette crise sécuritaire qui secoue les deux régions anglophones du pays et qui a fait des milliers de morts et de déplacés. Selon le Dr Success Nkongho, fondateur et président du « Cameroon Liberation Movement » constitue une fin d’un mouvement et un début de la reddition de comptes.
Les récentes arrestations de figures clés associées aux Ambazonia Defence Forces (ADF) aux États-Unis, en Norvège et désormais en Belgique ont suscité une large jubilation chez certains observateurs qui y voient la fin définitive de la lutte ambazonienne. Pourtant, loin d’annoncer l’effondrement du mouvement pour l’autodétermination du Southern Cameroons, ces développements pourraient plutôt marquer le début d’un processus plus vaste — un processus qui pourrait finalement conduire à la justice devant la Cour pénale internationale (CPI) et ouvrir la voie à une paix véritable dans nos terres ancestrales.
En septembre 2025, les autorités américaines ont inculpé et arrêté deux citoyens naturalisés, Benedict Nwana Kuah et Pascal Kikishy Wongbi, dans l’État du Minnesota. Ils font face à de graves accusations liées à l’organisation, au financement et à la direction d’enlèvements, d’attentats à la bombe et d’assassinats dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, en tant que dirigeants présumés au sein des ADF. L’affaire se trouve toujours au stade préliminaire, et aucune condamnation n’a encore été prononcée.
De même, Ayaba Cho Lucas, figure importante du mouvement séparatiste et commandant en chef autoproclamé des ADF (également associé à l’Ambazonia Governing Council), a été arrêté en Norvège en septembre 2024. Il est soupçonné d’avoir incité à des crimes contre l’humanité par le biais de directives diffusées sur les réseaux sociaux et liées à des actes de violence au Cameroun. Sa détention provisoire a été prolongée à plusieurs reprises — la dernière fois jusqu’au début de l’année 2026 — pendant que les enquêteurs norvégiens, invoquant la compétence universelle, poursuivent la constitution de leur dossier. Aucun procès n’a encore commencé.
Plus récemment, le 3 mars 2026, les autorités belges ont arrêté quatre personnes soupçonnées d’appartenir à la direction des ADF. Trois d’entre elles ont été placées en détention provisoire à la suite de perquisitions coordonnées à Anvers et à Londerzeel. L’enquête porte notamment sur des soupçons de collecte de fonds destinés à l’achat d’armes, de direction d’attaques armées et de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis depuis 2020.
Les procureurs belges collaborent avec leurs homologues en Norvège et aux États-Unis. Parmi les noms évoqués figurent Shey Kaavi Melchizedek et Ketcha Fru, récemment arrêtés en Belgique. Là encore, aucun procès n’a encore commencé et les investigations se poursuivent.
Ces affaires mettent en évidence un schéma : une action internationale coordonnée visant les structures de commandement et les réseaux de financement de groupes séparatistes basés dans la diaspora. Pourtant, la communauté internationale n’agit ni naïvement ni dans la précipitation. Les retards dans l’ouverture des procès ne sont pas un signe de faiblesse, mais plutôt le résultat d’une stratégie délibérée.
Les enquêtes complexes portant sur des crimes internationaux nécessitent la collecte de preuves dans des zones de conflit, la protection des témoins et le respect du principe du procès équitable — des processus qui prennent inévitablement du temps.
Ce que beaucoup négligent, c’est que ces arrestations pourraient permettre de dévoiler un réseau de responsabilités bien plus large. Les dirigeants détenus possèdent une connaissance intime de la dynamique du conflit, notamment des directives, des financements et des opérations présumées. À mesure que les enquêtes progressent, toute déclaration, communication ou preuve qu’ils pourraient fournir pourrait impliquer non seulement d’autres séparatistes, mais aussi des acteurs situés de l’autre côté du conflit.
La crise anglophone a été marquée par des atrocités documentées commises par plusieurs parties : des groupes séparatistes accusés d’enlèvements, d’attaques contre les écoles et de violences contre les civils ; et des forces gouvernementales impliquées dans des exécutions extrajudiciaires, l’incendie de villages, des actes de torture et des massacres — notamment l’incident de Ngarbuh en 2020, au cours duquel au moins 21 civils, dont des enfants et des personnes âgées, ont été tués. La mort du missionnaire américain Charles Wesco en 2018 dans un contexte de tirs croisés présumés, ainsi que la destruction d’autres villages où des innocents — y compris des bébés et des personnes âgées — ont subi des horreurs inimaginables, ont également marqué le conflit.
Des organisations de défense des droits humains telles que Human Rights Watch, Amnesty International et International Crisis Group ont à plusieurs reprises documenté les abus commis par les deux camps, soulignant que l’impunité alimente le cycle de la violence.
Les acteurs internationaux impliqués — utilisant la compétence universelle — en sont conscients. En commençant par des figures de la diaspora perçues comme des « maillons plus faibles » de la chaîne séparatiste, ils évitent les accusations immédiates de partialité tout en construisant une base probatoire qui pourrait s’étendre à des responsables gouvernementaux camerounais, à des membres des forces de sécurité et même à des acteurs économiques soupçonnés de complicité.
Si ces affaires évoluent — comme pourraient le demander les avocats — des transferts ou des renvois vers la Cour pénale internationale pourraient devenir plausibles. La CPI a déjà reçu des communications concernant des crimes présumés dans les régions anglophones. Bien que le Cameroun ne soit pas signataire du Statut de Rome, la compétence de la Cour pour des crimes contre l’humanité pourrait s’appliquer par d’autres mécanismes ou par le biais de renvois d’États.
Lors d’une procédure publique devant la CPI, les accusés pourraient expliquer leurs actions comme une forme de représailles dans le cadre d’une lutte qu’ils considèrent comme légitime pour l’autodétermination, enracinée dans des griefs historiques remontant à la réunification de 1961. Un tel témoignage pourrait contraindre la communauté internationale à examiner les fondements mêmes de la crise : la marginalisation, les promesses fédérales non tenues et les discriminations systémiques subies par l’ancien Southern Cameroons britannique.
Il ne s’agit pas d’une simple spéculation ; cela reflète la manière dont la justice internationale s’est souvent déployée dans d’autres conflits.
Le résultat pourrait ne pas correspondre aux attentes de ceux qui se réjouissent aujourd’hui. Si les responsables coupables, de tous les camps, doivent rendre des comptes, un processus équilibré devant la CPI pourrait révéler des vérités longtemps étouffées, encourager le dialogue et poser les bases pour s’attaquer à la cause profonde — l’autodétermination du Southern Cameroons.
Une paix véritable exige la justice, et non une punition sélective.
La communauté internationale joue aux échecs, pas aux dames. Ces arrestations pourraient n’être que des mouvements dans une partie plus large visant une responsabilité globale. Se réjouir trop tôt serait prématuré : ce qui semble être une fin pourrait en réalité annoncer un nouveau départ où justice sera rendue à toutes les victimes et où notre peuple pourra enfin retrouver sa dignité et sa liberté sur la terre de ses ancêtres.
Dr Success Nkongho
Fondateur et Président
Cameroon Liberation Movement